‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 127 sur 310 · Fezensac, Souvenirs miUtaires · texte numérisé non relu

Fezensac, Souvenirs miUtaires

était h A^gabourg- mrec sa garde et le corps de Marmont;, eafia, à Dachau et à Munich, 9» trouvaient les corps, da DaTOut,.de Bemadolte et de» Davarois, prêts à marcher aur Tarmée russe qui était encore à une grande diatance du théâtre des évéDements. De quelque cAté^qiie Mack se tournât, il voyait, devant liii ou sur ses flancs, des corps ennemis prêta à Tarrèter ; à supposer même que le désespoir Lui eût inspiré la foUe idée de rétrograder sur la Suisse ou la Forêt-Noire, il eût rencontré en chemin le corps d'Aogpsreau ^, ▼enii le daraier parce qu'il venait de plus loin, était encore à Fribourg : à vrai dire, la route du Tyrol lui étiit encore ouverte, il eût pu s'y joindre à la petite armée qui l'occupait et gagner de là l'armée de l'arcbiduc Cliarles; mais cette retraite, dans une contrée bientôt sans issue, où il eût été suivi, peut-être même prévenu, présentait de grandes diflicultés, et d'ailleurs il était bien tard pour prendre ce parti, car Souàt menaçait déjà Memmijigen.

Cependant, quelque admirablement formé que fût ce réseau que son terrible adversaire avait jeté autour de luiy il s'y trouvait un point faible. Dans l'exécution de ce p^ si merveilleusement conçu il avait été commis une faute, et en la mettant à profit un homme d'énergie et de résolution eût pu faire repentir Napoléon de la trop grande étendue de ses opérations et de la dispersion excessive de ses corps d'armée. Ce point faible de notre ligne d'investissement était justement celui que Ney venait de faire occuper, sur la rive gauche du Danube, à Albeck, par les divisions Dupont et Baraguey-d'Hilliers. Ces divisions étaient absolument insuffisantes pour barrer le passage à

l'armée autrichienne. Si Mack s'était jeté sur elles avec toutes ses forces réunies, il n*est pas douteux quil ne les eût écrasées avant l'arrivée de tout secours^ qu'il n'eût réussi à gagner Aalen et Nordlingen, et, de Ut, la Bohême, où il eût donné la main à la seconde armée russe. Cette faute provenait de l'opinion préconçue que Napoléon avait des projets de Mack. Ce général ne pouvait, selon lui, opérer sa retraite que sur le Tyrol. Dès le 8 octobre, en portant Ney sur Gunzbourg, il lui faisait écrire, par Berthier : < Sa Majesté ne pense pas que l'ennemi soit assez insensé pour passer sûr la rive gauche du Danube^ puisque tous ses magasins sont à Memmingen et qu'il a le plus grand intérêt à ne pas se séparer du Tyrol. » Il n'admettait pas, ajoutaitil, que l'ennemi fit la sottise de se retirer par Aalen et Nordlingen ; si cependant il faisait cette sottise, Baraguey-d'Hilliers n'durait qu'à battre en retraite devant lui et à recueillir en chemin les détachements qui étaient restés en retard sur ces divers points. Hais il n'y avait nullement là de quoi arrêter l'armée autrichienne. Cette opinion préconçue de Napoléon devint la cause principale d'une faute encore plus grave, qu'il est de tradition de rejeter entièrement sur Hurat, depuis que Téminent historien militaire de cette époque, témoin et acteur lui-même dans ces mémorables circonstances, n'a pas hésité à l'imputer à ce maréchal *. L'Empereur, pour mettre plus d*onité dans les opérations des trois corps les plus rapprochés d'Clm, en avait fort imprudemment confié le

1. Le généra] Jomini qui servait alors dans le corps de Ney Gomme officier d*état-major. Voir la Vie politique et miUtairt de Nap(h lion.

commandement à son beau-frère Murât, général de cayalerie incomparable, mais sans aptitude pour diriger de grandes opérations, et certainement inférieur, sous ce rapport) à Lannes et à Ney, qui durent se soufflfrtlre à ses plans. Le premier usage que Hurat fit de son autorité fut de donner à Ney Tordre de rappeler, snr la rive droite du Danube, les deux seules divisions qui ftissent restées sur la rive gauche, pour se porter, avec toutes ses forces réunies, sur l'Iller, où il supposait l'ennemi. en retraite pour gagner Memmingen et, de là, le Tyrol. Mais on ne peut lui reprocher en cela que d'avoir pris trop à la lettre ses instmctions et partagé l'erreur de Napoléon, au lieu d'y remédier comme eût fait un chef plus clairvoyant. L'idée, que Hack allait battre en retraite sur le Tyrol, était en efiTet tellement enracinée dans l'esprit de l'Empereur, qu'après l'afTaire de Gunzbourg, le 10 octobre, à six heures du soir, il faisait écrire à îîey, par Berthier, de prendre possession d'Ulm^ qu'il supposait évacué par l'armée autrichienne, et de se mettre immédiatement à la poursuite de Mack sur Memmingen ou sur tout autre point où se serait porté 1^ ennemi*.

Ney qui avait compris toute l'importance de la poiitlon d'Albeck, dans le cas où Tennemi chercherait à s'échapper par la Bohême, s'efforça vainemeiit de changer ia résolution de Murât. Il y eut entre eux une altercation des plus violentes, que Ney eût fait suivre d'une provocation immédiate, si on ne lui avait

l. Cette pièce a été reproduite dans les Mémoires publiés sous le nom du maréchal Ney, par sa fanillle.

330 HISTOIRE DB HAPOLioN l''.

représenté qu'en présence de l'ennemi» son premier devoir était d'obéir. Il se résigna donc à donner rordre ^ aux généraux Dupont et Baraguey-d'HilUers de passer sur la riye droite avec leurs troupes, et il écrivit en même temps à Berthier pour lui foire connaître le danger de la situation. Ce danger était si réel que Dupont ne put pas opérer jusqu'au bout son mouvement. Il avait à peine quitté Albeek pour s'acheminer vers le Danube, qu'il vint se heurter, à Has* lach, contre un corps d'environ vingt-einq miUe hommes, sous les ordres de l'archiduc Ferdinaaad. Incapable de prendre une résolution hardie, recevant les avis les plus contradictoires, contrarié d'ailleurs dans l'exercice d'un commandement qu'il taî fallait partager avec Tarcbiduc et concilier avee les prescriptions du conseil Aulique, Mack, au lien de réunir toutes ses forces et de faire une trouée, aoit du c6té de la Bohême, soit du côté du Tyrol, n'avait dirigé sur Albeek qu'un corps isolé, plutét, ce semble, pour éclairer la route de Bohême que pour s'y ouvrir un passage. La division Dupont, bien que séparée des troupes de Baraguey-d'Hilliers, qui étaient restées en arrière, lutta héroïquement toute la journée contre des forces triples et répara, par sa beUe résistance, une erreur qui pouvait nous faire perdre tout le fruit des combinaisons précédentes. Dupont put se retirer sur Albeek et, de là, sur Langenau, avec trois mille prisonniers, sans que sa faiblesse inspirât à Hack une autre idée que celle de l'isoler det plus en

1. L'ordre fut donné, bien que Jomini affirme que Ney désobéit

à Murât. Il est du 4 octobre.

CAPITULATION D'uLM. 331

plus da corps de Ney, en faisant occuper» dans la journée du lendemain 12 octobre, la poaâlioii d'Blchingen et brûler le pont qu'elle dominait.

Pendant ce temps» sa situation s*était Tort aggravée sur d'autres points. Soult avait eniin paru devant liemmingen ; Spangen, qui occupait cette place, capitula dans la jovrnée du 13» en mettant dans nos mains sept mille prisonniers. Ce maréchal se dirigea aossitdt sur Achstetten pour couper la route de Biberacb, la seule par laquelle les Autrichiens pussent encore gagner le Tyrol en faisant un détour. Napoléon était accouru d'Augsbourg à Pfaffenhofen avec sa garde; de là, il se rendit en toute hâte au quartier général de Ney et lui prescrivit de rétablir à tout prix les communications avec la division de Dupont, en enlevant la position d'Ëlchingen. Déjà, pour renforcer Tannée d'investissement^ il avait rappelé Marmont vers l'embouchure de Tlller *, ce qui portait à au moins cent mille hommes le nombre des troupes qui bloquaient, de plus en plus étroitement, l'armée de Mack.

Il faisait depuis plusieurs jours un temps afireux; la pluie reu'lait les chemins impraticables, et nos soldats manquant de tout, étaient réduits à vivre de pillage; mais ils avaient maintenant la certitude de la vict:ire. Le 14 octobre au matin, Ney rétablit, sous le feu de l'ennemi, le pont d'Elchingen, dont les pilotis n'avaient pas été brûlés ; ce travail périlleux est à peice achevé qu'il s'y lance à la tète de ses régiments. Parvenu sur l'attre rive, il gravit les pentes d'ïlchin

Page 1