Cinquième bulletin (lis) de la grande armée
332 HISTOIRE DK NAPOLÉON I*'.
gen, emporte une à une les maisons du village et enlève à la baïonnette le couvent qui couronne la bau teur. Ayant l'intention de prendre position sur le plateau, il attaque les Autrichiens dans un boisqu^ils occupaient tout près de là; après une longue résis* iance, il les en chasse et les refoule sur Ulm en leur fai^ant trois mille prisonniers. Pendant ce temps, •Dupont, toujours isolé, se maintenait avec succès, entre Albeck et Langenau, contre un corps sorti tl'Uim sous les ordres du général Werneck. Le lendemain 15, Ney enleva le plateau du Michelsberg qui domine la place d'Ulm, et la position devint dès lors absolument intenable pour Mack. Werneck avait été <:oupé d*Ulm par les mouvements de nos troupes, il ne songea plus qu'à regagner la Bohème, et fut bientôt rejoint par un nombreux corps de cavalerie, commandé par Tarcbiduc Ferdinand, qui profita de la nuit pour s'échapper de la pièce. Napoléon lance aussitôt à leur poursuite Murât avec ses régiments de hussards et de dragons, et, le 16 octobre, il envoie sommer la place. II fait venir à son quartier- général le prince de Liechtenstein : il désire, lui dit-il, que l'armée autrichienne capitule parce que « s'il prenait la place d'assaut, il serait obligé de faire ce quil avait fait à Jafla, où la garnison fut passée au fil de l'épée, et que c'était k triste droit de la guerre *• > L'histoire de cette horrible boucherie était parfaitement authentique et il n'y avait aucune raison de le supposer incapable de la recommencer. Mack avait 'depuis plusieurs jours perdu la tête. Le récit de Phi-
i. sixième bulleti!i.
CAPITULATION d'ULM. 333
lippe de Sëgur, qui loi fut envoyé en parlementaire, montre en lui un homme troublé jusqu'au délire*; ses soldats étaient entièrement démoralisés; il se voyait enfermé dans une ville sans fortifications sérieuses, il n'avait plus aucun espoir d'être secouru à temps, il manquait de vivres, il avait laissé dans nos mains un nombre considérable de prisonniers, il était en outre affaibli de deux de ses corps : celui qui fuyait vers la Bohème, conduit par Wemeclc et Tarchiduc, suivi répée dans les reins par Hurat; l'autre qui, dirigé sur Biberach, avait pu échapper à Soult et s'efforçait de gagner le Tyrol sous les ordres de Jellachich. Après les protestations usitées en pareil cas, Maclc accepta avec une sorte de joie fiévreuse une capitulation qui déguisait, jusqu'à un certain point, sa lionte sous une clause conditionnelle. Il crut ou feignit de croire à la prochaine apparition des Russes , et s'engagea à se rendre prisonnier avec son armée s'il n'était pas secouru avant le 25 octobre. La capitulation fut signée le 19. On apprit ce jour même que, la veille, le corps de Wemeck, rejoint par la cavalerie de Murat^ avait mis bas les armes à Nordlingen, et que l'archiduc Ferdinand, poursuivi à outrance, ne tarderait pas, selon toute probabilité, à éprouver le même sort. Sur cette nouvelle et avec la certitude acquise désormais de n'être pas délivré à temps par l'armée russe, qui n'avait pas encore paru sur Tlnn, Haclc consentit à abr^er le délai fixé par la capitulation. Le 20 octobre 1805, Tes débris de l'armée autrichienne défilé-
1. Son rapport se trouve dans 1« Mémorial du dépôt de ia guêfre, tooeVUI.
renfc devant le vainqueur au pied da Micbelsberg, selon un usage humiliant, tonbé en désuétude, plus difficile à supporter que la défaite elle-même, et qui aj;gravait les maux de la guerre sans autre compensation qa*une vaine satisfaction d'amour propre..
Ce premier acte de la cam|)agne avait été merveilleux de rapidité,, de précision, et les résultats en étaient tels qu'ils pouvaient se passer des exagérations ordinaires des Bulletins. D'une armée de quatre-vingt mille hommes, il ne restait que quelques débris dispersés dans toutes les directions, le corps de Rienmayer au-delà de l'Inn, celui de Jellachich dans le Tyrol, et enSa en Bohême les quelques escadrons de cavalerie que Tarchiduc Ferdinand parvint à dérober à la poursuite de Murât, en tout une vingtaine de miUe hommes, qui ne nous échappaient qjue pour aller porter dans toutes les provinces de l'empire la profonde démoralisation dont ils étaient atteints. Nous avions fait environ vingt mille prisonniers dans les différentes affaires qui précédèrent la capitulation d*l}lm ; le nombre des troupes qui se trouvèrent dans la place peut être estimé à vingt-six mille ^. La capitulation donne le nom des régiments, mais non leur effectif, et Ton peut s'en rapporter à cet égard à la seconde déclaration de Mack à Philippe de Ségur; il portait ce chiffre à vingt-quatre mille hommea sans compter les blessés; il faut y joindre une énorme quantité de canons, de drapeaux et de munitions de
1. Le général Rapp, envoyé à Ulm, en sa qualité d'Alsacien, pour faire le dénombrement de la garnison, raconte naïvement qu'il y compta vingt-six mille hommes, et que le jour du défilé il s'en tiouvt trente-trois mille. (Mémoires.)
CAPITOLATIOH D'ULM. 335
gueire.Snr tons ces points, il est absolument impossible des^en tenir au évaluations de Napoléon, qui varient d'vne heure à Tautre selon la crédulité présumée des personnes auiqnelles il s'adresse ou selon l'iniérét qo'il a à les tronq>er. Avec ses généraux, Tarmée de Hack eat toujours de quatre-vingt mille hommes; avec ses autres correiçondants et dans ses bulletins, toorjaors de cent miUe. Pour le nombre des prisonniers faits avant l'évacuation d'Ulm, il va jusqu'à les jrvaluer à cinquante miUe hommes dans une lettre i l'électeur de Wortembeif^ ; enfin, pour l'effectif de la gamîsoD, il varie de quinze à trente-six mille hooH mes. Quant à ses propres pertes, elles ne montaient selon lui qu'à cinq emts morts et à mille blessés ^ On reconnaît dans ces diverses appréciations l'homme qui ne se préoccupait que de l'effet à produire et jamais de la vérité; mais ici, l'effet était assez éclatant pour n'a- Toir pas besoin des embellissements de la fiction. La destraction de cette armée livrait à Napoléon la monarchie autrichienne, car le corps austro-russe, dont les avant-gardes arrivaient enfin sur l'Inn, harassées de (atigae, était trop faible pour couvrir Vienne, et d'autre |iart l'armée de l'archiduc Charles, que cette victoire allait forcer à rétrograder pour gagner la Hongrie ne pouvait pas arriver à temps pour opérer sa jonction arec les coalisés ; elle courait grand risque de se trouver prise entre Masséna et Napoléon. L'Europe fut frappée de stupeur. Pitt, lorsqu'il apprit la nouvelle, refusa d'abord d'y croire ; lorsqu'elle lui fut confirmée par le témoignage d'un journal hollandais, il changea