‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 156 sur 310 · I. De Maistre. Correspondance diplomatique, 31 janvier · texte numérisé non relu

I. De Maistre. Correspondance diplomatique, 31 janvier

406 HISTOIRB DM HXFOhiû» l".

C'était la jeter danA une cnieUe extrémité que de la cootraîndre à reœvoir ea présent le patrimoine même du souverain qui la subventionnait II j avait Ui quelque chose de plus grave qu'une espièglerie k IV dr€Mise du cabinet prussien, c'était une blessure crueUe pour l'orgueil national et pour de justes susceptibilités d'bonneur et de patriotisme dont Napoléon ne tenait jamais aucun compte dans ses calculs. Loin donc de nous faire un allié de ce côté aa politique allait nous y créer une inimitié nouvelle ^ et c'était de aa.psrt une singulière illusion que de croire qu'il pourrait la neutraliser au moyen de ses trois clients de Bade, de Wurtemberg et de Bavière. L'accroissement territorial qu'il leur avait donné n'était rien en effet auprès de la perte d'inQuence, de considération, de popularité que notre protection allait leur faire subir. Ils n'étaient plus considérés en Allemagne que comme des commis de Napoléon, et en annonçant fastueusement, dans son trente-septième bulletin, qu'ils avaient reçu le titre de roi comme « une récompense méritée », il prit soin de les dénoncer lui-même à la baine de leurs compatriotes qui ne virent plus en eux que des traîtres.

C'était faire payer bien cher & ces princes une alliance qu'ils avaient plutôt subie que rechercbée. Leur reconnaissance était d'autant plus douteuse qu'indépendamment d'une vassalité si peu déguisée Napoléon s'apprêtait à leur imposer des liens d'une tont autre nature et qui étaient faits pour les froisser dans leurs sentiments les plus intimes. A ce souverain de hasard, qui venait de s'introduire par violence dans le cénacle des rois, il fallait des alliances de famille

l'empire et les hotautés vassales. 407

destinées à eflhoer les humbles commencements du parvenu. Napoléon ataît à cet égard tous les préjugés des âmes les plus vulgaires ; il était resté sen* sible au prestige de la naissance et du. rang comme un bourgeois de l'ancien régime, et Tex-terroriste brûlait d'envie de s'unir aui races royales. A diverses reprises déjà il avait fait pressentira ce sujet quelquesuns des petits princes allemands, mais ses avances n'avaient pas été accueillies. An début de la nouvelle campagne, en se liant aux électeurs de Bavière^ de Wurtemberg et de Bade, il avait fiait renouveler ces ouvertures par son représentant» le général deThiard. Mars ils montrèrent peu d'empressement. L'électeur de Bavière, celui de ces princes qui était le mieux disposé pour nous, faisait lui-même la sourde oreille : sa fille, ht princesse Auguste, que Napoléon voulait marier an prince Eugène, était sur le point d'épouser le fils de l'électeur de Bade, et Félectrice, sa femme, pousseût les hauts cris à la seule idée de la mésalliance qu'on lui proposait. Quant à l'électeur de Wurtemberg dont Napoléon réservait la fille à son frère Jérôme, il était encore plus mal préparé à cette union, car il n'était devenu notre allié qu'à son corps dérendant, et nos troupes avaient dû employer le canon pour forcer les portes de Stuttgard. Tous ces princes repoussaient donc, avec une secrète horreur, cette main encore ta* chée an sang du duc d'Enghien. Mais après Austerlitz ies rôles changent ; ce que Napoléon sollicitait la veille, il l'exige; il ne parle plus en allié mais en maître. Comme dans ces époques barbares où le rapt venait toujours à la suite de la conquête, il faut que ces filles de rois deviennent la rançon des Etats de leurs pères.

408 HISTOIRE Dl NAPOLÉON T'.

La princesse auguste arrachée à son fiancé est mariée à un homme qui n'est pas plus consulté qu'elle, et qui ne la connaît que pour avoir vu quelques jours auparavant son portrait sur une tasse en porcelaine' ; ce fiancé lui-même sera uni de force à la princesse Stéphanie de Beauhamais; enfin Jérôme qui a épousé à Baltimore une personne honorable et distinguée mais sans titres nobiliaires, et dont il a déjà un enfant, sera du même coup démarié et remarié à la fille de l'électeur de Wurtemberg.

Mds ces brillantes unions de famille obtenues Tépée à la main , et les remaniements territoriaui qui en avaient été ou devaient en être le prix, F Autriche diminuée , la Russie battue, la Prusse humiliée, la Gk)nfédération germanique refaite à notre profit, tous ces résultats n'étaient qu*une faible partie des conséquences que Napoléon prétendait tirer de la victoire d'Austerlitz. Ce qu'il rêvait maintenant c'était une transformation radicale du système européen tout entier. Lorsque, au début de l'Empire, on l'avait entendu évoquer le nom et la mémoûre de Gtiarlemagne, on n'avait vu en général dans ws paroles qu'on rapprochement de fantaisie, un effet oratoire sau rapport réel avec les faits. On put juger après Austerlitx qu'il y avait eu là de sa part toute autre chose qu'un simple hasard d'expression. Ce n'est pas que la fédération de royaumes dont il voulait s'entourer eûtmipjBd rien de commun avec l'antique fédération carlOTfngienne. Ce qu'il avait en vue sous ce nom de fédérttioD c'était l'unité la plus étroite et la plus absolue. Ces

Page 1