Napoléon l TaUeyrand, 8 août
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RUPTURE AVEC LA PRUSSE. 4b3
et plus provocante encore : « La lettre de Laforesl, écrit-il à Tàlleyrand, le 22 août, me parait une folie. C'e&t un excès du peur qui fait pitié ... dites-lui qu'il doit rester tranquille, observer tout en me mandant tout; battre en froid; que, si on lui parle de ]a Confédération du Nord, il dise qu'il n'a pas (ïimtruc^ lions, que, s'il est question des villes hanséatîques, il déclare que je ne sou/frirai pas qu'il soit rien changé à leur éiai actuel.,., si Lucciiesini vous parle de la Saxe et de la liesse, vous lui direz que vnus ne connaissez pas nus intentions, t C'étiit en dire assez sur ces intentions que de refuser de les faire connaître. En même temps qu'il envoie à Laforest ces déplorables instructions, il fait donner à rAllemagnc un avertisflement lugubre et menaçant par le mturtre de Palm. (26 août.)
Palm était un libraire do Nuremberg, ville libre, récemment cédée k la Bavière et sur laquelle nous ne pouvions élever aucune prêLention Irgitime, bien qu'tTe fût niomentai.énitnl occupée par nos troupes. Palm avait coaimis, -omiue tous ses confrèta, le crime, non pis de publier, mais de vendre et de propager les brochures éciites en faveur de la liberté de son pays. Parmi ces boi hures se trorrvait féloqoeiit éciit de Gentz. intitulé : le profond abaisse* de l'ÀUema^ne, œuvre dont la \erve et la véhéavaient puissamment coutribué à réveiller le Mntîmeot national. Napoléon ne connaissait pas deux lières de réfuter un écrit : ne pouvant supprimer toor, ils*cn prit aux libraires. Il employa ici le iède qae, dans toutts ses lettres, il recommandait Ml fnère Joseph, comme un moyen infaillible de
t. Ce remède, qui n i ces fratenM ■ considérait coir.c I résomait en une co i. ^M !■* le dernier mot de la :
il— Immmi . l 'i I : Tusillez! Dès ïikitbier cet ordre eipéditif ■!«• fw vous avez Tait arrêter ^ rf de Nuremberg. Mon inter Il dnanl une commission milil jgl^M tim4i-'}vairt heures. Ce n'est pas i B^c ^oc de répandre des libelles da ^amiTC<'t les armées françaises pou ^^■fs contre e'ies. La sentence porte ^ ai il j a une armée, te devoir du c ,^10' i sa sûreté, les individus tels ^^m iaeoir lenlé Je soulever les ht j^^ eontre i'armie française sont c
i, tout était réglé & l'avance , la ci la sentence, et il se trouva d
sept colonels pour accepter ce déjuges par procuration, Mais ils ce qu'a écrit lluUin, \ propos d 11 nous Tallail juger sous peine ^BOï-oiéniesl • Palm, arrêté à Nurembe fc la commission militaire qui obéit à : condamnant ù mort, ainsi que Iro L^ dont on ne réussit pas à s'empar ..tc ruison qu'il était inutile de lui doi ii-nseur, mais on se ravisa en rédigeant jugement unit le mensonge à l'alroc
RUPTURE AVEO LA PRUSSE. ktb
un faux solennel que cette formalité avait plie. Palm marcha à la mort avec un courage implicite qui émurent jusqu'à ses exécuteurs, ientdt célébré comme un martyr par des [Mitrioliques qui retentirent dans toute l'AUe-
)urtre de cet innocent causa parmi les popuallemandes un long frémissement. La fusilivait être un moyen efficace dans les provinmi sauvages du Napolitain, mais au cœur de I civilisée, et au milieu d'un peuple qui n*a- ' encore été façonné à la servitude, l'efietprolait beaucoup moins de la crainte que de la i de l'indignation. Les gouvernements altam d'importance à la vie d'un particulier obstout lorsqu'on le frappe au nom d'un prétérét d'État; la cour de Berlin resta donc assez inteà la mort de Palm; cependant l'événement d'être sans influence sur ses déterminations, ne pouvait plus désormais éviter le contre- ! émotions publiques, et Napoléon, loin d'être ï lui faire la moindre concession pour rendre [iation plus facile , devenait de jour en jour ier, plus hautain, plus absolu dans ses exilant pour prétexte les refus de la Russie t du traité conclu avec d'Oubril, il ne vouentendre parler même d'un commencement !dëi ation du nord tant que la Prusse n'aurait armé * ; il allait même beaucoup au delà de
léoD à Laforest, 12 septembre 1S06.
HISTOIRE DE*llAPOLéON V".
celte mise en demeure, et prescrivait à aon mil en Saxe de presser secrètement Télecteur de se rer roi indépendante Avec de telles prétentions il impossible de songer au rétablissemei.t de Tenl entre les deux puissances ; et lorsque M. de Kni dorfT, le successeur de Lucchesini, eut fait coi par une note en date du 1*' octobre, les trois tions qui formaient l'ultimatum du cabinet de c'est-à-dire l'évacuation de l'Allemagne par n( mée, la restitution de Wesel, entin la promeaseï metire aucun obstacle à la Confédération >da ce programme révéla une si incalculable distaAP|É| tre les vues des deux gouvernements que la gMlîil trouva par le fait déclarée. Napoléon était d^JMP pour Maycnce depuis huit jours. ;i
Le cabinet de Berlin avait eu de grands le cours de cette longue négociation, mais c'él torts de la faiblesse , et non ceux d'une pervt fléchie. Le premier de ces torts avait été de nous déclarer la guerre dès le lendemain de Ul tion du territoire d'Anspach, car nous lui OL] donné dès lors vingt sujets légitimes, par lè\ apens d'Ettenhcim, par la saisie du port de par l'arrestation de Rumboid, par la violation ritoire de Hesse-Cassel qui précéda de peu celle d'Anspach, enQn par l'ensemble de notvtj tique européenne dont elle avait quelque s'occuper. Ayant manqué l'occasion foute de la cour de Berlin eut un second tort, celui 4'
Hanovre sous le coup de la terreur que luii
pour une dépâche à Durand, 12 Mpteoibr«»
raît Napoléon. Maïs loin de se contenter de cette dangereuse victoire, et de rendre au moins la sécurité à ceux qu'il avait si cruellement hnmili(!îs, Napoléon n'eut pas de repos qu'il n'eût lassé leur complaisance au point de les exaspérer jusqii'au délire. Il n'a pas p'utôt cédé le Hanovre à la Prusse qu'il Toffre à l'Angleterre ; il offre en même temps au roi de Naples les lillcs hanséatîques pour l'indépendance desquelles il Ta afficher un si beau zèle lorsqu'il sera question de les faire entrer dans la Confédération du Xord; il dépèfc TAliemagne au profit de li Franco sous les yeux dn roi de Prusse consterné en lui présentant d'une main des compensations qu'il lui retire de l'autre; il occupe des places fortes au del.\ du Rhin milgré ses promesses réitérées, il fait fusiller des citoyens allemaads dans des pays neutres où ses troupes se sont établies contre tout droit. Et pendant tout ce temps qaelle a été sa conduite soit avec ses alliés, soit avec FEurope? Il a trompé l'Angleterre, en lui promettant de ne pis réclamer la Sicile ; il a trompé l'Espagne, en offrant sans son aveu les îles BabSires ; il a trompé la Hollande, en cédant aux négociateurs anglais ses colonies qu'il a juré de lui conserver; il a trompé PAotriche, en trafiquant de Raguse, qui était une de les dépendances, en déchirant le traité de Prcsbourg qui reconnaissait formellement l'empire d'Allemagne et'ftncienne Confédération germanique (art. VII) ; il a trompé la Russie, en surprenant à d'Oubril un traité conclu sous la promesse formelle que l'empereur ne publierait pas l'acte de la Confédération du Rhin. M lis ces michinations ont été menées si maladroitement que la fraude se découvre d'elle-même. Celui
qui a voulu mentir avec tout le monde voit tout le mond réuni contre lui ; son imposture est démasquée à ton les yeuXy et, quelques mois après Âusterlitz, le conti nent se trouve de nouveau armé pour nous attaquer la tâche accomplie par nos soldats est à recommencei
Mais loin de s'effrayer de cette perspective, il en trioin phe et s'en réjouit : < J'ai en Allemagne, écrit-il à Jo seph, près de cent cinquante mille hommes, etjepm €ivec cela soumettre Vienne, Berlin, Saint^Pétersbourgl > Ces paroles n'étaient que trop vraies; mais la possibi Jité d'une telle surprise lui faisait illusion sur ses COD* ditions de durée. Son armée pouvait opérer bien dat miracles, elle pouvait gagner cent batailles, elle nepoo* vait ni refaire la civilisation moderne, ni changer l'es* prit des nations.
Quand on songe au merveilleux instrument qu'il avait dans les mains et à l'indigne usage qu'il pute: faire avec une si longue impunité, l'imagination se re* ,^porte à ces puissances magiques qui jouent un si graiM rôle dans les contes orientaux. Tant que le héros es en possession du talisman tout lui réussi t jusqu'à l'in vraisemblance. Les principes qui régissent les autre hommes n'existent pas pour lui. Des prodiges inow naissent sans effort sous sa main inconsciente. Ilo connaît ni bien ni mal; il se rit de l'impossible. Il pei se jouer à plaisir de tout ce qu'il y a de juste et d sacré. Pour lui la déraison devient génie , Timpré voyance habileté, l'iniquité justice, et plus il foule au pieds toutes les règles de la sagesse, du bon droit, d sens commun, plus son succès s'enfle, grandit, éclati Les lois même de la nature semblent bouleversées Les hommes contemplent avec un effroi superst
tieux le sinistre éclat du météore. Ils sont prêts à diviniser ce mortel privilégié, invulnérable, dont aucune folie, aucun crime ne peuvent compromettre l'étonnante fortune. Un jour le talisman s*égare ou se brise, et soudain le dieu a disparu. On n'a plus devant les yeux qu'un pauvre insensé, on se demande si cet élu du destin n'en a pas été la victime, et l'esprit confondu hésite entre l'horreur et la pitié. Voilà l'histoire de Napoléon et de la grande armée.