CHAPITRE X
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Quelque profond, sincère et passionné que fût le mouvement national qui venait d'entratner la Prusse à la guerre après les sanglants affronts que lui avait fait subir Napoléon , la situation militaire de cette puissance, autant que la redoutable activité de son ennemi, lui commandait une prudence extrême, mal* heureusement peu compatible avec les généreux emportements du patriotisme. La Prusse, pays de plaines sans fin, ouvert de tous côtés à l'invasion, mal distribué, fait de pièces et de morceaux, ne possédait presque aucune de ces grandes barrières naturelles à l'abri desquelles un peuple peut se retrancher comme derrière un rempart, et qui lui donnent le temps d'organiser une insurrection nationale lorsque ses armées ont été détruites. L*EIbe, le seul fleuve qui lui offrit une forte ligne de défense, ne pouvait être choisi comme barrière qu'à la condition qu'on abandonnât d'abord près de la moitié du royaume. Pour surcroît de malheur, l'armée française était à ses portes. Napoléon n'avait i)as même à franchir la distance qui dans toute
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gneire entre les deux pays sépare d'ordinaire les combattants; il avait déjà cent cinquante mille hommes loot transportés sur la frontière prussienne en Franoonie, en sorte que cet admirable soulèvement d'opinion qui eût pudoim^ à la Prusse trois cent mille soldats de plus, ne pouvait être utilisé faute de temps. Il allait même devenir un embarras et on danger pour elle en lapoussaot i commettre des imprudences irréparableSy et A prendre une attitude offensive peu conforme à rinférlorité de ies forces. Par une consé- (pience non meins déplorable de la faiblesse et de f indécision du roi, l'eifeetif de l'armée se trouvait au moment de l'ouverture des hostilités moins considérable qu'il ne l'avait été quelques mois auparavant. A la suite du traité du 15 février, le roi de Prusse, pour donner à Napoléon un gage de ses intentions pacifiques, avait licencié une grande partie de son armée, et bien qu'il se fût décidé à la rappeler sous les drapeaux dès le milieu du mois d'août, après de longues tergiversations, il n'avait pas encore réussi à la reconstituer entièrement II ne pouvait, d*après les calculs les plus certains ^, mettre en ligne contre Napoléon que cent viqgt mille hommes au plus. Cette armée instruite, brave, disciplinée, animée des meilleurs sentiments, avait un défaut plus grave encore que son infiriorité numérique, c'était celui de n'avoir jamais
1. Onekfoes-uiis de nos liisloriens ont porté ce chiffre ju3qu*à ISS 000 hoBunet, en y compreiiant, il est vrai, lei gafnisoiis prustieooef. A ce compte il faudrait évaluer l'armée de N^Kiléon à WOOO hommes. C'est là une des fictions habituelles de Thistoire dite nationale. D*après les états orficiels pnbliés |>ar le doc de Brunswick la total de l'effectif prussien ne s'élevait pas au*dessus de 117000 hommes, y compris le contingent saxon.
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^ 4m1 1* Steie est inné et tient plus de l'in
Ij^^itda Texpérience, elle est rigoureusemeo
^ei^tooche les soldats.
jofttF armée sans expérience on avait don
[ sans jeunesse tt sans ardeur. Le <
kk avait soixante et onze ans, le ma
lorff et le général Kalkreuth soiiant
IJK^ lui-même, qui était un jeune homme
jV^fMnosité, comme le prince de-Hulienlohe, so
Uimni" l'était par la présomption', avait
jgt àe soixante ans. Ces vieux compagnons du
H^Mric étaient pour la plupart aussi désabusi
s soldats étaient conBants. Illustrés dès leu
e par de glorieux services, passionnément d(
« ■!>« patrie qu'ils avaient pour ainsi dire fa
)Mn mains vaillantes, mais imbus d'idées stc
fies, qui, en cessant de se modiner selon les c
jimces avaient peu à peu passé à l'état de routi
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dat, en sorte que l'armée prussienne offrait Tétrange spectacle de l'audace la plus téméraire commandée par la sénilité.
A la tête de la jeunesse accourue pour défendre et venger l'honneur national, on remarquait surtout le prince Louis de Prusse, l'ami de Mme de Staël et le neveu du grand FrédériCi jeune homme ardent et chevaleresque, adoré déjà pour ses nobles qualités. Il avait contribué plus que personne à relever l'esprit public et donna héroïquement sa vie à la cause qu'il avait embrassée; à côté de lui le prince Henri, et cette reine si belle et si touchante que Napoléon a immortalisée par de lâches outrages. A l'exemple de Marie-Thérèse, la reine Louise avait voulu animer par ses exhortations l'ardeur et le courage des soldats, mais sa présence au quartier général avait surtout pour objet de soutenir l'âme indécise du roi dont on craignait toujours quelque retour de faiblesse et de repentir. La cour presque tout entière l'avait suivie au camp, où l'on voyait encore des publicistes comme le baron de Gentz^ et jusqu'aux partisans malheureux de notre alliance guéris un peu tard de leurs illusions, d'Haugwitz et Lombard. Des écrivains inoffensifs, des professeurs comme Amdt, des poètes comme Kotzebue, appelaient la nation aux armes. Le philosophe Hchte, le défenseur ardent de la Révolution française, devenu l'ennemi non moins résolu du nouveau CésarUme dans ses discours à la nation allemande, avait demandé comme une laveur à être enrôlé dans l'armée prossienne ; mais on ne devait comprendre que plus tard l'utilité d'un tel concours. La présence de ces femmes, de ces courtisans, de ces écrivains, de ces hommes
- . ::: !.:-.:irr^ qui iiwiiii ► î^* à -.- ^-i-.-ji^^^' rùlc, devaicijt iiuLurclk laprefliière ligne. Ce n'est que plu:
'Zfjh h nécessité d'y faire entrer la n >. fSïur le moment, cette population ^ ie«ouêe, qui ne demandait qu'à pai 2^ if ses défenseurs, était encore conda <îe spectatrice du combat. Là se t :cdes malheurs de la Prusse en 1806 - .^iHÈiv it^^uie de nos triomphes. La nature à kvessible et vulnérable sur tant de ] X^ que rimmensité des ressources dos ^ j'ipoléon, exigeaient dès lors que cette 1^ &: plus qu'aucune autre une nation arm ^Av^tsur nos autres ennemis du continent ^^ supériorité, qu'il lui était possible et fac ^^ji^^nir. Mais c'est seulement de l'excès < ti du cœur d'un patiûotisme au désespoi
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Le premier , oomposé d'environ soixante-dix mille hommes et commandé par le duc de Brunswick, s'était porté de Magdebouiig sur Weimar et Erfurt; le sscofid sous les ordres du prince de Hohenlohe avait pds par la Saxe et après y avoir rallié un corps de vingt mille Saxons, s'était rabattu sur la Saaie vers l'entrée des défilés qui conduisent de Saxe en Francooie. Cette position, beaucoup trop avancée eu égard à la faiblesse numérique de l'armée prussienne et à la position que nous occupions nous-mêmes en Francoaie, avait été adoptée principalement dans le but d'entntaer l'électeur de Hesse-^Cassei, qui disposait de ^nze à vingt juiUe hommes, et qui s'efforçait de AMûnteoir sa neutralité fort compromise entre deux voisins si puissants. Pour venir plus vite à bout des iiésitations de ce prince, le duc de Brunswick avait prolongé sa droite jusqu'à Easenach, à l'extrémité de la forêt de Thuringequicouvraitle frontde son armée mr une étendue de vingt lieues. Cette faute rappelait OflUeqoe Mack avait commise l'année précédente ens'aiinçantà Vétourdie en Bavière. Comme les généraux éi rAntriche à cette époque, les Prussiens n'avaient ajourd'hui centre un tel adversaire qu'une seule condaite à tenir, c'était de choisir de bonnes positions défensives, et de s'y retrancher successivement de fa* {QD & donner à l'armée russe le temps d'accourir à leorsecours* Si l'on tenait absolument à ne pas livrer à Napoléon rentrée de la Saxe sans combat, on avait One première barrière à lui opposer dans la haute tiale* ; on en avait une seconde beaucoup plus forte