‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 187 sur 310 · I. Napoléon à Andréos&y, 1" décembre 18()o · texte numérisé non relu

I. Napoléon à Andréos&y, 1" décembre 18()o

IG HISTOIRE DE NAPOLÉON l*'.

places fortes de la Silésie étaient en effet encore au pouvoir des Prussiens, pendant que Napoléon en disposait avec tant de libéralité. Il convient de rappeler enfln que cette offre, presque dérisoire à force d'être insufGsante et précaire, était faite à une puissance impitoyablement frappée pir le traité de Presbourg, poussée à bout par les procédés les plus méprisants, et réduite à ne plus trouver de salut que dans notre propre ruine. On est donc autorisé à conclure que, quelque infatué qu'il fût alors, Napoléon ne put luimême prendre beaucoup au sérieux son offre d'une portion de la Silésie : il y vit un moyen de sonder les dispositions de l'Autriche, une occasion de la con* traindre à manifester ses sentiments secrets, pluUt qu'un appât de nature à l'entraîner.

Le jour même où il chargeait Andréossy de faire à l'Autriche cette proposition insidieuse, Napoléon posait publiquement dans son trente-sixième buUetince qu'on peut appeler les termes du problème de la réso^ rection polonaise: « Il est difGcile, disait-il, de peindre l'enthousiasme des Polonais. Notre entrée à Varsoyie était un triomphe, et les sentiments que les Polonais de toutes les classes montrent depuis notre arrivée M sauraient s'exprimer. L'amour de la patrie et le aeH' timent national est non-seulement conservé en entier { dans le cœur du peuple, mais il a été retrempé ptf le malheur. Sa première passion, son premier désir est de redevenir nation. Les plus riches sortent de leurs châteaux pour venir demander à grands cris k rétablissement de la nation, et offrir leurs en&nls, leur fortune, leur influence. »

La constatation de ces faits dans un de ces bnl- |

letins fitmeux qui avaient déjà changé la face de l'Europe était à elle seule un plaidoyer en faveur du rétablissement de la Pologne; et pour les Polonais en particulier, une seule conclusion paraissait possible, après des considérants aussi décisifs. Mais il conve naît à Napoléon de poser la question et non de la résoudre; il évoquait donc sans détour cette grande éventualité : < Le trdne de Pologne se rètablira-t-il? Cette grande nation reprendra-t-elle son existence et son indépendance? Du fond du tombeau renaîtrat-elle à la vie? > Puis au lieu de conclure et de ré pondre à ces questions en homme d'Ëtat qui doit rendre compte de son opinion, au lieu de dissiper les illusions ou de fixer les incertitudes par une déclaration franche et digne, traçant à chacun la ligne de ses devoirs, il se dérobait tout à coup par une sorte de subterfuge théologique, comme les casuistes seuls ont le privilège d'en imaginer : < Dieu seul, répondaitil, qui tient dans ses mains les combinaisons de tous les Mntmenls^est V arbitre de ce grand problème politique /> Si tout ce que Napoléon pouvait faire pour les Polonais était de les renvoyer à Dieu, ce n'était pas la peine d^avoir une armée de cinq cent mille hommes; le premier moine venu eût suffi pour cela. C'était dire assez clairement qu'il se réservait de trancher plus tard la question dans le sens qui conviendrait le mieux à ses intérêts; mais en formulant cette conclusion ambiguë qu'on eût dit rédigée par un augure, il savait bien que la Pologne entière ne lirait que les prémisses et serait la dupe volontaire de cette équivoque préméditée. Le lendemain 2 décembre Napoléon reçut la lettre dans laquelle Muret lui faisait

grandeur n'est pas fondée sur le si milliers de Polonais. C'est à eux i thousiasme de la circonstance a « mot à faire le jiremier pas. Qu ferme résolution de se rendre in s'engagent à souleair le roi qui \t alors je verrai ce que j'aurai à faire. . que je ne viens pas mendier un miens; Je ne manque pas de trôr famille I • Que lui demandaient-îl de ce sang généreux qu'ils élaie pour lui? un mot, et dans la crain éprouvaient de voir leur patrie veau après tant d'abandons succi lions stériles, il feignait de n't calculs égoïstes, il n'y trouvait q vaines récriminations d'orgueil, o jures sans dignité. C'est ainsi qu' qu'une jofrùedansia résistance ina posaKosciuszko.Il s'était cru telle l'adbésioD de ce grand dtosen pari

lIAPOLéON ET LA POLOGNE. 19

ioTitaot ses concitoyens à venir se ranger sous la bannière de l'invincible Napoléon ; mais cette fable fut bientôt démentie par Kosciuszko lui-même, et le dépit de Napoléon fut d'autant plus vif qu*il s'attendait moins à un pareil mécompte.

A dater de ce moment, il y eut scission parmi les chefs de la nation polonaise, les uns, comme Joseph Poniatowsldy Zajoncheck, Wybicki, Dombrowskî, perdatant quand même à attendre tout de lui, malgré •et réticences, les autres, de beaucoup les moins nom- * lireiix, préférant l'abstention jusqu'à ce qu'il eût confenti à donner la garantie qu'ils réclamaient. Un troisième groupe , à la tête duquel était le prince Adam Czartoryski, un des membres les plus actifs du cénacle des jeunes conseillers d'Alexandre, s'obstina à aspérer la régénération polonaise de la bonne volonté dn czar. Cette illusion était peut-être aussi profonde que la première, mais telle était dès lors la situation désespérée des patriotes polonais qu'ils ne pouvaient guère vivre que d'illusions. On peut dire d'ailleurs qu'ils ne se trompaient pas en comptant sur la généradté d'Alexandre; ils se trompaient seulement en tad attribuant un pouvoir qu'il n'avait pas. Alexandre ■*était pas indigne d'inspirer de si hautes espérances ; il alliait à la subtilité byzantine une réelle élévation de sentiments, mais quelque puissant qu'il fût, il aTeàt pas touché impunément à l'intégrité de l'empire.

Da de ceux qui s'étaient ralliés au czar , le comte IGcliel Oginskiy a exprimé avec une parfaite netteté les sentiments de défiance qui éloignèrent de Napoléon une partie des Polonais, et pour être dans le

tf-<T01RB DE NAPOLÉON 1*'.

• îi V 1 ueu de chose à ajouter à son jugement sur nt Sxposa^^ les raisons qui avaient dicte sa ■ j fgdaflsun mémoire adressé, en 1811,àremy g- Alexandre, il disait: « Pour rétablir un pays ; \. jjjaflt il faudrait supposer à Napoléon ces sen- ^ ■ ç. fjWraux, ce caractère de modération, de dé- ".--.«.<c?eawDt, de générosité qui n'est nullement

-'flt î~ '''^ ^^^ l'avidité de conquérir, avec le besoin

V^r.j ,,;r ie diviser, de détruire tous les États de

'Tjr-'»^- ^^^ ^" insouciance pour le bonheur et la

.— nTiîiJ-^ des peuples.... Et comment présumer que

^ . n^ ie la fortune, qui se croit Tenvoyé de Dieu

,^yrv i régler les affaires du monde entier, que cet

•i lîïïTTf entreprenant qui a détruit tant de trônes, qui

, .,r 1 : 't'vé quelques-uns que pour être les supports

^^ ^ grandeur, qui change de résolutions et de pro-

-s i'ï?o autant de promptitude qu'il les conçoit, qui

it > ,^#t jamais occupé du bonheur des hommes et

, ^:i* r;i:t cas qu'autant qu'ils peuvent lui offrir leurs

»r*? pour exécuter ses desseins, comment, dîs-jc,

•i^^îiumer que cet homme extraordinaire, insensible

.u sort malheureux de l'Europe qu'il a bouleve^

>cv. soit sensible seulement à la triste position des

\>lonais , et qu'il veuille rétablir leur patrie en

ui assurant un gouvernement libre et indépen-

iant ' ? »

Uien de plus juste et de plus frappant que ces térlexions, rien surtout de mieux justifié par la conduite ultérieure de Napoléon envers les Polonais. Quoi (|U on dise en effet pour l'excuser, et en admettant

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