Vt'moirfs ifn comtv Ov'«-*A', t. III
HAPOLéON ET LA POLOGNE. 21
même qne les hésitations de quelques-uns d'entre eux raient dégagé, il n'en reste pas moins vrai qu'il a trompé sciemment la partie de la nation qui a perliité jusqu'au bout à se fier à lui, à moins qu'on M feuille soutenir que l'annexion du grand-duché de TinoYie au royaume de Saxe a été une compensattn suffisante aux levées d'hommes et aux réquisi- Vnis qu'il n'a jamais cessé de faire en Pologne à partir de ce moment. Entre Napoléon et les Polonais qui •èmnaient à lui, il y a eu dès lors un pacte tacite ait la condition était de leur côté un dévouement aiQgley absolu, et du sien le rétablissement de leur lirie. Jusqu'à la fin de son règne il sut entretenir leur iMfiance par des dëmi-promesses, des demi-mesures, ;4ftr des paroles à double entente qui donnaient làsatisfaction presque égale et aux Polonais et à ennemis : < Je ne pouvais, écrivait en 1809 le Gzartoryski, m*empécher d'être étonné de l'art lequel Napoléon propageait et accréditait à la ib les conjectures et les opinions les plus contraires. Isst certain qu'en faisant écrire des dépêches et prodes paroles qui devaient indigner et désespé- % les Polonais , il n'était pas moins parvenu à ré- Ibdre parmi nous la conviction que non-seulement i avait à cœur l'intérêt de la Pologne , mais encore VU avait un sentiment particulier d'affection pour iotre nation.... Pour réveiller l'enthousiasme, il n'a fil publier quelque article de gazette , à envoyer à %novie un de ses aides de camp polonais qui , ac- Cldlli partout dans la société, répète quelques parob de Napoléon , ou raconte quelque anecdote intéressant le patriotisme. On vit là-dessus pendant quel-
22 HISTOIKB DE HAPOLÉON V.
ques mois, et au bout de ce temps un nouvel employé tnenl remonter les esprits *. >
Que fùt-îl advenu si la Pologne entière avait imité et suivi ces croyants obstinés qui, malgré tant d'amers mécomptes, lui donnèrent leurs vies avec une si magnifique prodigalité de Somo-Sierra à Leipsidc? 11 est peu permis de croire que les destins en eussent été changés, soit pour l'Europe, soit pour les Polonais eux-mêmes. Il ne les aurait pas moins abandonnés à Tilsit pour tendre la main au puissant empereur qui lui apportait ce qu'il appréciait le plus av monde, le concours d'un despotisme fortement oifanisé, et pour se débarrasser de ce qui lui était le plos antipathique, le spectacle d'une force libre et indé* pendante; il ne les aurait pas moins trompés avec des demi-satisfactions et des promesses tom'ours éludées; ce succès enfin ne l'aurait nullement détourné de conmiettre une seule des fautes qui Tout perdu; mais on frémit en songeant à tout ce que l'héroisine d'une nation ainsi fanatisée eût ajouté aux difBcnltfi de la lutte. Le patriotisme au désespoir tourne faciI^ . ment à l'illuminisme, surtout chez un peuple dont le caractère est à la fois mystique et chevaleresque: malgré les déceptions sans nombre dont les Polomis ont été victimes de la part de Napoléon, nous avotf vu de nos temps leurs poètes et leurs penseurs iosiituer en Phonneur de sa mémoire une sorte de cuits sous le nom de messianisme; cette particularité singulière dit assez combien une telle arme eût pu devenir
I . Carretpondanee d^ Alexandre !•' aoee le prince Cxartarydtij pobliée par Ch. de Mazade.
daogerease onaniée par de telles mains, et loin de blâmer les patriotes qui refusèrent de la lui conGer aveuglément, on doit dire qu'ils ont bien mérité de l'Europe et de la civilisation. Napoléon pouvait affranchir la Pologne, et c*était là une des plus belles chances de vraie grandeur que lui eût offertes sa merveilleuse fortune, mais il ne le pouvait qu'à la condition de changer de système, et pour attendre de lui une si nûraculeuse conversion, on était tenu par le devoir le plus impérieux d'exiger de lui une garantie de ses intentions.
Tout autres étaient ses préoccupations en ouvrant cette nouvelle campagne. « Conquérir la mer par la terre, > tel était le refrain qui revenait alors dans tontes ses lettres, et en présence de ce programme indéfini qui convenait admirablement à Tinquiètude et aux tendances aventureuses de son génie, la tâche patiente et délicate d'une reconstitution de la Pologne De pouvait être à ses yeux qu'une diversion importune. Dès sa jeunesse, il avait eu un goût immodéré pour ces entreprises grandioses qui lui offraient des perspectives illimitées comme son ambition, mais en tgypte même où il avait laissé voir sa prédilection pour ces vastes utopies, l'insuflisance trop flagrante de ses ressources l'avait forcé à les reléguer sur le second plan. Parvenu aujourd'hui à l'apogée de sa puissance à travers mille prodiges, il ne croyait plus à l'impossible , et il s'abandonnait sans contrainte à la tyrannie qu'exerçaient sur son imagination ces pims gigantesques et chimériques. En marchant contre la Russie, il n'avait plus comme autrefois un but arrêté et défini, il avait en vue comme résultat pro-
son ioccmeur a?ec ce soin qui avait fait de la cavalerie prussienne la plus belle de TEurope. Il avait organisé en outre dans toutes les places qui se trou- TiieDt SOT le passage de son armée, à Erfurt, à liagdeboorgy à Spandau , à Gûstrin y de grands magasins d'approvisionnements et de munitions de tout flenre. Sa base d'opérations n'étant plus désormais la Ihmce, mais la Prusse, il avait transformé ce pays tmA entier en une sorte de vaste chantier militaire. tilMcieDne administration fut maintenue sous la di- Mlion de M. Daru; elle continua à percevoir l'impdt ;*4iiiiiaire en même temps que nos contributions de (y et toutes les ressources du royaume se trou- Lt bientôt employées au profit de notre armée, peut estimer à au moins quatre cents millions les sitions dont furent dès lors frappées les provin- ^nquises (Prusse, Hesse, Hanovre, Brunswick, hanséatiques), soit en argent, soit en approvitements, soit enfin sous forme de saisie des martes anglaises.
L'armée , dont ces énormes tributs devaient assu- Fentretien, allait dépasser trois cent mille hom- \y lorsque tous les corps en marche auraient opéré Isor jonction. Mais cette armée, quelque solide et retsntable qu'elle fût encore, avait déjà perdu son ^Mienne physionomie, et n'avait plus qu'une partie 4es rares qualités qui avaient fait sa force et son ori- ^malité. Les écrivains militaires ont signalé à un ^nt de vue tout spécial les inconvénients qui résultèrent un peu plus tard de l'extension démesurée des régiments et de la dispersion des bataillons ; je fais fusion ici à un mal plus grave et plus profond qui