Jomini
cantonnements situés à une distance moyenne de dix à quinze lieues en avant de la Yistule. Placés à portée de se soutenir les uns les autres, ils étaient pourtant dispersés sur un espace incontestablement trop étendu, car de Varsovie où se trouvait le corps de Lannes à Elbiog où campait Bernadotte il D'y a pas moins de cinquante lieues. Ses autres lieute nnts occupaient l'espace intermédiaire entre ces deux points extrêmes. Ney était cantonné vers Neidenburg, Soult aux environs de Golymin, Davout à Pattosk, Augereau vers Zakroczim. Le maréchal LeliBbvre fut chargé d'observer Danzig avec un corps de quinze mille hommes en attendant qu'il pût comimicer le siège de cette place; un autre corps bloqua firandenz. Napoléon lui-même se tint à Varsovie avec sa garde. De là il surveillait les mille détails l'organisation nécessaires à la subsistance de cet imnense rassemblement militaire, l'envoi des vivres, la confection des effets et des approvisionne- IMits, l'établissement de vastes hôpitaux, programme effrayant des batailles futures. Mais ces soins multijliés se réduisaient trop souvent à des ordres qui n'ét|îent point exécutés parce qu'ils ne pouvaient pas f^tre, vu la disproportion de l'entreprise avec l'état firécaire des ressources du pays. Nos soldats, réduits à déterrer les provisions enfouies des pauvres paysans polonais, vivaient mal. La mauvaise qualité de leur ■onrriture jointe à Tinsalubrité d'un climat humide engendraient parmi eux de nombreuses maladies aiquelles leurs chefs eux-mêmes payaient tribut. Lannes, Hurat, Augereau avaient été atteints des premiers assez gravement; enfin l'écho des plaintes de
l'année arrivait jusqu'àParis et y répandait des alarmes assez vives pour que Napoléon se crût obligé de les faire dissiper par des démentis du Moniteur K
Le seul dédommagement à tant de maux fut la chute des principales places de la Silésie qui succombèrent après une résistance plus honorable que celle que nous avaient opposée les autres forteresses prussiennes. Glogau avait capitulé le 2 décembre ; Breslau dut se rendre à Yandamme le 8 janvier lorsque Teau de ses fossés rendue solide par la gelée mit sa faible garnison à la merci d*un assaut. Schweidnitz ne tarda pas à éprouver le même sort.
Pendant que Napoléon disposait tout pour s'étaUir paisiblement dans ses quartiers d'hiver, l'armée russe, après s'être un instant dérobée par une marche longue et savante, se préparait à revenir sur lui pour l'attaquer. Repoussés sur Ostrolenka après les batailles de Golymin et de Puliusk, les généraux msaes étaient parvenus à se rejoindre vers Nowogrod. U ftit tenu un conseil de guerre dans lequel Bennigsea insista vivement pour une reprise immédiate des hostilités. Ce général qui à défaut de grands taleots militaires possédait beaucoup d'audace et de téoi- 4:ité, croyait qu'avec une indomptable énergie on pouvait résister avec succès à la supériorité straté|ique de son terrible adversaire. 11 était patriote à sa manière et avait su prendre une grande autorité sur le soldat. En plusieurs circonstances de sa vie et notamment dans la tragédie fameuse qui avait mis fin an règne et à la vie de Paul I'% il avait montré une