Napoléon à Fouché , 18 janvier
rare force de caractère. Sans se glorifier du rôle si connu qu'il avait joué dans cette nuit mémorable, il en portait le souvenir avec une assurance froide et hautaine, en homme également éloigné de la bravade et du repentir. Sa ferme attitude à Pultusk l'avait désigné pour le commandement de Tannée ; il reçut bientôt après Tordre de remplacer Ramenski et put mettre à exécution le plan qu'il avait conçu. Sans se dissimuler les graves inconvénients résultant de la mauvaise saison, il les jugeait avec raison moindres pour ses soldats que pour les nôtres qui n'ftaient pas habitués à un pareil climat, et il sentait d'instinct que si nous cherchions à' éviter le combat, c*est qu'il y avait avantage pour lui à nous Toffrir. Il résolut donc de profiter de Tétendue exagë • rée de nos cantonnements pour surprendre s'il se pouvait les deux corps d'armée qui en formaient la Umite extrême vers la Prusse septentrionale, et en tout cas pour les refouler en dégageant du même coup les places de Danzig et de Graudenz. La dispersion imprudente du corps de Ney, qui de Neidenbourg poussait des détachements jusqu*à Rœnigsberg afin de procurer des vivres à ses troupes affamées % la situalion un peu aventurée de Bernadette à Elbing offraient i Bennigsen un espoir fondé de couper et de battre ces deux corps isolés avant que le reste de Tarmée fût en mesure de les secourir. Quoi qu'on puisse dire en effet pour justifier le développement que lyapoléon avait donné i ses positions, il n'en reste pas moins vrai
1. Voy. Fezeniac, Jomini et Mathieu Dam : Préch des étéM- Aements militaires f t. XVIII.
de Ney pour reprocher au maréchal la témé pointe vers Kœnigsberg et le rappeler à ses nements de Neidenhourg : • Revenez lente écrivait Berthier au nom de l'empereur, ci mia' pas que l'empereur fait en i7iarche reii {18 janvier 1807)'. BeDoigsen pénétré a' de la nécessité de nous cacher sa man disparu derrière un vaste rideau de forêts in blés, il avait fait un immense détour partie partie au delà du lac Spirding, puis il s'éta par Arys, Rhein, et Bisclioirstein comptant drc nos cantonnements encore en pleine séci tout ceux de Bernadotte, qui se trouvait le posé depuis que .\ey avait commencé son mi rétrograde. Ney n'avait pas encore achevé vement lorsque les Russes parurent aux d'Heilslierg (Ï2 janvier I807},etses derniers ments durent s'ouvrir un passage pour rejo corps d'armée. Mais Bennigsen qui arrivai! troupes harassées par de longues marches des réeion!
dons l'ensemble et la rapidité qui leur étaient plus que jamais nécessaires : au moment de recueillir les fruits d'on plan si habilement conçu, il les laissa échapper de ses mains. Au lieu de couper tout ou partie du corps de Ney, il ne put que le refouler sur sa ligne de retraite. Quant à Bemadotte, promptemeut arerti par son collègue du danger qui le menaçait, il se rabattit à la hâte dans la même direction , et renversa à Mohmogen l'avant- garde russe qui voulait lui barrer le pasaage. Il y perdit ses bagages, mais il put opérer sa ratraite sur Strasburg, donnant la main à Ney qui était à Gilgenburg. ( 25 janvier. )
Napoléon ne connut bien l'ensemble de ces événements que le 27 janvier seulement. Il en comprit aus- Atôt la portée et loin de chercher à contiarier la laarche des Russes vers la basse Yistule, il résolut de tout faire pour les y engager de plus en plus sur les pis de Bernadotte pendant qu'il se porterait lui-même mr leurs derrières suivant sa constante méthode. Il le bâta donc de lever ses cantonnements. Il dirigea son armée sur Wiilemberg, point à partir duquel il commencerait à déborder Textréme gauche des KiMseSy pour les tourner bientôt et les acculer sur h Yistule, ou bien s'ils s'apercevaient à temps de Km projet, pour les rejeter dans le sens opposé au delà du Niémen. Il laissa à Varsovie le corps de Lannes pour faire face à deux divisions que Bennigsen avait envoyées sur la Narew, puis afin d'attirer les Russes vers la Yistule il expédia à Bernadotte l'ordre de se retirer pas à pas devant eux dans la direction de Thom*. A vrai dire, il ne se flattait pas de couper
1. D'après Rob. V^iUon qui affirme tenir de Bennigsen l'original
toute Tannée russe, mais il se croyait assuré de surprendre un corps de c quinze à vingt mille hommes, »et il avertit Glarke, Mortier et Lefebvre qui se trouvaient à Berlin, à Stralsund et à Thom, de se tenir prêts à profiter de cette éventualité ^ . Le froid ayant rendu au sol la consistance nécessaire, les chemins étaient redevenus très-praticables. Nous ne pouvions plus désormais imputer nos échecs ani boues de la Pologne. Napoléon doutait si peu du succès de la nouvelle campagne que dans toutes ses lettres il annonçait quHl allait rejeter les Russes au âàà du Niémen *. Il alla jusqu'à prédire ce résultat dans la proclamation qu'il adressa à son armée le 30 janvier :
« Les Russes, disait-il, sont entraînés par la Faior lilè qui constamment égare les conseils de nos enne* mis. Ils entrent en Turquie et déclarent la guerre à la Porte au moment même où nous arrivons sur leois frontières. Les premiers ils lèvent leurs quartiers d'hiver, et viennent inquiéter leurs vainqueurs ponr éprouver de nouvelles défaites. Puisqu'il en estedusi, sortons d'un repos qui ferait tort à notre réputation; qu'ils fuient épouvantés devant nos aigles au delà Ai Niémen ! Nous passerons le reste de notre hiver dvs les beaux pays de la vieille Prusse, et ils ne pouiront
de cet ordre, Napoléon tout en notifiant à Bernadotte son iatvtîM de couper l'armée russe, ne lui prescrivait pas de se retirer sur Thom, mais seulement > de tenir tète à l'ennemi avec cette Tigoeor qu'il avait le droit d'attendre de l'expérience militaire du maréchal. • m Ce qui revenait à peu prés au môme. 1
1. Napoléon à Clarkc, 2? janvier; à Lefebvre, 28 Janvier 1807.