‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 198 sur 310 · IV · texte numérisé non relu

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spire que parle désir de dominer l'Europe et de garder le royaume que le sort des armes avait fait tomber dans ses mains. Si ces pensées n'ébranlaient pas leur courage, elles étaient plus faites pour diminuer leur élan que pour leur donner de l'enthousiasme. Lorsque les grands mobiles font défaut , il faut da moins que les besoinsles plus essentiels soientsatisfaits; le moral des soldats est alors étroitement lié à leur bieoétre physique; or malgré leurs succès de chaque jour, les nôtres privés de pain et d'eau-de-vie, réduits aux vivres qu'ils pouvaient déterrer dans les champs, enduraient de cruelles souffrances depuis l'ouverture de la campagne. Celles des Russes quoique sérieuses étaient beaucoup moindres* ; ce ciel inhospitalier était pour eux le ciel de la patrie, ils voyaient en lui un auxiliaire, dans le froid presque un libérateur. Sofin ils n'allaient pas, instruments d'une fantaisie de tyran, porter la destruction sur un territoire étranger; rangés devant leurs frontières pour nous en défendre l'accès, ils pouvaient croire du moins qu'ils combattaient pour leurs foyers.

Il est difficile d'évaluer même d'une façon approximative l'effectif des deux armées qui étaient alors w le point de s'entr'égorger sur la plaine glacée d'ïflau, tant l'amour-propre national s'est efforcé i^ côté comme de l'autre d'obscurcir cette question ionjours compliquée. Napoléon avait avec lui toute ion armée à Tcxception du corps de Lannes laissé à Tarsovie, du corps de Bernadotte resté en arrièrei dn

1. I^ témoignage de Fczensac, qui fut fait prisonnier par Russes et put faire la comparaison de visu, tst décisif sur ce potot

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corps de Ney qui était à peu de distance de là aux prises avec les Prussiens de Lestocq^ qu'il neutralisait. Il lui restait donc les corps de Davout, d'Augereau, de Soult, la garde et la cavalerie de Murât. Ces différents corps ne pouvaient guère former moins de soixante-dix mille hommes. Les historiens qui portent son armée au-dessous de ce chiffre sont fort embar* rassés d'expliquer comment après avoir engouffré trois cent trente mille hommes en Allemagne, il ne pouvait en amener que cinquante-quatre mille sur le diamp de bataille. Ils tranchent la difliculté en assurant qu'il laissait derrière lui soixante mille traînards, sans songer qu'ils élèvent ainsi contre Napoléon une critique beaucoup plus grave que celle qu'on loi adresse en lui accordant quelques milliers d'hommes de plus sur le champ d'Eylau. En revanche, ces évaluations qui accusent soixante mille traînards dans Tarmée française, n'en supposent pas un seul dans l'armée russe qui venait de faire des marches infiniment plus longues et plus pénibles que les nôtres, éloge magnifique bien qu'il ait pour but de diminuer son mérite, mais qui paraîtra sans doute exagfré si l'on réfléchit qu'il y avait parmi les Polonais de nombreux déserteurs. En écartant des états de fantaisie dictés après coup par les susceptibilités nationales et militaires, on peut s'en tenir sur ce point aux appréciations d'un excellent juge, témoin et acteur lui-même dans ces événements, le général Jomini, qui estime que les forces étaient égales des deux côtés, sauf en ce qui concerne l'artillerie où les Russes avaient la supériorité du nombre et les Français celle de la justesse et de la précision du tir.

Aux masses profondes de l'armée russe, Napoléon avait opposé une ligne plus mince mais plus étendue qui rendait son feu plus destructeur. Il avait retranché une partie du corps de Soult dans la ville d'Eylau, une autre à gauche de la ville; au centre, dans le cimetière et les alentours était la garde, sur un terrain encombré des morts de la veille; à droite, tu village de Rothenen une autre division de Soult soutenue par le corps d*Âugereau; un peu en arrière, dans les intervalles laissés entre ces positions, on apercevait la cavalerie de Murât. Quant au corps de Davout, lancé la veille dans la direction de Domnau et rappelé à la hâte, il ne devait entrer en action qu'un peu plus tard en débouchant à rextréme gauche des Russes et presque sur leurs derrières. Si l'attaque de Davout réussissait, leur gauche se trouverait culbutée sur leur centre, et leur armée entière rejetée dans la direction de Kœnigsberg où elle rencontrerait le corps de Ney pour lui barrer le passage.

Déjà une épouvantable canonnade s'était engagée entre les remparts mouvants d'artillerie qui couvraient le front des deux armées. Immobiles Tune et l'autre sous ce feu meurtrier qui emporte des files entières, elles attendent avec impassibilité le momeirt d'en venir aux mains. Pendant plusieurs henre^, elk^ cherchent à s'entamera coups de canon comme iTû s'agissait d'une forteresse qu'on veut prendre d'assaut, mais la brèche ouverte par l'artillerie se referme d'elle-même. Les Russes accoutumés à l'offensive si rapide et si redoutable de Napoléon sont comme interdits en présence de cette attitude si nouvelle cbex lui ; ils semblent redouter une de ces surprises terri-

bles qui lui sont familièreiS. Cependant, plus exposés que nous par leur situation découverte aux ravages de Tartillerie, ils s'ébranlent les premiers et viennent manœuvrer sur notre gauche comme pour la déborder, mais bientôt leur attention est sérieusement attirée d'un autre côté. Une vive fusillade retentit sur leurs flancs du côté de Serpallen ; c'e.^^t DtTOut qui débouche à son tour sur le champ de bataille chassant devant lui les deux divisions qui lui tent opposées. Son apparition devait dans le plan de Hqioléon former l'événement décisif de la journée, de même que celle de Ney, rappelé un peu plus tard de Rreutzbourg, devait en compléter les résultats.

Il était alors une heure de l'après-midi , et loin de l'éclaircir, le ciel était devenu de plus en plus sombre. Afin de donner toute sa valeur à la puissante di* version de son lieutenant et d'empêcher les Russes de le porter avec toutes leurs forces contre son corps ÎKdé, Napoléon s'est enfln décidé à prendre l'offensive. D pousse à son extrême droite la division Saint-Hilaire qui tendra la main à Davout, et il lance à l'assaut du centre russe le corps d*armée d'Augereau. Pendant que Sûnt-Hilaire prolonge la gauche ennemie vers Serpallen, Augereau l'épée à la main, quoique malade depuis plusieurs jours, entraîne les divisions Desjardins et Heudelet à travers un véritable ouragan de mitraille et de boulets. Avant qu'elles aient pu rejCModre l'ennemi, elles sont enveloppées par un tourbillon de neige qui venant fouetter le visage des soldats les aveugle, les paralyse, rend leurs armes inutiles, leur marche confuse et incertaine. Les Rii88ee«qui tournent le dos au vent et qui sont restés

Kftmouuds «lacs leiirs ^t.::iL.^ja<. :c^ -rz: au contraire meforer knn coaps; il» asasuiû on àeo de leur artillerie ces masses héâitanfca «ini seoLtsient devenues également incapables de recaler ^c de marcher en Avant. Kn quelques instants. la xoitië du corps d'Au- Korcau est mise hors de comba: : se^ zenêraox et ses prinripaux ofriciers sont tues oa hler^sés, lui-même eut frappe^ k la tête. Alors la caTalerie russe s'élance, ollo sabre ot poursuit nos débris errants; ce n*est phtft uuo diifaite mais une compièîe destruction. Ce \vrp!i d\irméc dut être licencié après la bataillai de )Hniv quo W petit nombre des surdrants ne rappeli tiv}^ xix^ment ce souvenir néfaste.

W nronu'ul était critique. Les escadrons russes ve* ^^-«vt X V^rsriT nos soldats jusqu aux abords du d* ^Nn n\v o,\ $^ touait Napoléon. Retranchée dans cette ^.*x.\N ^v,^ ,-r>*<v de boulets, la garde défendait, non xii #A V. V ^v v,*:r,; central qui était la clef de nospo- ^i'uoii.x. \v^v;\\i;: ramené tout sanglant de cette afitcuc^c mOUv s<' plaii^nait amèrement de l'abandon i>ù v.^a ra\A;t iai>5i\ Ko riel s'était éclairci et per^ met eau do \oir toute 1 otendue du désastre. Napoléon ju^oa qu'un grand oilort était nécessaire pour faire pencher la balance on notre faveur. Par ses ordres, Murât a formo on une seule légion les quatre-vingts escadrons de notre cavalerie ; avec cette masse irrésistible, il exécute une charge à fond sur le centre russe. Il ramène d*abord les cavaliers ennemis, il perce ensuite la première ligne d'infanterie, la traverse, puis il enfonce également la seconde ; il arrive enfin jusqu'à la troisième qu'il charge à plusieurs reprises sans pouvoir l'entamer. Son élan expire de-

vaDt cette solidité inébranlable; il faut revenir après une lutte acharnée. Mais les lignes à demi renversées sous cette effroyable avalanche d'hommes et de chevaux ont gardé leurs positions et se sont reformées derrière lui ; il est forcé de les rompre de nouveau pour s'ouvrir un passage jusqu'à nos positions. I Cette magnifique irruption sur le centre des Russes âait restée sans résultat décisif; mais pendant ce temps une de leurs colonnes qui, à la faveur de cet immense détordre, s'était aventurée jusque dans Eylau, y avait I été prise presque toute entière, et Davout avait P achevé son mouvement. Secondé par la division Saint-Hilaire, il avait refoulé la gauche russe de Ser- ^ pallen sur Saussgarten ; il Tavait ensuite rejetée jus- ^ qu'au village de Ruschitten. Mais là il fut arrêté court ^ I»ar les détachements que Bennigsen envoya coup sur coup contre lui. Malgré le brillant succès de cette attaque, la bataille était toujours incertaine, car notre centre épuisé ne soutenait que faiblement le mouve- Bient de Davout. Selon toute probabilité pourtant, cette attaque de flanc aurait fini par compromettre gravement la situation de Bennigsen , lorsqu'un événement ÎBprévn vint rendre l'avantage aux Russes. Lestocq échappant à la poursuite de Ney avec une partie de son corps d'armée pendant que ce maréchal, toujours dans l'ignorance de ce qui se passait à Eylau, chasait l'autre devant lui dans la direction de Kcenigsberg, venait de faire son apparition à Âlthoff à Textréme droite russe. Après avoir passé sans s'arrêter derrière l'armée de Bennigsen jusqu'à son extrême gauche, il déployait ses huit mille hommes devant le corps de Davout forcé de reculer à son tour. Cet in-

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cidenl inallendu change en peu d'instant la {

choses. Grâce au vigoureux ^lan que Lestocq il à ce retouroiïensif, les Russes reprennent preCf le terrain qu'ils avaient perdu lie ce côlé. Au, se défendre, ils attaquent nos troupes qui se V l'eul-Étre un effort général sur toute leur li| lait-il leur donner détin Hivernent la victoin être allions essuyer un autre Pullawa, om tre dès lors eu petit les désastres d'une reb Russie, lorsque N<ïy, qui après de longue», perdues en escarmouches inutiles, avait | rejoint et averti par son aide de camp t'ezoï rut enOn du câté de Schntoditten, trop taji changer sensiblement l'issue de cette journ giante et indécise, assez tût cependant pour cher la balance de pencher en laveur de aot saires. t

La nuit était venue, mais il n'était pas de U assez épaisses pour voiler les horreurs de cd de carnage où gisaient près de quarante millet! morts, mourants ou blessés. « <Juel miissacM rvsuliai.' » s'écriait le lendemain le maréchaH détournant les yeux de ces monceaui de 0| couchés sur le blanc linceul des nefges. ■ On sacre et saiu cause! • aurait-il pu dire avec | raison encore. Nos soldats n'avaient comliattod un intérêt ni pour un principe. Sans amours haine, ils mouraient pour un caprice, commttj diateurs du Cirque. La moitié au moins des * de cette tuerie était tombée de nos rangs, d canonnade du commencement de l'action M plus meurtrière pour les Russes que pour M

pies avaient été repoussées à plusieurs reprises, en à la guerre n'entratne plus de pertes qu'une rue qui échoue. Pour un général comme Napoet surtout à une pareille distance de notre base ^rations, une bataille incertaine était un insuccès 1 une défaite, et ce qui en augmentait la gravité, it l'engagement encore présent à toutes les mé- W qu'il avait pris de rejeter les Russes t au delà iémen. » Or, non-seulement les Busses, avaient inué leur retraite sans que Napoléon songeât à nquiéter, et sans l'opérer vers le Niémen , mais étaient dirigés vers le cul de sac de Kœnigssans autre issue que la mer, comme pour nous re au déC de les y forcer. En revanche, Napoétait resté maître du champ de bataille; et bien fût hors d'état de rien entreprendre, il n'était lomme à ne pas tirer parti de cette circontanee transformer son échec en victoire. En réalité, urmée avait été si horriblement maltraitée qu'il lût été impossible de garder plus longtemps ses ions, en présence d'un ennemi résolu. Les lieuits de Bennigsen, les généraux Knorring et Tolsuppliaient leur chef de reprendre la lutte ; mais lit fait des pertes énormes, et ses soldats mouit de faim. L'inflexible volonté de Napoléon Tem-

1 est le prix de la ténacité à la guerre qu'il n'est a douteux que l'attitude obstinée et indompta* l'un Wellington ne l'eût contraint à une retraite [ue immédiate. Cela est si vrai, que même dela retraite volontaire des Russes, les princichefis de Tarmée étaient d'avis que nous de-

viona rétrograder au delà de la Vislule, i léon lui-même n'était pas éloigné de parUi opinion. Le lendemain de la bataille, éctl général Duroc, un des seuls hommes qui | inspiré quelque confiance, grâce à son hunM tume et réservée, il lui disait ; « 11 y a « Eylau, une bataille Tort sanglante. Le cbaiD| taille Ï10U3 est resté, mai* si on a de part i perdu beaucovp de monde, mon éloignemeatl ma perie plus sensUile.... U est possible que p4 des quartiers d'hiver tranquilles, je me portd gauche de ta Ytsluk'.t II y avait loin de là'l Berthier écrivait la viille à Joséphine, dans nj interceptée : « Demain Kœnigsberg tiura i'hiH recevoir l'empereur!» Avouer que j'étoignemeli ses pertes plus sensibles, c'était reconnaître j sanité de sa politique était allée jusqu'à fM vues militaires toujours si sûres et si prorofl elle seule l'avait pou5sé dans cette situatiolt que coup reçu comptait doubIe,et où il ne pol utiliser le cinquième de ses (orcea. Mais il avec la supériorité de son génie et de sonll tout ce qu'une retraite sur la Vistule aurrf cheux comme elfet moral, et non-seulemeol pressa de repousser cette idée aussitôt que | de Ilennigsen lui montra la possibilité de se si à une si humiliante extrémité, mais il se mM ter victoire avec cette assurance qui Ut si Ui illusion à ses soldats eux-mêmes, l'eu d'heOn avoir dicté sa lettre à Duroc, il écrivait k Ci^

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