‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 2 sur 310 · Mémorial de Las Cases · texte numérisé non relu

Mémorial de Las Cases

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lisme ingénu, n'avoir eu d'autre but en cette occasion que de soulever la nation britannique contre ses ministres. Quelle qu'etlt été son intention, après un pareil acte de violence, on ne pouvait plus faire qu'une goerre à mort II 8*y prépara en effet en employant toute la formidable activité de son génie à réunir dans sa main les moyens de frapper au cœur la seule nation qui, au milieu de la soumission universelle, eût osé contrarier ses desseins et dédaigner ses menaces. Il la baissait dès lors d'une haine mortelle, de toute la force de son orgueil blessé, de toute la violence de ses i^DCunes contre les idées de liberté, de toute lafré- . nésie de sa dévorante anfbition. Il avait depuis longtemps réfléchi à Tattaque qu'il voulait diriger contre elle; il avait souvent calculé la force et retendue à donner à ses armements; mais il sentait avant tout la nécessité d'avoir pour lui l'opinion de l'Europe et surtout celle de la France.

Loin de partager alors son extrême irritation contre l'Angleterre, la nation française, devenue grâce à lui à peu près étrangère aux affaires publiques, avait k peine une vague idée des griefs tout personnels qui avaient amené la rupture. Elle n'avait nul souci des articles des gazettes anglaises qu'elle ne lisait pas; elle se sentait trop forte sur le continent pour s'alarmer outre mesure de l'occupation de Tlle de Malte ; c'était là à ses yeux une question de point d'honneur plutôt que d'honneur. C'était avec une joie sincère et profonde qu'elle avait salué la conclusion de la paix d'Amiens; elle commençait à en recueillir les fruits réparateurs, elle en attendait tous les bienfaits de la prospérité intérieure. Il fallait donc réveiller en elle

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des haines assoupies ; il fallait la livrer de nouveau au démon de la gu^re pour la pousser toute armée contre son ancienne rivale. Quant à l'Europe, elle semblait moroentanément indifférente et comme enéormie. Une partie des puissances avait été à demi gagnée par les flatteries, les promesses, ou les réels avantages qu'on leur avait prodigués lors du partage des indemnités germaniques ; les autres, muettes et terrifiées, étaient encore trop mal remises de leurs blessures pour laisser percer leurs véritables dispositions. Tous ces États, soit peur, soit résignation, paraissaient décidés à rester simples spectateurs du combat : il filait les séduire, les attirer, les compro- ■lettre, et, s'il se pouvait, les forcer insensiblement à prendre parti contre l'ennemi commun. Telle est la double tâche & laquelle travaillait Bonaparte avec une activité où Ton retrouve à un degré inaccoutumé cet étonnant mélange de calcul et de furie qui rendait ses facultés si redoutables.

En France, l'opinion publique avait perdu tous ses organes naturels. On avait pris soin que le sentiment national ne pût s'y manifester ni par une presse libre ni par des assemblées indépendantes. Mais si Ton ne pouvait compta* sur l'élan spontané d'un esprit public qu'on avait systématiquement éner\é et anéanti, il était flicile d'en créer le semblant, grâce i cette organisation savante et docile qui avait mis toutes les forces et tous les pouvoirs de la nation dans la main du gouvernement* On peut dire que Bonaparte a proprement inventé l'art, si exploité depuis, de suppléer au sentiment public absent par une opinion factice, imitant les mouvements de l'opinion vraie comme les

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cootoratoDs d'on mannequin ûngent ceux de la vie. L'ancien régime a?aii dédaigné ce moyen. La Révolution avait vécu de la puissance de l'opinion ; les partis l'avaient violentée au proflt de leurs passions, mais ils ne l'avaient ni conûsquét ni lidsifiée. Bonaparte, qui l'avait d'abord réduite au silence» résolut de s approprier cette force précieuse en la mettant en jeu avec des ressorts plus dociles. La centralisation avait placé tous ces resscHts dans sa main. Tous les corps de r£tat» toutes les administrations^ toutes les assemblées, tous les citoyens disposant d'une influence quelconque^ étaient nommés et pajés par lui, se mouvaient sur un signe de sa volonté. Il safiisaitd'un mot pour mettre en action l'immense macUine qui saisissait le pays tout entier et le remuait dans ses dernières profondeurs. On avait besoin d*un mouvement national; on le commanda, et on en eut aussitét un parfait simulacre exécuté avec la ponctualité d'une évolution sur un champ de manœuvres. Ce fut l'affaire d'une consigne donnée aux préfets et aux évéques. Et l'on vit ce pays affamé de repos, rassasié de gloire militaire, possédant plus de conquêtes qu'il n'en pouvait garder, étranger aux querelles de son maître et désirant avant tout la paix, retentir tout à coup d'un long cri de guerre qu'il était étonné d'entendre ; on le vit, trompé peu à peu par l'illusion de cette agitation factice, s'enflammer d'une ardeur nouvelle contre des ennemis qui ne Tavaient point provoqué, en faveur d'une cause qui n'était plus la sienne. Ce fut là k la fois le coup d*essai et le triomphe de cette centralisation que Bonaparte venait Je restaurer avec un instinct si profond des conditions du despotisme.

Ce fut aussi le premier ch&timent de la làcha^apathie avec laquelle la nation avait souffert qu'on lui imposât ce honteux régime. Elle y avait cherché le repos, elle y trouvait la guerre.

Le signal fut comme toujours donné à Paris. Les assemblées publiques reçurent les premières le mot d'ordre. Tour à tour amoindries, épurées, annulées par une longue série de remaniements et de savantes réglementations, elles vivaient entourées de silence, confinées obscurément dans des questions de droit civil et d'administration; elles s'étaient déjà habituées à considérer la politique comme un domaine exclusivement réservé au pouvoir exécutif. On leur rendit la parole pour la circonstance en leur communiquant une très-faible partie des pièces diplomatiques relatives à la rupture avec l'Angleterre. Daru lut un rapport apologétique au Tribunat sur ces négociations et fut appuyé par Regnault qui s'attacha à mettre en lumière « Tinaltérable modération du Premier Consul. » (23 mai 1803.) Les tribuns répondirent à l'appel avec l'ensemble et le zèle d'une assemblée où depuis l'épuration il ne restait plus un homme indépendant. Boiss/ d'Anglas prédit avec assurance que dans cette nouvelle guerre tous les peuples allaient être inrailliblement nos alliés contre rAngleterre, parce que cette puissance ne voulait que des esclaves. Carrion-Nisas s'éleva surtout contre la perfidie des Anglais, contre leur cupidité mercantile^ contre leur impudence barbaresque. Quoi! dit-il, ils osent demander l'évacuation de la Hollande, celle de la Suisse, et des indemnités pour le Piémont I < Encore quatre ou cinq notes et ils auraient demandé Marseillei Brest, Toulon; ils

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