UN MOUVSMENT NATIONAL EN
auraient demandé les anciennes conquêtes du Prince notr, et aussi celles de Martborough!... Oui, Français, ils vous auraient mis sur le Ut de M ézence * I > Riouffe se leva alors, et après avoir encore renchéri sur ces déclamations, il proposa et fit voter que le Tribunat irait en corps < remercier le Premier Consul de sa mà^na^ nimité et de sa modération à toute épreuve. * Riouffe avait déjà fait maintes fois ses preuves de zèle; il alla peu de temps après se reposer de ses travaux oratoires dans la confortable préfecture de la Côte-d'Or.
Le 25 mai 1803, le Tribunat en corps, et les députalions du Sénat et du Corps législatif, vinrent féliciter le Premier Consul selon le thème qui leur avait ét4i fourni d'avance. Il n'y avait qu'un seul mot remarquable dans ces harangues stéréotypées, c'était le mot de majesté consulaire qui se trouvait dans le discours que le général Harville prononça au nom du Sénat. Cette expression annonçait des temps nou« veaux. Bonaparte leur répondit par une allocution dont le ton calme et mesuré formait un contraste évidemment calculé avec Tallure despotique et violente de son langage dans de semblables occasions. 11 voulait frapper les esprits par l'apparente modération de son attitude. En revanche, son discours contenait des allégations d'une fausseté insoutenable, et qui juraient singulièrement avec cet accent de victime innocente et immaculée. « Il était forcé de faire la guerre pour repousser une injuste agression, il promettait de la faire avec gloire. La justice de notre cause était recon-
l. Archirei parlementaires publiées par Laurent et Ma\idal; lêanoe du 23 mai 1803.
10 filSTOIRE Jm AAPOLÉON J^.
nue par nos enneoiis euz-mémesy puisqn'il^is'étftieDt vas obligés de refuser la médiation de la Russie et de k Prusse, de &hifler ou de soustraire une partie des pîèoes de lanégodation, de lui attribuer des discours ^11 B'avait jamais prononcés tels (pie la conversatmi rapportée par lord Whitworth qui était un faux maUriel ! Le gouvernement anglais traitait la France eo»ttie «ne province de Tlnde. S'il attendait de nous la permission de violer à son gré les traités, il faUaU s'affliger 9ur le sort de f humanité fOsxisUms les cas nous lai laisserians toujours Vinitiative des procédés violants centre lapmx et Vvndèpendancedes nations^ et V Angleterre recevrait de nous Pexempk de la modération qui seule peut maintenir Vordre sodaL >
11 y avait dans ces paroles une andadeuse et complète mtorversion des rôles. L'agression venait tout entière de lui et de lui seul ; le goureraement britannique ne s*étaitdécidé àla guerre qu'après mille provocationsi et s'il avait refisé une médiation offerte an dernier moment par la Russie, c'est qu'il n'y avait vu qu'un moyen de gagner du temps imaginé par son adversaire. La conversation avec lord Wliitworth était d'une autlienticité indiscutable, et quant aux svippresBkma et aux altérations des pièces diplomatiques, il suffisait de rapprocher les quelques notes communiquées à nos assemblées du volumineux recneîl des documents soumis au parlement anglais pour décider de quel côté était la loyale publicité des pays libres, et de quel côté fhypocriue des régimes despotiques.
11 sentait d'ailleurs si bien lui-même la faiblesse et rinvraiscmblance de ses récriminations contre l'Aa-
UN UOVYMUEVr NATIONAL KN 1803. U
gleterre, récriminations dont il était malhearena»* ment difficile pour le poblic de contrôler la Yérité, (fu'il ne se lassait pas d'y revenir ; il en avait Tesprii comme obsédé, et les reproduisait sans cesse comme pour les défendre contre les [objections d'un interlo-^ cuteor imaginaire. Au conseil d'État, dans ses eonver» sations privées, dans le Moniteur ^ il reprenait sans re* lâche ce thème inépuisable, le retournait sous toutes ses faces ; il entrait dans des justiGcations sans fin, comme s'il devinait un démenti intime et persistant jusque sous l'approbation empressée de ses compIai« sants, comme s'il sentait l'impossibilité de se conten-* t^r lui-même et de convaincre les autres. Le Moniteur publia, le 12 juin, la déclaration dans laquelle le gou- Ternement anglais avait exposé ses griefs contre le gouvernement consulaire ; Bonaparte la ût accompagner d'une interminable réfutation qu'on peut consi* dérer comme Texpression la plus sérieuse de ces apo* logies plus verbeuses que substantielles. Si l'on y néglige certaines questions de détail démesurément grossies et développées dans le but évident de détourner l'attention du principal pour la porter sur Tac* cessoire, et si Ton s'en tient aux points d'une réelle im* portance, on y cherche en vain une réponse quelque peu spécieuse aux reproches formulés par le cabinet anglais. Au grief relatit à l'occupation de la Hollande, dont le traité de Lunéville avaitgaranti l'indépendance, on répond que cette occupation s'est faite et se main*tient par la volonté du gouvernement hollandais I Au grief relatii à l'occupation de la Suisse, déguisée sous le nom de médiation, on répond que cette occupation s'est faite par la volonté de l'Europe 1 Quant à la réu-
nion du Piémont, à la main mise ouvertement ou secrètement sur Parme et Plaisance, sur la Cisalpine, sur Gènes, sur le royaume d'Étrurie, on se borne h répondre plus brièvement que cela ne regarde pas F Angleterre. On donne un nouveau démenti aussi énergique et aussi peu sincère que le premier à la dépêche de Whitworth sur son entrevue avec le Premier Consul. Loin d'avoir eu un caractère d'irritation, < la conversation a été de la part du Premier Consul pleine de douceur j de vues conciliatrices ^ d*envie de lever les difficvilés. » Enfin on établit non moins péremptoirement que le fameux rapport de Sébastiani n'a nullement insulté l'armée anglaise, que Bonaparte n'a pas le moindre projet sur l'Egypte, que le passage si regrettable et si fflcheui de YExposi de la situation de la Ri-' publique^ où l'on mettait l'Angleterre au défi de lutter seule contre la France, n'avait fait que constater un fait reconnu de tout le monde, et n'était qu'une réponse légitime aux attaques des journalistes anglais. Déjà l'écho de ces mensonges inventés pour égarer l'opinion était bruyamment répété par les mille voix de rimmense armée des fonctionnaires. Ils avaient sur-lechamp répondu à l'appel du gouvernement dans toute l'étendue du territoire français, et chaque matin le Moniteur publiait d'innombrables adresses pleines d'imprécations contre l'Angleterre et de flatteries pour le héros, pour le grand homme, pour l'homme providentiel qui était si visiblement destiné à châtier la «nouvelle Garthage.» Conseils généraux, conseils d'arrondissement, conseils municipaux, préftts, maires, magistrats, généraux, soldats, tout ce qui dépendait à un degré quelconque de l'État dut bon gré ou malgré