‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 202 sur 310 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

AUSSES NËQOCIATCONS.

KT DL FINKEKST]

: LOISIRS D'OSTIISN t lAKS-UAt IBOT).

Ainsi échoua une lenUlive peu siDcère, elpeu b rable, qui n'avait été inspirée que par le désiri diviser nos adversaires. Il y avait un manque defl gnilé, aussi bien que de franchise et d'habileté » à flalter si ouvertement, le lendemain d'un rêve ceux qu'on avait traités la veille avec un méprisa brutal.

Napoléon, après avoir vigoureusement refoalé l| avant-postes ennemis, alin de se procurer des qn tiers d'hiver tranquilles, porta son quarUer gét à Oslerode, vers les confins de la;vieil|e Pross»-If s'appuyait à Thorn, comme il s'était appu}ë ittf * soviedeux mois auparavant. Il établit son armée i>* " rière la Passarge et l'Aile. Son extrême gauche *U * àBraunsberg, son centre s'étendait de Mohrun^ul" Allenstein, sa droite de Gilgenburg à Willenberg. Crt "' positions, quoique plus concentrées que les prèee dentés, n'étaient ni très-fortes ni très-sûres; elle! étaient surtout trop loin de nos centres d*appro*i-

sioDnemeDts, ce qui exposa pendant tout le reste de rhiyer nos troupes aux plus cruelles privations. Napoléon a tracé lui-même dans sa correspondance de vives peintures du dénûment auquel ses soldats se trouvèrent plus d'une fois réduits, sans pain, sans eau-de-vie , sans abri y sans souliers » au milieu des glaces et des neiges. On est pouitant forcé de convenir qu'au point de vue militaire son admirable lutinct ne le trompait pas, et que la faute de trans* porter la guerre dans des contrées si inhospitalières une fois commise, il en tirait le meilleur parti possible en tenant tête à ces premières rigueurs de la fortune au lieu de plier et de s'avouer vaincu. Son attitude indomptable en imposa à l'ennemi qui ne songea plus à troubler le repos de nos cantonnements; elle en imposa plus encore à l'Autriehe dont l'intervention en ce moment eût été toutepuissante, et qui ne sut pas saisir l'occasion. Un mouvement rétrograde eût au contraire enhardi nos en- Demis dans toute l'Europe ; il eût peut-être été le signal d'une débandade désastreuse. Le parti à la fois ■ndacieux et habile qu'il sut prendre, est la critique la plus frappante de celui auquel s'arrêta Bennigsen. Ce général avait, à la vérité, fait de grandes pertes; ■ais son offensive en plein hiver lui avait trop bien rènasi jusque-là pour qu'il dût y renoncer; et plus Napoléon montrait le désir de rester en paix jusqu'à h belle saison, moins Bennigsen devait se résigner h l'inaction à laquelle il se condamna pour tout ;le reste de l'hiver.

Divers succès remportés sur d'autres points par nos soldats et nos alliés, vinrent peu a peu affiûbVvt \^^

VGEtir faute de munitions; notre armée i pressa le siège de Ntiss et de Glatz; enfin i les Turcs, se maintinrent sans trop de dé sur le Danube contre Miclielson, forcé de détachements sur le Bug au prollt de Iteni A Gonstantinople, le sultan Sélim, mer ment secondé par Sébastian!, remporta ui ble victoire diplomatique et militaire sur tien anglo-russe. Après la déclaration de la Russie et le départ de son ambassadeur Sélim avait eu affaire aux remontrances et ai dations de l'Angleterre; il y avait cédé Ul puis bientôt s'était repenti de sa Taiblesse. terre tenait d'autant plus à en finir avec talions du sultan , qu'elle n'avait apporté ji la Russie qu'un concours fort peu efikaci d'autre part, elle craignait de voir celte s'approprier une partie des provinces tur suite d'une guerre heureuse. La llolte de

de Sélim, Arbuthnot s'embarque avec ses nationaux pour rejoindre la flotte. La guerre est aussitôt déclarée à FAngleterre. Duckworth s'engage intrépidement dans le détroit avec sa faible escadre sous le canon des châteaux des Dardanelles ; il supporte sans en soufflrir leur feu mal dirigé, brûle et détruit les bâtiments qu'il rencontre sur son passage, et vient jeter l'ancre vers rUe des Princes, à quelques milles du sérail {SI février). La terreur régnait dans Gonstantinople où aucune mesure de défense n'avait été prise. Duckworth insiste pour l'acceptation immédiate de l'ultimatum dont les conditions sont encore aggravées par de nouvelles exigences. Dans ce premier moment de eonsternation un seul boulet tiré sur le sérail eût décidé de la soumission immédiate du sultan et de sa capitale, mais des scrupules d'humanité arrêtèrent Tamiral anglais ; il consentit à négocier et perdit tout le fruit de son heureuse audace.

Sébastiani, qui déploya dans cette circonstance difficile beaucoup de caractère, de sang-froid et d'habileté» se rend chez le sultan, relève son courage; il lui ■lontre la possibilité de gagner du temps et d'organieorla défense; il obtient que les Anglais se retirent à quelque distance, il les amuse pendant plusieurs jours par de feintes négociations. Pendant ce temps, il héirisae les côtes de batteries, il arme des chaloupes cmoDuières, dispose de vieux vaisseaux en lignes d'embossage, fait instruire les artilleurs turcs par des officiers français que Napoléon lui a envoyés. Le 26 fé- ^er, Duckworth s'aperçoit enfin qu'il a été joué. Loin d*6tre en état d'intimider, il se trouve menacé à son tour; il lui faut reprendre l'étroit passage ^t \e.-

6& HISTOIRE DE HAPOLÉON I'^

quel il eit venu sous le feu d'une artillerie devenue redoutable. Il reparait humilié devant Constantinopte qui se rit désormais de ses attaques. Pour comble de malheur les vents contraires ne lui permettent pas de prendre position devant la ville pour commencer des opérations olTensives. Chaque jour qui s'écoule aggravant ses périls, il est forcé de s'éloigner, et il affronte de nouveau, mais en fugitif, les batteries des Darda* nelles dont les énormes pierriers causent à ses vaisseaux de graves avaries (3 mars) '.

L'énergie inespérée de Sélim et le succès de sa résistance aux injonctions du cabinet britannique, in^ rèrent à Napoléon un vif sentiment de joie en W prouvant la puissance d'une diversion sur TefiDcadU de laquelle il n'avait jamais beaucoup compté. Ces nouvelles ne lui parvinrent qu'au commencrmentd'a» ml 1S^7. Il résolut de rendre plus étroite encore l'ai- I:ar.ce qui runissa.'t à Sélim, et en même temps de h fortifier par une union intime avec la Perse doDtfl espérait tirer un parti non moins avantageux. Ofai sait annoncer à grand fracas dans le Moniieur que les Russes avaient offert la paix à la Perse, et que F^aS Schah avait repoussé cette proposition en s'écriaol: '- « que tant que le grand empereur son ami seroii • b guerre avec les Russes, ceux-ci ne devaient espérer mp^* p ni trive ^» . 11 offrit à Sélim des armes, des wM- ' tions, des soldats, des ressources de tout genre. • Ti

1. Rapporls de Duckworlh adresses à l'amiral Collingwood à 1» date du 21 férrier et du 3 mars 1807. {Annutd registtr far tktfttf I8C>7, appendix îo the chronic/f.)— Leilre de Sébtstitotà iUmoùt, 4 mars 1807.

i. MomleuT du 1 avtW V^i .

»ntré, lui écrivait-il à la date du 3 avril, le lescendant de Sélim et de Soliman. Tu m'as lé quelques officiers , je te les envoie.... Gé- , officiers, armes de toute espèce, argent même, tout à ta disposition, tu n*as qu'à demander. le d'une manière claire, et tout ce que tu de- !

as je te renverrai sur l'heure. Arrange-toi !

schah de Perse qui est aussi l'ennemi des ; engage-le à tenir ferme et à attaquer viveennemi commun. > Il écrivit dans le même schah pour l'exciter à attaquer à la fois les et les Russes*, et s'occupa dès lors d'orgai mission du général Gardane, qui ne partit lois de mai suivant. La lettre à Sélim se terainsi : « Ici on m'a proposé la paix. On m'ac- Ums ks avantages que je pouvais désirer^ mais lit que je ratifiasse l'état de choses établi entre et la Russie par le traité de Sistowa, et je m'y isé. J'ai répondu qu*il fallait qu'une indépenbsolue fût assurée à la Porte. > ^fr-scriptum contenait autant de mensonges que I. Si Napoléon attachait tant de prix à l'aile la Turquie et de la Perse, s'il témoignait igards et d'aiïection à ces deux souverains peu étonnés de cette subite tendresse, c'est dent parce que ses avances successives envers e et l'Autriche n'avaient été accueillies qu'aance ou froideur. Il faut en dire autant des brations exagérées de sympathie auxquelles il vers la même époque à l'égard de la nation

léoD à Sélim, 3 avril 1807; au schah de Perse, même

snédoifei krsque Mortier» après avoir batta dois à Sasscpvalky conclut avec eux une trêve séparait momentanément de la coalition. « I reoT, disait à ce sujet Napoléon dans son soixant zième bulletin, a toujours éprouvé une véril leur 4e faire la guerre à une nation généreuse, gé^T^phiquement et historiquement amie de ia rinstruction de l'Empereur a toujours été de les Suédois comme des amis avec lesquels nous mes brouillés et avec lesquels la nature des chi tardera pas à nous remettre en paix. Ce sont: plm^ chers intérêts des deux peuples. S'ils taient du mal, ils le pleureraient un jour y et nous* vaudrions réparer le mal qus nous leur aurions Rien de plus juste et de plus vrai que ces tiens; mais pourquoi n'étaient-elles dans sa qu'une feinte inspirée par des embarras d'un m< au lieu d'être l'expression sincère et durable de litique? La Suède, lia Turquie, la Perse, la tels étaient bien en effet les seuls alliés qu'il pérer s'attacher désormais, mais ces peuplée valent pas tarder à apprendre à leurs dépens pesût i ses yeux une alliance même fondée communauté d'intérêts, de traditions, de qu'il invoquait avec tant d'emphase. Lorsqu'il ces déclarations qui lui coûtaient si peu, il quelque temps déjà qu'il agitait dans son ventualité d'un raccommodement soit avec le' soit avec l'Autriche, raccommodement dont V Ue prélimiBaire devait être l'abandon on le i

I tant vantées.

l malheureux et maladroit p6«

mener le roi de Prusse le lendemain de la bataille d*£yl&u, Napoléon s*était de nouveau tourné vers l'Autriche. EfTrayé de son propre isolement, il était en outre sérieusement inquiet des armements peu dissimulés de cette puissance, qui alléguait avec beau* coup de raison la nécessité où elle était de se mettre en état de faire respecter sa neutralité. Il sentait trèsjustement qu'après tous les griefs qu*il avait donnés à l'Autriche, il faudrait peu de chose au cabinet de Vienne pour passer de cette attitude défiante à une hostilité ouverte. Il résolut donc de gagner à tout prix son amitié : < Que veut la maison dAutriche ? écrivaitil à Talleyrand le 3 mars. A^eut-elle traiter pour garantir l'intégrité de la Turquie? j'y consens. A^eut-elle on traité par lequel la Russie venaiit à acquérir un atcroiisement de territoire en Turquie^ les deux puissances feraient cause commune pour obtenir r équivalent? Cela peut encore se faire. > Après avoir si bien montré le cas qu'il faisait et des intérêts de son bon ami Sélim, €t de cette intégrité qui revenait dans tous ses maniftfltes, il invitait Talleyrand à offrir de nouveau une portion de la Silésie, enfin à lui écrire « ce qu'il fallait Caire pour s'assurer l'Autriche. » Mais à supposer qoe TAutriche ignorât la démarche que Napoléon venait de faire, dans un sens si différent, auprès du roi de PrussCi ce qui n'est pas présumable, quelle con» fiance pouvait lui inspirer une démarche si brusque, XOk changement de ton si fréquent et si complet, une bdlité si ébontée à sacrifier ses alliés les plus fidèles, «ty pour tout dire, tant de douceur et d'affabilité après tant d'arrogance T H. de Vincent, à qui M. de Talleyrand fit cette ou-

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Tertore fort imprévue, témoigna plus de surprise que d'empressemer.t. Il répondit que sa cour n*avait nullement le désir de s*approprier les dépouilles do la Turquie ou de s'enrichir aux dépens de ses autres voisins, mais ne demandait qu'à être rassurée sur ses possessions actuelles. Napoléon revint à la charge : < Il faut, écrit-il à Talleyrand le 9 mars, que M. de Alncent nous dise ce qu'ils désirent, cartoutced doit finir far un système entre la France et l'Autriche, ou entre la France et la Russie. > Les inquiétudes de TAutriche n*ont plus de raison d^étre, car « le plan de l'Empereur est celui-ci : restituer au roi de Prusse son trône et ses Ëtats, et maintenir l'intégrité de la Porte. > L'Autriche ne voulant pas du partage de la Turquie, il invoque de nouveau le grand principe de l'intégrité. « Quant à la Pologne, ajoute-t-il aussitôt, cela se trouve contenu dans la première partie de k phrase, » c'est-à-dire que la restitution des £tats do roi de Prusse étant stipulée, il ne sera plus question de II Pologne. Ainsi il fait de ses soldats les Polonais aussi bon marché que de ses amis les Turcs. Il offre de les sacrifier à l'Autriche comme il a déjà offert de les sacrifier à la Prusse. Évite-t il du moins, pendant ce temps, de les compromettre et de les pousser en avant? Non, il n'a jamais été plus prodigue deleor sang et de leurs ressources. Deux jours auparaml|l^ 6 mars, il écrit à Zajonchek pour le presser de compléter Torganisafion de son corps d'armée qullvi porter à vingt-cinq mille hommes ; il l'invite à enrôler sous ses drapeaux toute la noblesse de la rive droite de la Vistule; il annonce le même jour à Talleyrand qu'il va faire insurger la Volhynie et la Podolie! Mais

peot-étre a-t-il à se plaindre de leur lenteur et de leur mollesse? encore moins, il le reconnaît lui-même dans les termes les plus explicites : « Tâchez donc, (crit-il à Talleyrand à ce moment même, de convaincre Gouvion qu'il prend trop de passion contre les Polonais. // me semble quHls rendent autant de sei^vices que les ârconstances peuvent le permettre M » On voit par cette conduite si les Polonais éclairés avaient eu tort ou raison de ne pas se fier à Napoléon.

Le cabinet autrichien reçut froidement cette noufèUe avance, il gardait une réserve impénétrable. Rapoléon était l'homme le moins fait pour supporter longtemps, chez un adversaire quel qu'il fût, cette attitude énigmatique. En présence de l'immobilité iDtrichienne, il s'impatiente, s'irrite, et bientôt il menace. Il ne cherche plus h tenter et à séduire TAutri- Ae, il se prépare à la mettre en demeure de choisir entre l'alliance et la guerre. Pour l'intimider plus sûrement, il se décide à frapper un coup extraordinaire. Il a appelé, il y a quatre mois à peine, une conscription de 80,000 hommes qui ne devait être lefie qn'un an plus tard, il va, par un nouvel abus de poaToir, appeler, en mars 1807, les 80,000 conscrits de Tannée 1808; il va faire à la France cet effroyable aveu qu'il lui faut maintenant deux conscriptions en quatre mois, qu'avec tout son génie, une armée de $40,000 hommes ne lui sufât plus pour protéger l'honneur national I Et encore ne lui dit-il pas tout, car il songe à appeler au mois de septembre la conscription

1. Napoléon au général Zajonchok, 6 mars 1807; à Talleyran-!, même dato.

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