‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 207 sur 310 · LOISIRS D'OSTERODE ET DE F1N£ENSTEIN · texte numérisé non relu

LOISIRS D'OSTERODE ET DE F1N£ENSTEIN

rempire avec une sorte d'omniscience et d'omniprésence, se servent, on peut le dire, d'un langage plus propre à la théologie qu'à l'histoire. Par une anomalie singulière, ce sont les mêmes écrivains qui, en lui attribuant soixante mille traînards àEylau, le dépeignent comme incapable dès lors de maîtriser et de bien conduire la gigantesque machine qu'il avait organisée sous le nom de grande armée

Cette contradiction dit assez tout ce qu'il y a à rabattre dans leurs récits. La vérité est que, même au point de vue militaire, Napoléon était dès lors comme débordé par l'immensité de ses entreprises; il réussissait encore à faire violence à l'impossible à force de génie et d'activité, mais les incohérences et les lacunes de son œuvre se trahissaient à chaque instant, et au INremier insuccès tout semblait sur le point de s'écrouler. Il gouvernait nominalement l'empire; jaloux irexcès des prérogatives de son pouvoir, il avait voulu garder dans ses mains tousles fils de l'administration ; mais en réalité il s'était vu forcé d'en déléguer la plupart des fonctions effectives, à des hommes dont la docile médiocrité et 1 effacement absolu rassuraient son ombrageuse susceptibilité. Il ne surveillait de près que la police, la diplomatie et la guerre, qui à vrai dire étaient à ses yeux les seuls organes essentiels du gouvernement. L'expédition des affaires courantes était confiée au secrétaire d'État Haret qui, chargé de dépouiller les portefeuilles ministériels et de préparer les décisions indispensables, en présentait les âèmeots sous le jour qui lui convenait le mieux. Travailleur infatigable, esprit souple et facile, sans principes arrêtés ni vues propres, mais possédant à

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fond la rouUne des affaires et les faiblesses de son maître, ce parfait bureaucrate épargnait à Napoléon la fatigue d'une étude dont le poids l'eût accablé au milieu de ses occupations multipliées; sous prétextt de résumer et de simplifier les affaires, il lui en dérobait peu à peu le contrôle el ne lui laissait guère que la signature des décrets qu'il avait lui-même élaborés. Si Maret avdit été inspiré en cela soit par une préférence pour un système quelconque, soit même par le goût du pouvoir, cette espèce d'usurpation clandestine aurait pu devenir dangereuse pour lui, mais comme il n'y cherchait que la satisfaction d'une coterie plus avide de places et de distinctions lucratirei que d'une haute iniluence dans l'Ëlat, et comme il possédait à un rare degré le genre de mérile que Nlpoléon appréciait le plus dans ses serviteurs, le lèle et le dévouement, la faveur dont il jouissait ne ùi que se consolider avec le temps. Ce n'en était pas moios un grand mal au point de vue de la bonne eipéditioo des alTaires, que l'instrument régnât sous le nom dn m&ttre, et que l'empire fût gouverné par UD homiiK ' dont la portée d'esprit ne dépassait pas celle d'un eicellent scribe. On peut en croire là-dessus Savar;. un des plus aveugles adorateurs de Napoléon, tMeo que cette critique lui ait été dictée par l'envie plntAt que par un Jugement sincère. Il coi.state, en la déplorant, l'influence prise à ce moment par Maret, et îl ajoute : ■ On faisait croire à l'Empereur que l'on disait à Paris que l'on ne comprenait rien à son activité, qu'il était impossible de lui en imposer dan» les moindres choses, qu'il lisait tout. Basse adoiation qui eut des conséquences fâcheuses.'... Cette

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Diëre de travailler commença à Yarsovie. Elle était

p commode à l'Empereur auquel- on ne parlait pas

plaintes qu'elle excitait, et trop avantageuse à

dqu'un qui recherchait le pouvoir pour qt^elle chan-

Jnsi, dans la gestion des affaires intérieures couites, dans la conduite de ces complications de tous jours qui, dans un État centralisé, réclament imieosement Tœil du mattre, telles que les nominale administratives et judiciaires, les travaux pu- 9y les finances, la justice, les rapports entre les ticuliers et TÉtat, la surveillance des grands inté- I économiques, la besogne était laissée aux plus diocres des subalternes ; et cette prodigieuse actii^ grâce à l'accablant surcroît d'occupations qu'elle ;ait créé à l'extérieur, équivalait à l'incurie et à la nnolence d'un roi fainéant. La France n'est plus nrernée que comme une simple province du grand |nre. De loin en loin le lion veut montrer qu'il ne rt pas, et il marque de sa griffe quelque mesure itinée à faire trembler ses ennemis ou à faire mar- BT ses sujets dans le droit chemin. Il fait de temps aire acte de présence au moyen d'une instruction royée à ses divers agents, mais la seule corresponace vraiment active que Napoléon conserve à Tinieur, est celle qu'il entretient avec Fouché. Par ntremise de ce ministre, il s'imagine avoir enfin luit cet insaisissable antagoniste qui se nomme ■prit public et qui se joue des coups qu'on lui rie* Dans cette poursuite acharnée, Napoléon a

t. Mémoiret du duc de HovigOf t. III.

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frappé tour à tour la tribune. U presse, les joumaui, les salons, mais en dépit de tous ses efTorts il n'a pas atteint l'opinion. L'ironique Protce esl toujours U.accucillant avec un sourire d'incrédulité ses conceplîoDS chimériques, son rornan de domination universelle et ses fausses victoires. Après Pultusk et Eylau, ses bulletins menteurs n'ont trompé personne en France, les lettres même de l'armée ont rétabli la vérité : comment se défendre contre de pareils démentisî Bientôt il en viendra à supprimer toutes les correspondances entre l'armée et l'intérieur'. « Faites courir le nouvelles suivantes, écrït-il à Fouché. Itèpan-kt-ltt d'abord dans les salons, failes-les mettre après dam ks journaux. L'armée russe est tellement afTaiblie, qu'il y a des régiments qui sont réduits à 150 hommes. H ne reste plus de troupes en Russie... Tami''* rum demande la pxir; elle accuse quelques grands seigneon de vendre le sang russe pour les Anglais*, etc. •

Le compère Fouché fait de son mieux. Il va jusqu'l faire forger une lettre dans laquelle un officier rosM prend soin d'attester à la France que ses compatriote* ont été complètement battus par dos soldats. Hais Napoléon n'est pas satisfait, bien qu'il ait lui-mfiinf. en d'autres occasions, donné !a recelte de cebontoor à Fouché : ■ J'ai vu dans les joiirnaui, lui écrlUil le 27 mars suivant, une prét-mdue lettre écrite en Russie, c'est pitoyable 1... En général, tout ce qu'on imprime pour éclairer topinion me parait n*dîgé dm* ' un faui esprit, et comnw SI l'auteur pensail !ui~mime gw ce qu'il dil n'est pat vrai. - U y avait peut-être quelqu*"

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