CHAPITRE IIL
lAMPAGlIl Dl FRIIDLAIID. — SNTRITUI DS TIL8IT
(JUIH, JUILLET 1807).
Les mois de mars, d*aTril et de mai 1807 s'écoule- Ht au milieu de ces occupations Tariées, pendant
0 les préparatifs militaires de Napoléon s'ezécu- •ut aTec un ensemble et une précision qui forment : contraste frappant ayec la mollesse et le décousu s opérations des coalisés. Les nouvelles lerées, wtant à cent soixante mille hommes, avaient été partie envoyées en Normandie et en Bretagne pour remplacer les vieilles troupes qu'il avait tirées de
1 provinces, en partie dirigées sur lltalie pour y tover les divisions Boudet et Molitor appelées sur ■be, en partie enfin distribuées dans les vingt noum régiments d'infanterie et les dix régiments de ralerie dont il avait renforcé son armée* Cette réitnion indique le mouvement qu'il avait imprimé i Binense masse d'hommes dont il disposait. Averti r l'échec d'Eylau, et par la douteuse attitude de jitricbe, il avait senti le danger de son isolement i iDSsi grandes distances de ce qu'on peut appeler I réserves naturelles, et en augmentant leur force,
déjà si considérable, il avait aussi déplacé leur centre. De France, d'Italie, de Hollande, il les avait poussées jusque sur TËlbe; il en avait inondé rAUemagne.
Indépendamment du corps d'arnsée de Mortier, devenu disponible par suite de la trêve avec les Suédois, du corps de Lefebvre dégagé par la capitulation de Danzig, nous eûmes en Allemagpne une armée d'observation de près de cent mille hommes S formée des contingents hollandais, espagnols. italiens, bavarois, wurtembergeois, saxons, d'ancienne et de nouvelle levée, auxquels il adjoignît plusieurs divisions françaises, et bientôt après les forces devenues sans emploi de notre arinée. de Silésie. Cette armée fut placée sous le commandement do maréchal Brune. Elle occupa l'Allemagne du Nord de Hambourg à Stettin, tenant en échec les Anglais et les Suédois d'une part, de Tautre TAutriche hésitante: elle servit de point d'appui à celle que Napoléon avait j gardée, sous ses ordres directs et dont il venait de j porter l'eflectit' au grand complet. Cette seconde ar- \ mée, qui était l'armée active, montait maintentat i • près de cent soixante-dix mille hommes. U en avait lir i paré les pertes et remonté la cavalerie avec un soin ei- i tréme. Abondamment pourvue d'approvisionnemeots, i grâce surtout aux nombreuses places fortes qui étaient j tombées dans ses mains, elle se trouvait aiqourd'iMÛ beaucoup plus redoutable qu'au début de la eunpagne.
Ce temps, si bien employé par Napoléon» les cotli-
1. Telle est l'évaluation qu'en donne Napoléon dans une lettre ^ Brune du 30 mai 1807, en y comprenant les Polonais et l*tnnéf ^^ lésio.
CAMPAGN£ DE FRIKDLaND. 101
ses Favaient dépensé en vaines démonstrations, ou en préparatifs sans proportion avec le but qu'ils se proposaient d'atteindre. Ala suite de leur échec humiliant dtvant Constantinople y les Anglais s'étaient rejetés sur l'Egypte, mais ils ne réussirent qu'à s'y faire battre après une courte et inutile occupation d'Alexandrie. Les expéditions qu'ils dirigèrent contre Buenos- Ayres et sur divers points des colonies de la France oa deses alliés, ne furent la plupartpas plus heureuses pour eux ; elles restèrent sans utilité pour la cause commune et ne servirent qu'à exaspérer la Russie déjà blessée de leur refus de garantir un emprunt de six millions sterling*. En revanche, ils négligèrent la seule diversion qui aurait pu être avantageuse à leurs alliés, le débarquement projeté, mais toujours ajourné* d'un corps expéditionnaire sur les côtes de la Baltique, dans le but de dégager à la fois Stralsund et Danzig. L'unique tentative qu'on fit pour venir au secours des défenseurs de Danzig pendant tout le cours du siège, fut l'œuvre des Russes ; mais ils y employèrent des forces insuffisantes ; leurs troupes furent contraintes de se réembarquer après avoir subi des pertes sensibles et la place capitula après cinquante jours de tranchéç ouverte.
Ce siège, dont les débuts surtout avaient été trèspénibles, valut à Lefebvre le titre de duc de Danzig, distinction qui attribua à ce vieux complice du dixhuit brumaire tout l'honneur d'un exploit dont Chasseloup et Lariboisière avaient eu tout le mérite (24 mai). Peu après succombèrent Neiss et Glatz
I. En janvier 1807. Lettrede lordHowick à If. Douglas, 13 janvier.
en Silésie. Bennigsen vit tomber une à nue les dernières positions qu'il occupait sur nos derrières, sans que leur danger lui suggérât l'idée de précipiter son attaque contre nous afin de profiter des embarras qu'elles nous créaient, et sans que leur chute nne fois consommée lui fit comprendre la nécessité de la prudence. Il avait de son côté reçu des renforts importants pendant ces trois mois d'inaction, mais «s renforts étaient très-inférieurs aux nôtres. Alexandre lui avait envoyé sa garde, ce que l'on appelait à Pétersbouii^ id ù^upt sacrée: c Frères, faites-vous honneur ! • sVtait écrié Tempereur en prenant congé de ses soldais, et un seul cri lui avait répondu : < Nous ferons tout ce qui est possible, adieu, seigneur I » Due division était partie avec la garde, ce qui portait refhctif de Bennigsen à environ cent vingt-cinq mille hommes, en y comprenant les Prussiens et le corps resté sur la Nare w. Un corps de réserve, de trente mille hommes, sous les ordres du prince LabanofT, était en marche pour le rejoindre. Cette infériorité si marquée, une fois surtout qu'on avait manqué l'occasion de frapptf un coup utile pendant le siège de Danzig, sembliit lui faire dès lors une loi du système de temporisatioa que les généraux russes n'adoptèrent qu'en 181S,et Bennigsen paraît avoir été tenté un instant de le snîvre si l'on en croit un propos qu'on lui prêtait alors i Pétersbourg: «Je veux, aurait-il dit, fifiier Bonaparte'.» Cette tactique aurait été d'autant plus avantageuse que ses troupes avaient beaucoup plus de solidité qos d*élan, et l'emportaient en homogénéité et en force