CHAPITRE IV
LA POLITIQUE DE TILSIT. — CONQUÊTE ET OPPRESSION DIS iTATS NEUTRES. — ORIGINES DE LA GUERRE
b'espagne (aout-octobre 1807).
Napoléon revenait de Tilsit investi d'une sorte de dictature européenne. Tous les grands États avaient été successivement vaincus, affaiblis, désarmés. L'Autriche avait perdu un quart de son territoire après Austerlitz ; la Prusse avait été presque anéantie à léna; la Russie seule était restée debout, mais après avoir passé sous le joug, et à la condition de servir en auxiliaire complaisant la politique qu'elle avait si ardemment combattue. Le continent tout entier tremblait devant Napoléon. Jamais dans les temps modernes, aucun souverain n'avait disposé d'une puissance aussi colossale. Louis XIY avait paru sur la scène du monde, entouré de plus de pompe et de grandeur, mais il n'avait jamais atteint à ces hauteurs vertigineuses; il n'avait jamais réuni dans ses mains une telle accumulation de force militaire. Dans ces succès éblouissants qui venaient de jeter tant d'éclat sur le nom de Bonaparte, il y avait eu sans doute bien des
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surprises, il y afait eu des violences peu durables faites à la nature des choses. Les résultats obtenus avaient plus d*apparence que de solidité; envisagés de sang-froidy ils semblaient un déG jeté à la raison hamaine, un démenti donné i toutes les lois de Thisloire, mais les germes de dissolution qu'ils portaient en eux-mêmes étaient encore cachés à tous les yeai, et ce qui frappait le r^ard, c'étaient seulement les proportions gigantesques de cette domination sans limites comme sans précédents. On se demandait avec anxiété quel usage il allait en faire. N'y avait-il pas dans cette omnipotence incontestée de quoi apaiser enCn cette âme insatiable? Napoléon saurait-il se oootenir, se modérer, se contenter de régner par fwfluence au lieu de subjuguer par la force? N'était-il pas temps pour lui de laisser respirer ses soldats surmenés, de songer à raffermir tant de créations hâtites qui semblaient improvisées dans une heure de fièvre, de réparer les maux de la guerre, d'essayer sur ks hommes l'empire de la douceur et de la magnanimité! N'aurait-il pas, dans le cours de sa sanglante carrière, un quart d'heure de détente et d'abandon, un sourire d'un instant pour sa propre fortune en retour des bveurs inouïes dont elle l'avait comblé?
Ces doutes qui durent se présenter alors à fios d'un esprit ne furent pas longtemps permis. Napfliten n'avait pas encore franchi la distance qui sépirût < Paris de cette ville de Tilsit où il avait prodigué tant i de caresses à Alexandre, qu'impatient de mettre i I profit cette puissante complicité, il se retourotit te h visage menaçant et irrité du côté des faibles £tats L qui avaient vécu jusque-là de leur neutralité, et que f