I. Séance du \ft sevVemViTfe \H
attribuée au pouvoir législatif. C'est ainsi qu'il venait tout récemment de faire décider par un simple avis de la section de législation du conseil d'État que le droit de statuer sur la question d'utilité publique en niatière d'expropriation, appartenait au gouvernement à l'exclusion du Corps législatif investi jusqpie-là de cette prérogative. Mais le Corps législatif était une apparence dont il croyait avoir encore besoin; ce nom lui rappelait d'ailleurs sept années de mutisme et de servilité, tandis que celui du Tribunat n'évoquait que des souvenirs odieux de résistance légale et de civisme à la fois ferme et modéré. Après avoir chassé de ce corps la courageuse minorité qui avait osé braver sa tyrannie, il l'avait successivement réduit à cinquante membres, peuplé de ses créatures, divisé en sections, qui ne délibéraient plus qu'en comité secret. Il avait enfin retiré aux tribuns leurs attributions les plus essentielles pour les transporter au sénat. Mais malgré ses efforts pour les avilir après les avoir désarmés, ce nom de Tribunat avait gardé un certain prestige populaire. L'éloquence de ses orateurs avait été comme le dernier soupir de la liberté étouffée, le dernier écho des généreux accents de la Révolution française. Ce débris mutilé rappelait Tédiflce; il rappelait à la nation qu'elle avait connu des temps plus heureux, des ambitions plus hautes; il représentait en un mot des traditions vaincues aujourd'hui, mais qui pouvaient triompher demain, car rien de ce qui honore, élève et ennoblit la nature humaine n'est jamais vaincu définitivement. Pour tous ces motifs, le nom même du Tribunat était import'jn et devait disparaître.
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Booby de la Meorthe Tint en conséquence signifier de la part du maître, au Tribonat, qu'il avait cessé de ▼iTTe. Il rendait volontiers justice aux vertus des membres de cette assemblée. Ils s'étaient, disait-il, constamment montrés pius sages que Finstitutian mime, mais depuis l'établissement de l'Empire, le Tribunal n'oOrail plus que Faspect (Tune pièce inutile, diplaeée et discordante, et son abolition < était moins on changement qu'une amélioration dans nos institutions. > Le Corps législatif héritait des trois sections appelées i délibérer à huis dos et à donner leur avis en concurrence avec les orateurs du conseil d'État. Quant aux tribuns encore en exercice, on leur ouvrait un asile au sein du Corps législatif. Ceux dont le mandat expirait, étaient placés, partie dans la nouvelIeCour des comptes, partie dans les fonctions administratives. Mais de peur que le Corps législatif, si longtemps muet, ne fût trop enivré de Tinestimable faculté qu'on lui octroyait de parler en comité secret et d'exprimer son avis en public par Torgane d'une commission, le sénatus-consulte décidait < qu'à l'avenir nul ne pourrait être membre du Corps législatif, à moins qu'il n'eût quarante ans accomplis > (article 10). Cet homme qui avait été général en chef de l'armée d'Italie à vingt-six ans, premier consul à trente, et qui même aujourd'hui était, à trente-huit ans, empereur et mattre de tant de royaumes, il ne voulait pas qu'on pût s'occuper des affaires publiques avant d'avoir atteinte un âge dont il était encore éloigné lui-même: prétention insolente qui disait combien il se regardait comme un être au-dessus des autres honunes; qni disait surtout comYAetv A ^tc^^^vl devoir se défier de
la jeunesse et de ses nobles passions. Arec de telles précautions, on n'avait pas à craindre que le Corps législatif fût tenté d'abuser de la liberté qu'on lui rendait. C'était avec une confiance motivée que le lyrique Fontanes, qui célébrait avec un enthousiasme continu, tous les actes bons ou mauvais de la politique de Napoléon , s'écriait que < ces enceintes qui {^étonnaient de leur silence, et dont le s\lence allait cesser, tC entendraient pas gronder les tempêtes populaires. > Elles étaient en effet bien à l'abri de toute surprise de ce genre. « Rendons-nous dignes d'un tel bienfait, poursuivait-il; que la tribune soit sans orages et qu'on n'y applaudisse qu*auz triomphes modestes de la raison. Que la vérité surtout s'y montre avec courage, mais avec sagesse, et qu'elle y brille de toute sa lumière. Un grand prince doit en aimer l'éclat. Elle seule est digne de lui, qu'en pourrait-il craindre? Plus on le regarde et plus il s'élève; j>lus on le juge et plus on l'admire. » Ce rhéteur mettait à orner ses adulations tout le soin qu'un lapidaire met à enchâsser des diamants; il oubliait que rien n'est plus propre que le beau langage à faire ressortir des sentiments bas.
Ce n'était pas assez de frapper le Tribu nat, on voulait qu'il se montrât heureux et reconnaissant du coup qui mettait fin à son existence politique : < Je TOUS propose, dit Carion Nisas, de porter aux pieds do trône une adresse qui frappe les peuples de cette idée que nous avons reçu l'acte du sénat sans regrets pour nos fonctions, sans inquiétude pour la patrie, et avec des sentiments d'amour et de dévouement
au monarque, qui vivront éternellement dans tio^^
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cœurs 1 » Cette proposition fut adoptée à runanimité, et le Tribunat éleva une dernière fois la voix avant de disparaître dans l'oubli. Les tribuns protestaient auprès du princ j que dans Tacte qui mettait un terme à leurs fonctions, « ils n'avaient trouvé que de nouvelles raisons d'apporter aux pieds du trône l'hommage de leur admiration et de leur reconnaissance,,., ils croyaient inoins arriver à l'extrémité de leur carrière, qu'atteindre le but de tous leurs efforts et la récompense de leur dévouements » Ces ignominieuses paroles disent mieux que toute autre réflexion par quelle série de métamorphoses on avait fait passer le Tribunat avant de lui porter le coup mortel. Ainsi finit dans la déconsidération où l'avait plongée son propre créateur, une assemblée dont les travaux avaient honoré la cause de la liberté française. Elle avait en réalité cessé de vivre longtemps avant sa dissolution finale; mais sa disparition n'en était pas moins un fait significatif pour quiconque voulait réfléchir. Qu'était-ce donc que cette constitution de V Empire dont le nom revenait si souvent dans les matilfestes ofSciels, si d'un trait de plume on pouvait du jour au lendemain supprimer ce qu'on était convenu d'appeler un des grands corps de l'État? La cotistitation n'était-elle pas tout entière dans la main qui tenait cette plume ?
Il est temps maintenant de revenir à la situation de l'Espagne et de raconter les événements qui venaient d'y devancer les prévisions de Napoléon.