LB COMPLOT DE L*ESCURIAL
lion? — Ne m'interpellez pas, répondit Ghampagny ; te) est l'ordre de S. M. Ceci est de rigxuur. » (Dépêche du 17 novembre.)
Cette injonction signiGcative prouvait i Manuel Godoy qu'il avait deviné juste; il y obéit soigneusement. Dans le procès instruit contre les amis de Ferdinand, Escoiquiz, les ducs de l'Infantado et de San Carlos, il ne fut pas fait une seule allusion au rôle que l'ambassadeur de France avait joué dans ces événements. Les juges montrèrent une honorable indépendance en refusant de condamner les complices alors qu'on innocentait le principal accusé; ils les acquittèrent malgré les charges qui pesaient sur eux, mal-, gré rhostilité déclarée du roi , malgré les menaces d'une reine vindicative. La courageuse conduite de ces magistrats démontre d'une façon éclatante que, quelque abaissée que fût alors TËspagne, on pouvait y citer des eiemples d'honneur et de vertu civique qu'on eût vainement cherchés en France sous le règne de Napoléon.
Par suite de Tnabile retraite de Godoy le coup était manque et la partie remise. Qu'allait faire Napoléon? Puisque, comme on la tant de fois écrit, il avait vu d'un œil mécontent son ambassadeur s'engager dans ces intrigues, il allait sans doute le retirer, le désavouer, comme le roi d'Espagne le lui demandait avec instance? Nullement, il avait plus besoin que jamais de sa bonne foi aveugle et de sa haine contre le prince de la Paix : il le laisse au centre de l'action poursuivre en paix son œuvre de discorde; et il écrit au roi d'Espagne une lettre destinée à l'endormir :
« Monsieur mon frère, lui écrit-il, je dois i. \^n^-
222 HISTOIRE DE HAPOLÉON 1".
rite de faire connaître à V. U.qut je n'ai jamais rteu cune Utlre du prince des Asturies, que ni dîrectem ni indirecLement je n'ai jamais eiUevda parler de lui, de sorte qu'il serait vrai de dire que j'ignort s'il existe. > Admirable générosité, dil-on, comme s'il n'avait pas un intérêt capital à sauver le prince, comme si ce n'était pas là sa meilleure cartel II Ini parle ensuite du Portugal; il n'a de pensées que pour cette expédition, c'est la seule chose importaiite;elle ne lui permet pas de s'occuper des querelles de ménage de son allié, et le roi doit avant lout songer à U pousser vivement : « Queltiius discussions de palais, affligeantes sans doute pour le cœur sensible d'un fin, ne peuvent avoir aucune influence sur les alTaira générales.... H espère enfin que Sa Majesté a troon quelques consolations dans les inquiétudes qui l'asiiégeuL, car personne ne lui est plus attaché que lui'.» 11 conIJe cette lettre à son cliambcllan de Toiimoo, observateur pénétrant et discret. Il lui donne poor mission *■ d'observer sur son passage l'opinion dupajs sur ce qui vient de se passer, si l'opinion est en faveur du prince des Asturies ou du prince de la Pai<- Vous vous informerez aussi, continue-t-il, sans foin semlilaiU de rien, de la situation des places de Pamptb0i cl de FotUarabie.... \ous prendrez des reuseignetiUBl> bien positifs sur l'armée espagnole, sur les pointa qtit'St cecupe aujourd'hui, etc.*. »
Le même jour, 13 novembre, il se décide à un ^cl* beaucoup plus grave et plus décisif que tout ce qui'
a fait jasque-Ià. Il charge Glarke de donner l'ordre à Dupont de faire franchir la frontière à cette seconde armée qui, d'après le traité signé quinze jours auparavant, ne devait entrer en Espagne que du consentement du roi^ Il ne fait plus partir ses troupes en poste, car son plan est modifié, pepuis le pardon que Charles a accordé à son fils, il ne peut plus intervenir pour délivrer le prince opprimé; mais il alléguera la nèeessité de soutenir l'armée de Portugal que personne ne menace. Dans l'état d'excitation où sont les esprits, des événements nouveaux ne tarderont pas à lai offrir les prétextes dont il a besoin. Ferdinand, que Napoléon semble vouloir défendre contre son père, qu'il justifie de l'accusation de correspondance à rétranger, qu'il encourage par l'entremise de Beauharnais, se croira soutenu par lui et cherchera inévitablement à prendre sa revanche. A défaut de cet Incident prévu , il peut en surgir cent autres de la seule présence des troupes étrangères sur le territoire espagnol. Il ordonne donc à Dupont d'entrer, mais sans dépasser Yitoria ; de là, ce général enverra des officiers dans toutes les directions pour étudier le pays*.
An moment où va s'accomplir à petit bruit cette opération presque insignifiante en apparence, en réalité si formidable, Napoléon veut y parattre étranger, ou du moins avoir l'air de n'y attacher aucune importance. Il part donc pour l'Italie en faisant annoncer avec firacas son voyage. Il s'arrange de façon à