‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 24 sur 310 · LA MÉDIATION RUSSE · texte numérisé non relu

LA MÉDIATION RUSSE

per. Une telle puissance, jeune, remuante, ambi* tieuse, partagée entre ses craintes et ses convoitises, était pour Bonaparte s'il eût voulu la ménager, le plus précieux des auxiliaires dans Tétat actuel de l'Europe. Sa neutralité seule suffisait pour tenir une coalition continentale en échec. Elle s'offrit à garantir non-seulement la sienne propre, mais celle de l'Allemagne; pour récompense de sa bonne volonté, elle demandait bien peu de chose, l'évacuation du port de Guxhaven qoe nous venions de prendre aux Hambourgeois contre tout droit, et une réduction au minimum nécessaire de notre armée d'occupation dans le Hanovre. Ces offres si modérées du roi de Prusse furent apportées au Premier Consul à Bruxelles, par Lombard, le secrétaire du cabinet prussien, partisan très-décidé de notre influence ainsi que le comte d'Haugwitz son patron. Malheureusement Bonaparte, ici comme avec la Russie, voulait tout ou rien; il n'avait que faire de la neutralité de la Prusse, il lui fallait son alliance et sa coopération active dans la guerre. 11 répondit à ses avances par une contre-proposition contenant la promesse de la cession du Hanovre en échange d'un traité d'alliance offensive et défensive. 3iâjs quelque séduisante que fût pour la Prusse la perspective de l'acquisition du Hanovre, l'engagement qu'on lui demandait était beaucoup trop illimité, trop absolu, et surtout t-op compromettant eu égard aux intérêts de tout genre qu'elle avait îi ménager, soit en Allemagne, soit en Europe, pour tenter sa prudence ou ébranler son indécision. Un parti considérable s'était d'ailleurs formé dans son sein, pour y combattre notre politique et dénoncer les dangers de la

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prépondérance française. Elle refosa nos offres^ sans cesser t4)uiafois de renouveler ses doléances. Jusqu'à la fin de 1803^ elle continua à nous proposer la ga*rantie de la neutraii^ gerflooinique en échange d'une complète éyacuatioB du Hanovre» et le gouvernement français persiita dans ses refus. Ainsi la seule puûk sance quiififtt bien disposée pour nous en Europe» celk que sa posiMoB, ses antécédents, ses intérêtsbien ou mal compris rendaient en quelque sorte solidaire de la France^ fut peu i peu amenée à un état de froideur et presque d'ho&tilité à noire égard par des exigence» aussi injustes qu'inopportunes.

Cette situation inquiétante du continent, si paisible à la suniace et au fond si profondément troublé, était faite ce semble pour refroidir nos ardeurs conquérantes. Tous les éléments d'une grande coalition euro^ péenne étaient prêts, elle n'att<>ndait qu'une occasion pour se former; les grandes puissances étaient jalousée et irritées-, les petits États tremblaient devant nous en invoquant tout basun libérateur, et parmi tant de sa* jets, nous n'avions plus un seul allié : à ne considérer les choses qu'au point de vue du succès it de la pru* dence, il y avait là de quoi faire naitre des doutes sur l'opportunité d'une expédition d'Angleterre, car en mettant les choses au mieux et en supposant notre armée débarquée par miracle au delà du détroit, pour peu que la nation anglaise eût l'idée de prolonger sa résistance, comme ilétait assez naturel de le craindre, la France allait se trouver découverte et à la merci de ses nombreux ennemis. Ces considérations ne pouvaient échapper à l'écrit pénétrant de Bonaparte» mais il était déjà trop enivré de sa toute-puissanco

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pour paraître reculer après tdut de bruyantes forbnteries. Il était de retour à Paris depuis le 15 toAt, après un voyage qui n'avait été qu'une longue ova^ tion. Partout on Tavait acclamé comme 9e c varaqueur de TAngleterre » et partout il avait accepté, avec son impassible assuranoe, ces félicîtatioiis un pen anticipées. A Anvers, le président du conseil général des deoi Kètbes Tavait salué du nom de « NapoUon k Grand j • manifestation qm, on peut le aroire, ne fM pas absfdument spontanée, car la gradation d'honnenra et de flatteries qu'elle couronnait, était trop savante pour avoir été inspirée par le seul enthounasme. A Rome, le mot maarimus était celui qui préoédait immédiatement le mot imperatar. Il fallait que ce mot eût été prononcé pour que Séguîer pût lui dire en le complimentant lors de son retour à Paris : < Les magistrats sont fiers Rapporter à vos pieds le tribut de leurs cceurs. »

Celui qui encourageait de telles paroles au sein d'un État encore républicain de nom, et qui brûlait d'impatience de consommer tous les changements qu'elles annonçaient, ne pouvait revenir en arrière sans diminuer le prestige auquel il tenait le plus, celui de sa force et de sa supériorité militaire, et par suite sans exposer ses projets les plus chers à de nouveaux ajournements. Pour faire ce dernier pas vers le pouvoir suprême, pour saisir cette couronne tant con¥oitée, il lui fallait soit de grands succès qui lui permissent de réclamer une pareille récompense, soit une crise qui lui offrtt un prétexte pour invoquer le salut public. Il s'efforçait en conséquence de maintenir le I avs dans cet état de lièvre qui prépare les esprits

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aux grands érénements. Il activait les apprêts de son vivmcMe urmaJa, concentrait peu à peu ses bâtiments 43aD5 les bassins de Boulogne, hérissait nos côtes de calions pour tenir les Anglais à distance, fanatisait s» troupes par ses excitations en même temps qu'il les disciplinait par de continuels exercices.

Le Moniteur reprit la polémique contre l'Angleterre avec UD redoublement de haine et de violence. Cette fois il n*étiit plus permis de s*y tromper, Bonaparte n*était plus seulement Tinspirateur, mais le plus souvent l'auteur de ces manifestes injurieux qui ont été en partie conservés parmi ses œuvres.

Ces invectives, dont le ton rappelle assez fidèlement celui des polémiques jacobines — car Bonaparte ne put jamais se défaire complètement de ce style pour l'avoir trop longtemps pratiqué — étaient d'ordinaire des réponses à des articles extraits des journaux anglais, souvent même elles n'étaient que de simples notes jetées au bas de la page, mais leur accent péremptoire et provoquant formait une com[)lète dissonance avec les allures composées du journal officiel et trahissait la main du maître. Ces curieux factums commençaient assez souvent sur un ton de modération et de haute impartialité des plus édifiants, mais bientôt le tempérament reprenait le dessus, et il était rare qu'ils ne finissent pas par un torrent d insultes. Le Morning-Post ayant avancé dans un de ses numéros que jamais le peuple anglais n'avait montré autant de vigueur, d unanimité, d*esprit public et de zèle pour la défense nationale, ce qui est un fait rigoureusement historique, le Moniteur s*empressa de relever cette aflirnialion qui ne pouvait être de son goût : c Vous

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