POLEMIQUE CONTRE L'ANGLETERRE
aviez en Europe, dit-il, la réputation d*une nation sage, mais vous avez bien dégénéré de vos pères ! Tous vos discours inspirent sur le continent le mépris et la pitié.. •• L'état de maladie de votre roi s'est communiqué à la nation entière. Jamais peuple n'a été entraîné si rapidement par cet esprit de vertige qui se manifeste chez les peuples quand Dieu le permet. » Comme preuve de cet état de folie et d'insanité, il leur citait le blocus de l'Elbe et du Weser qui avait selon lui compromis l'intérêt de leur commerce et de leurs manufactures j auquel visiblement ils n'entendaient plus rien. Il leur reprochait ensuite comme un autre trait d'aveuglement leur levée en masse, « la plus funeste des extrémités auxquelles puisse être réduite une nation. Vous nous menacez, ajoutait-i), de M. Pitt, de lord Whitworth, que vous faites colonels, et votre roi exerce à cheval sa troupe afin de lui communiquer cette ardeur guerrière et cette expérience qu'il a acquises dans tant de combats M. . »
Quelle que fût l'inexpérience de ces soldats improvisés, il était évident que la levée en masse déplaisait à Bonaparte, et en cela le sarcasme n'était pas heureux. La situation de l'Irlande lui fournissait un argameni plus solide et plus juste. L'insurrection de Robert Emmett et de Thomas Russell, encouragée et préparée en partie par le gouvernement français, venait d'échouer misérablement dans ce malheureux pays (en juillet 1803). Les conjurés forcés d'agir prématurément, par suite de l'explosion d'un magasin à poudre, avaient été dispersés, puis arrêtés après une lutte insignifiante; ils n'avaient pu qu'honorer leur cause parla noblesse et la fermeté de leur attitude dans
te procès qui aboutit à leur oondamnatioe. On serappaUe que Pîtl arait quitté le ministère, pour a?(rir tmXit contre la volonté d'un roi bigot et obstiné, de relever les catholiques irlandais de leurs hicapaoités ehriles et politiques. L'insurrection qui était venue Jusiiller la prévoyance du ministre avait confiraié le roi Georges m dans son absurde résistance. Le reproche adressé à l'Angleterre au sojet des Irlandais était donc juste, même dans la bouche de Bonaparte, et bien qu'il eût déjà fait autour de loi plusieurs friandes, mais il le faussait par la ridicule exagération avec laquelle il Texprimait. Feignant de croire que les Irlandais n'avaient pas le libre exercice de leur religion, parce qu'elle n'y jouissait pas de tons les privilèges accoordès à rfiglise anglicane : c Vous savez bien pourtant, 8*écriait-U, que la choee la pllus sacrée parmi les hommes, c'est la conscience, etqoe Phomne a une voix secrète qui lui crie que rien ne peut FaUiger à croire ce qu'il ne croit pas. La plus horrible de toutes les tyrannies est edU qui oblige les dix-haU fângtiennes d'une nation à embrasser une religion contraire à leur croyance^ sous peine de ne pouvoir ni exercer les droits de citoyen ni posséder aucun bien.... Ils étaient dépourvus de toute pudeur ces hommes qui ont brigué la honte de succéder aux Piti et aux Grenvilie au conditions imposées par un prince malade, sans foi, qui dans le siècle où nous sommes arétabli Us lois âês Niron et des Domitienj et persécuté comme eux l'Église oaihoUguê ! Ils n'ont pas trouvé cet exemple dans votre bistoire ; vos pères avaient plus de vertu, plus de reeipect national. Quel est donc le sort que le destin votv M prépané? U échappe aux calculs de toute intelligence
POL<IIJQ.UB CONTR& L'aNGLITKARK. ta
homaine.,^ La cieL ae» doooe aux naiioiu des p*iace« videur ou aliésés que pour ch&tier et abaittaR leur orgueil ^ »
Dans cette longue diatribe^ le général écrivain abusait quelque peu d'un (ait apiès tout fort honoiablo pour kl nation anglaise et surtout pour ses institutions*. Le roi Georges III amit été à plusieurs* reprises, pexH* dsnt le cours d'un règne déjà long, frappé d*aliénatioD mentale sans que les affaires publiques en sussentres* senti le moindre inconvénient Au moment où elles étaient le plus piospèses ou le plus embrouillées^ le public appvenaitàrin^roviste que le roi avait eu une rechute et qu'on lui avait mis la camisole de force, et il n'en était pas plus ému^ preuve évidente s'il en fut jamais , qpa la nation se gouvernait elle-même et (pie le souverain n^y était pas tout. Qu'on se de* mande ce qui serait advenu en France à la même épo^ que, sile Premier Consul y avait éprouvé un semblable accident 1 De quel prix, ne devions-nou&pas payer plus tard la démence beaucoup moins caractérisée, mais beaucoup plus dang^reuse qui le conduisit à Moscou? 11 y avait donc à la fois mauvais goût et maladresse à. exploiter contre l'Angleterre une circonstance glorieose pour elle. Il n'était ni généreux ni noble de relever un fait pénible,, indépendant de toute volonté hamaine et affligeant même pour des ennemis; mais cetait la récrimination à laquelle le Moniteur revenait le plus volontiers et le plus fréquemment. « Pourquoi sommes-neus en guerre? répondait-il vers le même temps à un pamphlet anglais; parce que le peuple