Napoléon à Qflurat, 23 mars
21l8 HISTOIRE DE NAPOLÊOJS l".
les avail prticédi^s. Le peuple espagnol, qui n'ajUMii aimé les étrangers, s'indignait k l'aspect de ces lÉgiou inconnues, occupant son territoire sous prétexledelt faire respecter; mais comme il ne soupçonnait eocw» en rien !e véritable but de ces mouvemeots de troa* pes, il accueillait nos s' '"'~ non-seulement sansiU' tiance, mais parl'ois ave mpressement qui allait
jusqu'à l'enthousiasme. une et sa colère s'atli^
chaient exclusivement i ersonne du favori qui,
selon l'opinion populair rait les Français en Kf-
pagne pour en faire les i.i ments de son ambiti» personnelle. Ce qui donn. uelque vraiseniMaDCcl ces supportions, c'est qu début de l'envatûiMment l'imprévoyant God( y, afin d'échapper auï r^ proches qu'on était en droit de lui adresser et alla ih rassurer l'esprit public, avait fait répandre que l'ïii- Lrée de nos troupes se faisait par suite d'un plu concerté entre l'Empereur et le roi. On avait prisas mol ces excuses d'un homme à bout d'expédients: on les retournait contre lui, on le rendait responsable 4e chaque nouveau coup de théJtrii qni se produisait; , on lui prétait les plus noires machinations contres» maître, contre l'héritier du trône, contre la natîM elle-même. En même temps, par une inconséquesn familière aux opinions de la multitude, on se plaisait à interpréter contre lui les témoignages bien conom de sympathie que Ëeauhamais avait prodiguer U prince des Asturies; on prédisait hautement que celU intervention provoquée par le favori tournerait à » propre confusion et à leiévation de sa victime; on Vi.yait déjà Napoléon étendant sa main prolectrice sur la tète d^i ïevimifti v^^^ "j çlacer la couronna'
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des Espagaes rendue à son ancienne splendeur par une alliance plus intime avec le puissant empereur.
C'est à ce moment que des rumeurs vagues mais persistantes commencèrent à propager à Madrid la nouvelle du prochain départ de la cour. Elle se trouvait alors à Aranjuez, à quelques lieues de là, et se disposait, en effet, à gagner l'Andalousie. En présence de la marche des Français, des démonstrations tour à tour équivoques et menaçantes de Napoléon, du, refus obstiné de Murât de donner aucune explication, Godoy avait enfin tout compris. Gr&ce à l'appui de la reine, il avait pu décider le roi à partir pour Séville, idace que sa position retranchée derrière un fleuve et une chaîne de montagne mettait à l'abri d'une torprise, et où l'on se trouverait à proximité de la mer. On fit venir des troupes à Âranjuez; on donna aux corps de l'armée de Portugal l'ordre de se rabattre sur l'Andalousie ; enfin on commença les préparatifs du voyage dans le plus grand secret. Mais la famille royale avait auprès d'elle un dénonciateur vigilant en la personne du prince des Asturies, qui, toujours trompé par Beauharnais et voyant dans les Français des libérateurs armés pour sa défense, regardait ce départ comme la ruine de ses espérances. Le projet, divulgué par lui et par les ministres auxquels on crut devoir le communiquer au dernier moment, fut bientôt connu à Madrid. Il y excita une émotion extraordinaire. On y vit, avec la répétition des scènes de Lisbonne, tous les pièges que l'imagination populaire frétait au favori. En présence de l'excitation croissante, le roi s'eflbrce de démentir le bruit par une proclamation, mais il ne réussit pas à ramener la
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confiance. Une foule incrédule et irritée, composée d'hommes de toute classe, se porte de Madrid et des pays environnants sur Aranjuez pour surveiller par elle-même la demeure royale, et au besoin pour empêcher la cour de réaliser ses desseins. Cet esprit de défiance et de révolte ne tarde pas à gagner jusqu'aux soldats eux-mêmes qui entrent pour moitié dans la surveillance exercée contre le roi et le favori.
Dans un pareil état de choses, le plus léger incident devait suffire pour tout mettre en feu. Le soirdv 17 mars, entre onze heures et minuit, une dame, soigneusement voilée et escortée des gardes d'honneur, sortit de T hôtel du prince de la Paix. Une patrouille qui était sur le qui-vive intervint, insista pour découvrir le visage de la dame, et dans l'altercation qui s'ensuivit un coup de fusil fut tiré par une main inconnue. Aussitôt, et comme à un signal, accourt de tous les points une multitude furieuse. Elle assiège le palais de Godoy , brise les portes , renverse les gardes, puis se précipite à l'intérieur avec des cris de vengeance et de mort. Elle n'y trouve pas l'objet de sa haine, mais elle s'arrête respectueusement devant la princesse de la Paix en qui elle salue une victime de Godoy. Elle satisfait ensuite sa colère sur les meubles, les tableaux, les œuvres d'art qui sont en quelques instants lacérés, pulvérisés, anéantis. Cela fait, elle se retire sans rien tenter contre la cour mais en organisant une surveillance plus étroite que jamais.
Dans ces moments d'anxiété, le roi, éperdu, ne songe qu'à aauv^T celui qu'il nomme son ami. Aiin
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d*apaiser le peuple, il retire à Godoy toutes ses di^ités et ses fonctions; il destitue son frère Diego du commandement des gardes. La journée du 18 mars s*écoula sans autre événement. On croyait Godoy en sûreté et ou espérait que tout était terminé, lorsque le 19, à dix heures du matin, un tumulte effroyable retentit autour de la demeure du favori. Le bruit court qu'il a été découvert et arrêté : la foule demande à grands cris qu'on le lui livre pour le mettre en pièces. Bientôt Godoy paraît, pAle et couvert de sang, protégé avec peine par les gardes du corps qui lui font un rempart avec leurs chevaux sans pouvoir toutefois le mettre complètement à l'abri des coups qu'on lui porte de tous côtés. Us le conduisent ainsi à leur quartier après Tavoir arraché à la fureur populaire qui le poursuit de ses malédictions. Celui qu'un caprice du sort venait de jeter tout meurtri sur la paille d'un cachot après l'avoir élevé si haut, avait assisté depuis trente-six heures à toutes ces scènes si différentes de celles qu'il avait connues jusque-là. Il n'avait pas perdu un seul des cris de cette multitude qui avait soif de son sang. Au premier bruit, Godoy qui savait ce qui se tramait contre lui, avait d'abord essayé de fuir, par une porte dérobée. Mais cette issue se trouvant gardée comme toutes les autres, il avait gagné les combles de son hôtel, et là s'était blotti sous une natte enroulée autour de son corps. Après trente-six heures d'immobilité, vaincu par d'intolérables souffrances, il était sorti de sa cachette, pois, reconnu par un soldat aux gardes, il avait été aussitôt suai et arrêté. Comme il n'était pas en sûreté dans la caserne où les gardes l'avaient transférée le
roi, toujours inquiet pour lui, envoya, poar calmer les esprits et rassurer le prisonnier, son fiis FerdinaiHl devenu l'idole de la multitude. Le prince, triomphaot. se rendit avec une joie ma! dissimulée auprès du bvori tombé; il lui promit f|u'il aurait la vie s On dit que Godoy eut alors, au milieu de ses disgrâces, un Oclair de flerté qui prouve que son opof n'était pas sans courjge : « Hs-tu déjà roi pour fmrt grâce? demrtnda-t-il à son mortel ennemi. — Noo, répondit Ferdinand, mais je le serai biL-ntôt. ■
Il pouvait le croire, en effel, vu la rapidité avec liquelle marciiaient les événements, et ce jour-là tatm un nouveau coup de fortune sembla lui donner raison. Une voiture à sit chevaux, destinée à transpwter le favori que le roi voulait à tout prix êloîgofr d'Aranjuez, s'étant arrêtée devant la porte de lattserne des gardes, l'émeute recommença plus violente que jamais. La fuule se pr.'cipite sur ratte1ag<>, eonp* l<'s tritits, brise la voiture et chasse les conducteurs A cette nouvelle, le roi Charles IV, fatigué de ceU( longue lutte, effrayé d'une impopularité qui remonU jusqu'à la couronne, et qui lui rappelle les scène les plus tragiques de la Révolution française, nanifeste l'intention d'abdiquer en faveur de son fil* La reine, qui n'est préoccupi'e que du danger deCldoy, embrasse avec ardeur ce dernier moyen de» lut, et parmi les assistants personne ne l'en déto^FB^ L'acte d'ablication est sur-le-champ rédigé et, ter* sept heures du soir, on le publie dans Âranjuei. U peuple l'accueille par un long cri d'allégresse qui, d*» le soir même, relentit jusqu'à Madrid. Le lendemain on y proclame Ferdinand Vil au milie^i d'un véritable dé-
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lire, où la haine contre le favori renversé tient autant de place que Tenthousiasme pour le nouveau souverain. On envahit, on saccage les maisons des parents et amis de Godoy, on foule aux pieds ses bustes; on porte en triomphe les images du jeune prince auquel on prête libéralement toutes les vertus, car le plus souvent l'imagination populaire ne renverse une idole que pour en élever une autre; elle ne juge pas, elle adore ou exècre, et l'on est à ses yeux un monstre ou un dieu.
Pendant que ce peuple s*étourdit de ses propres clameurs et applaudit aux apprêts de ce règne éphémère, Murât descend à petit bruit les pentes du Guadarrama. Il n*est déjà plus qu'à une marche de Madrid. La révolution qui venait de s'accomplir à Aranjuez le mettait en présence d'une situation profondément modinée. D'une part, le projet de fuite sur lequel il spéculait ne s'était pas réalisé; de l'autre, il trouvait devant lui une royauté jeune et populaire an lieu d*une royauté chancelante et usée. Ce cas, fort invraisemblable en un tel pays, n'avait pas été prévu par Napoléon. 11 en était presque venu à considérer la fuite de la cour comme un fait accompli. Il était si bien informé par ses agents qu'il l'attendait pour le moment même où elle devait avoir lieu, mais il attendait avec plus de curiosité encore Teffet qu'elle allait produire à Madrid : « Je suppose, écrivait-il à 'Murât dans la même lettre où il prévoyait le départ du roi pour Séville, que je vais recevoir des nouvelles de foui ce qui se sera passé à Madrid le n et le 18 mars^. »
l. Napoléon à Murat423 mars