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pereur. II n'avait fait en quelque sorte que prendre une mesure conservatrice de la position qu'on lui avait prescrite, il l'avait même rendue incomparablement meilleure au point de vue de l'arbitrage projeté, puisque par suite de cette protestation il n'y avait plus en Espagne, au lieu d'un roi, que deux prétendants à la couronne, s'appuyant l'un et l'autre sur des titres contestables.
Au milieu des passions ardentes qui agitaient le peuple espagnol il y avait peu de place pour la prévoyance ou la réflexion. Aussi l'entrée de Hurat à Madrid, qui eut lieu dans la journée du 23 mars, futelle considérée généralement comme une force de plus pour le nouveau règne. Il avait fait répandre une proclamation dans laquelle il dénonçait à Tindignation publique ceux qui cherchaient à exciter une injuste et ridicule défiance contre l'armée française. La grande majorité le crut sur parole. Personne n'ignorait que Beauhamais était depuis longtemps le conseiller et le partisan décidé du prince des Asturies ; l'Empereur était donc pour le prince, il était impatient de le marier à une de ses nièces, et les troupes françaises ne pouvaient que consolider le trône de Ferdinand. Le public n'y regardait pas de plus près, et nos sol iats furent reçus à bras ouverts par les ha- Utants de Madrid. Ils assistèrent le lendemain à l'entrée de Ferdinand dans sa capitale. Cette réception donna lieu à de telles convulsions de joie et d'amour qu'on est étonné que Murât, si léger qu'il fût, n'ait pas été frappé comme d'autres observateurs de l'énergie sauvage qui se manifestait dans les transports du peuple.
Les correspondances entre Paris et Madrid exigeaient alors six ou sept jours au minimum. Napoléon ne reçut donc que le 27 mars la lettre où Murat lui annonçait les événements qui s'étaient accomplis du 18 au 20 mars, c'est-à-dire la révolution d'Âraojuez, la chute de Godoy, l'abdication du roi. Quanti la protestation, il ne la connut que le 30 mars, car Murat ne Teut dans les mains que le 23 et selon toute probabilité^ ne l'envoya que le 24. Mais avant d'avoir connaissance de cet acte si important pour lui, Napol^^-^n. s.-^w5 le roup du premier mouvement, traçait i Wi:r»: T.r}c 'icno de conduite dont le sens était l'apn-.%y»j^ .-^^ ^.r::;jw de tout ce qu'il avait fait : « Je -,*■!> v;. -• ".: ;:rv du 2.^ mars, lui écrivait-il le 27.... >.M^ •:•;': :••.":>^:^,^?^ qu'il ne soit fait aucun mal oi :ii r^ ' 5 i -V r^. ri au prince de la Paix.... Jui- ■»t ". • fi- ' ''1 ■;•.■-'" r-v *;$': nrfOMMM/îar moi, rouj rff-
"•.•■? " jBTk'ic"; r.^t refait toujours; vous
>. ^t. •.lî.nrv- .et'- ^f!A mes ordres. » On ne pouvait ,^î?-iu 'i!i^ fi,.-?.' e::: ,' sens i^tMéral de la politique .U-. Ail! -. yna ; jt? <u >*rv 50US la dictée de son amv-î •: >ui; .n iuii io -îe* .r:structi?ns antérieures. ,v.. :-. •. îî'Mi^'ii jui /r*yi-Li: Xdpolêon dans cette -,::".!r..r .-. >.'. ut. inirupiii .f ;:*îl voulait prendre ..in!- t'> ;î'ci r,*i>^. i''.*f -vs»:r«: ivec toute la clarté ^^^: ^ vie la lettre sliirarjW riM adressait le même i.^ctr^ £T mars, h son frrre Louii^ yn de Hollande :
« .... J'ai ri^sdlu de m«'ltre un jr.jce français sur le
trOne d'K.spn;<no. l.o climat de jj. Ho lande ne vous
convient pas. I) ailleurs, la Hollasôe ne saurait sortir
de ses ruines.... Répondez-moi cat^^goriquement. Si
je vous nomme roi d'Espagne, Tagréez-vous, puîs-je
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compter sur vous?... Ne mettez personne dans votre confidence et ne parlez à qui que ce soit de l'objet de cette lettre, car il faut qu'une chose soit faite pour qu'on avoue y avoir pensé. »
Ainsi la résolution de Napolépn de détrdner les Bourbons d'Espagne pour leur substituer un prince de sa propre dynastie, résolution annoncée jusque-là par mille indices des plus clairs, est constatée matériellement, à la date du 27 mars, par un documeiit d'une authenticité irrécusable. A ce moment, Napoléon ne sait encore rien de la protestation de Charles IV, c'est le 30 mars seulement qu'elle lui parvient avec une dépêche de Murât, et le seul sentiment qu'elle lui inspire, c'est une approbation plus complète et plus explicite que jamais pour la conduite du grand-duc de Berg : « Je reçois vos lettres, lui écritil, avet; celles du roi d'Espagne..,. Vous avez bien fait de ne pas reconnaître le prince des Asturies. Vous devez faire placer le roi Charles IV à TEscurial, le traiter avec le plus grand respect, déclarer qu'il commande toujours en Espagne, jusqu'à ce que j'aie reconnu la révolution. Je suppose que le prince de la Paix^ tiendra par Bayonne. » Ces derniers mots, rapprochés des instructions qui prescrivaient à Murât d'envoyer les princes à Burgos, et d'un passage d'une lettre du même jour adressée à Bessières, démontrent que Napoléon, sans ordonner précisément à son lieutenant de lui envoyer Godoy, le roi et la reine en employant la force, lui insinuait en toute occasion de prendresur lui cette initiative hardie. En lui laissant voir qull la prévoyait, il lui donnait à supposer que la mesure allait de soi : « Protégez le prince de la Paix,.
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écrivait-il à Bessières, il n'est envoyé en France que pour le sauver. Accueillez avec les plus grands égardi le roi Charles IV et la reine si le grand-duc deBerg Us dirigeait de votre côté. »
A la date du 27 mars, Napoléon a donc non-seulement ordonné et approuvé tout ce que Murât a fait jusque-là en Espagne, mais il est allé beaucoup an delà, puisqu'il lui a déjà suggéré ce qui ne denil s'accomplir que plus tard et a disposé de la courooDr en l'offrant à son frère Louis. 11 importe d'avoir toolo ces circonstances présentes à l'esprit si l'on veutjoger avec impartialité un des faux les plus audacieDi et jusqu'ici le plus universellement acceptés qn'oi puisse citer dans le triste répertoire des supercbiries historiques. La pièce à laquelle je fais allutin est une lettre Irès-connue de Napoléon à Murata date du S9 mars 1808. Celle lettre a été publiée pour la première fois, par Las Cases, dans le Mtmond de SainU- Hélène; eile a été reproduite par MoottUK Ion, qui alfirme, comme Las Cases lui-même, M avoir reçu communication de Napoléon en personnt Elle porte à un si haut degré l'empreinte du style 4 des idées de l'Empereur, qu'elle a trompé tous 1» historiens, même ceux qui n'ont pu s'empêcher d'observer à quel point elle est en contradiction avec totf ce que Napoléon a écrit avant et après cette leU» Venus les derniers et avec les plus sûrs moyen) d'investigation, les éditeurs de sa Correspondaau. tout en constatant qu'il leur a été impossible* de retrouver soit l'original, soit la minute, soit même UD' copie authentique de ce document, n'ont pas hésiU à le classer à sa date parmi les leltres de l'Empereur.
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sans se soucier autrement des intérêts de la vérité historique et des méprises auxquelles ils exposent la bonne foi de leurs lecteurs.
Cette lettre, écrite dans l'intention évidente de rejeter sur Murât la responsabilité des événements d'Espagne, n'est autre chose qu'une longue remontrance dans laquelle Napoléon prophétise à son beau* frère, avec une prévoyance qu'un historien n'hésite pas à nommer sumatarelUf toutes les difficultés qui vont surgir autour de lui. II s'y plaint avec amertume d'être entraîné et compromis par la précipitation étourdie de Murât : c II craint que Murât ne se trompe et ne le trompe lui-même sur la situation de l'Espagne. Murât ne doit pas croire qu'il attaque une nation désarmée; les Espagnols sont un peuple neuf^ énergique^ qui a tout le courage et l'enthousiasme des hommes que n'ont point usés les passions politiques. L'aristocratie et le clergé sont les maîtres de l'Espagne. Ils feront des levées en masse qui éterniseront la guerre,... L'Espagne a cent mille hommes sous les armes; divisés sur plusieurs points y ils serviront de noyau au soulèvement 'total de la monarchie.... Il peut faire beaucoup de bien à l'Espagne, mais quels sont les meilleurs moyens à prendre? Ira-t-il à Madrid? Exercera-t-ii l'acte d'un grand protectorat en prononçant entre le père et le fils?... Il ne faut rien précipiter, il convient de prendre conseil des événements.... Il le désapprouve d'être entré si précipitamment à Madrid, il fallait s'en tenir à dix lieues. Murât aura soin de ne l'engager à une entrevue avec Ferdinand, que s'il juge la situation des choses telle que Napoléon doive le reeonnattre comme roi d'Espagne. Il fera en sorte que
les Espagnols ne puissent pas soupç'înner le parti que Napoléon prendra, ce ne sera pas diflicile , il n'en sait rien lui-même. » Vient ensuite l'espofé di'S plans (pie l'Empereur médite pour la régénération de l'Espagne el le perfectionnement de ses institutions. Il y joint de nouvelles recommandations sur les ménagements que Murât doit avoir pour tous les habitants, et particulièrement pour la noblesse et le clergé ; il spécifie tes promesses qu'on doit leur faire. Li lettre se termine par quelques instructions militaires que non examinerons avec lea autres.
Ce qui frappe à première vue dans cette communication démesurément longue et verbeuss, c'est d"!bord l'extrême différence de ton et de langage qui II distingue de toutes lea lettres que Napoléon adresM) Murât avant et après le S9 mars. On y reconnaît b môme main et le même esprit à n'en pouvoir douter; mise en regard des autres, elle produit néanmolot une dissonance des plus sensibles. Elle n'a ni leur concision, ni leur sobriété toute pratique, ni leur allure rapide et directe, on y sent la com^lOsilion littéraire- Elle touche à tous les sujets avec une généralité pompeuse et solennelle qui rappelle ces tirades qu'on adresse à un confident de tragédie. Autant Ntpoléon, dans sa correspondance avec .Murât, est bref, précis, rigoureux, impératif, autant il est ici vagw, prolixe et délayé. Au lieu de le brutaliser selon sol habitude lorsqu'il a à se plaindre de lui, il le dén^ prouve en termes pleins d'une modération magnanime. Au lieu de s'adresser à lui à la seconde personne, comme dans toutes ses lettres de cette époque saii'. (tvcune exception, il lui donne de VAUtsse împé-
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riale^ singularité d'autant plus remarquable que, même pendant les premières années où Murât fut roi, il lui refusa son titre de Majesté. Au lieu de lui dire nettement ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas, il lui fait un cours complet de politique sur le passé et l'avenir de TEspagne; il lui donne des conseils dont il n'a lui-même jamais tenu aucun compte; enfin, il loi déroule, avec un sang-froid parfait, une série de prédictions dont la moindre, n'eût-elle fait que traverser son esprit, eût suffi pour lui faire modifier ses plans du tout au tout.
Mais ces disparates générales, quelque apparentes qu'elles soient pour un œil exercé, ne sont rien auprès des contradictions de détail que présente ce document lorsqu'on le rapproche des ordres et des instructions si explicites que Napoléon écrit à la même époque et au même personnage. Qu'il ait caché à Murât ToiTre qu'il venait de faire au roi Louis en affectant une indécision qui n'était plus dans son esprit, on ne saurait s'en étonner. Qu'il lui parle des Espagnols comme d'un peuple neuf et énergique, de l'aristocratie et du clergé comme des deux classes toutes-puissantes en Espagne, alors que tout dans sa conduite prouve qu'il ne croyait ni à cette énergie ni à cette toute-puissance, alors qu'il lui reprochait c d'attacher trop d'importance à l'opinion de la ville de Madrid et aux fantaisies de la populace', » on peut encore l'admettre, car les actes d'un homme ne sont pas toujours d'accord avec ses pensées. Hais comment expliquer les incroyables démentis qu'il s'y donne à