Napoléon à Murat^ 9 ayrP
lui-même, à moins de supposer qu*il a été momentanément frappé d'aliénation mentale? < Je n'approuve pas, écrit-il dans cette prétendue lettre du 29 mars, U parti qu'a pris Votre Altesse Impériale de s*emparer aussi précipitamment de Madrid; U fallait tenir Varmée à da lieues de Madrid. > Or cet ordre d'entrer à Madrid, Napoléon l'a donné à Murât dès le 9 mars, et depuis ce jour il Ta sans cesse renouvelé. Ce n'est pas tout, dès le 9 mars il lui a ordonné d'y entrer, même de vt» force si cela est nécessaire, tant il est loin de ces craintes que lui prête la lettre apocryphe : si la guem s'allumait tout serait perdu. Il préférait l'emploi des moyens pacifiques, mais sans reculer le moins do monde devant celui de la force : « S'il arrivait, loi écrit-il, que les Espagnols fussent en situation de se défendre à Madrid, le général Dupont doit se diriger par Saint-IlJefonse, se réunir à vous, et marcher lur Madrid pour donner ensemble^ si cela est nécessaire. > Le 14 mars, il lui envoie les instructions militaires les plus précises pour ne rien laisser à l'imprévu, et U ajoute : < Ce qui est surtout utile, c'est d'arriver s j Madrid sans hostilités, d*y faire camper les corps pir division pour les faire paraître plus nombreux, etc. * J Le 16 mars, il insiste de nouveau : < Le principal est 4 d'arriver à Madrid, d'y reposer vos troupes, d'y «• 4 faire vos vivres. » Le 19 mars, il est plus presstiil encore : « Je suppose que vous recevrez cette lettn î i^ Madrid oùfni fort à cœur d'apprendre que mes trotfit î'^ sont entrées paisiblement. » L
Napoléon a tellement tout réglé et disposé par lui* r; même dans cette marche de Murât vers Madrid qull ii connaît longtemps à l'avance et le nombre des étapes ^
LA RéVOLUTION D*ARAlfJUSZ. 265
et le jour précis où se fera l'entrée. Dès le 9 mars, il charge Ghampagny de prévenir Beauharnais < que, le S2 ou 23 mars, une armée française de cinquante mille hommes entrera à Madrid, > et, le 23 mars, le jour où nos troupes se présentent aux portes de Madrid, il écrit à Murât : < Je suppose que vous êtes arrivé aujourd'hui ou que vous arriverez demain à Madrid. > A partir de ce moment, il ne lui parle plus de cette entrée dans la capitale espagnole que comme d'un fait accompli. 11 fait plus; dans la crainte que Murât n'y ait pas assez de troupes pour réprimer une insurrection, il ordonne à Bessières de se porter également sur Madrid à marche forcée avec la garde impériale ( 26 mars). Et l'on veut que le même homme, écrivant à Hurat le 29 mars, à Murât qu'il sait détenteur d'ordres si positifs et si pressants, lui parle de l'entrée à Madrid comme d'un fait accompli contre sa volonté? Et c'est à un calculateur comme Napoléon qu'on ose prêter une p treille aberration?
Les reproches qu'il est censé adresser à Murât sur d'autres points ne sont pas moins inexplicables : < La marche que vous prescrivez au général Dupont, ditil encore, est trop rapide. » Or, cette marche , c'est lui qui l'a réglée minutieusement dans ses instructions du 14 mars et des jours suivants par lesquelles il l'a autorisé à amener à Madrid la majeure partie du corps de Dupont; et ses intentions à cet égard sont tellement arrêtées, que, le 27 mars, il y revient dans les termes les plus formels : < Je ne puis que vous répéter ce que je vous ai déjà mandée de réunir les corps de Moncey et de Dupont à Madrid. » En ce qui concerne la conduite à tenir envers les auxiliaires deâ^
S66 HISTOIRE DE EAPOLtOlf I*'.
lano, la contradiction, sans être aussi flagrante» n'est pas moins réelle entre les ordres ûctifs et les TÔrittbles instructions : c Laissez Solano dépasser Badajoi, dit le document supposé.... Tenez-vous toujours à distance des corps espagnols ; si la guerre s'aUumaU Mf uraU perdu. » Ces derniers mots indiquent sufBsani' ment l'esprit qui a dicté cette recommandation poithump ; on voulait se faire honneur après coup tf m prévoyance qu'on n'avait pas eue. Depuis longtemn Junot avait l'ordre d'empêcher à tout prix Solano à marcher soit sur Cadix, soit sur Madrid, comme le ^ néral Merle avait celui de contenir à Burgos le cor|i espagnol qui occupait la Galice, et le premier devrir de Murât était de les appuyer lun et l'autre. Bd «
qui concerne l'entrevue projetée de Napoléon avec Ferdinand, c'est la même impossibilité de concilier h lettre supposée avec toutes celles qui la précèdeotd Itf suivent. Enfin, une dernière fin de non-recef«t contre l'authenticité de ce document résulte de k lettre que Napoléon adresse à Murât le 9 avril et dttf laquelle il lui dit : < Je vois, par votre lettre di 3 avril, que vous avez reçu ma lettre du 27 mars. Ctt du 30 et Savary, qui doit vous être arrivé, vous airont fait connaître encore mieux mes intentions. > De celle du 29, si importante, si longue, si dévekp* pée, pas un mot. A supposer qu'il ait pu se donnera lui-même un pareil démenti , est-il admissible qol ne fasse pas la moindre allusion à une dépêche i(i devait bouleverser tous les plans de Murât? EstJ admissible que non-seulement il la passe absolument sous silence, mais qu'il continue à donner à son lieutenant des iustructions de tous points contrai'
LA RÉVOLUTION D'aRANJUEZ. 267
res à celles qui étaient contenues dans cette dépêche?
Que des contradictions si frappantes aient échappé aux historiens qui n*ont pas pu connaître la Correspondance de Napoléon, et qu'ils aient vu dans la trop rameuse lettre du 29 mars un magnifique trait de génie neutralisé par Timprudence et l'ambition de Murat, c'est là une erreur bien concevable; mais qu'on nous la donne comme authentique après avoir eu tontes les pièces du procès sous les yeux, c'est Ik ce qpi'on ne doit pas permettre si le bon sens et le dis- Dernement ontquelque droit de prévaloir sur la créinlité et l'engouement. Un admirateur passionné de la mémoire de Napoléon, notre devancier dans cette histoire, frappé comme nous des contradictions insolables que cette lettre du 29 mars offre avec tout ce jai la précède et tout ce qui la suit, en a relevé un certain nombre avec une visible perplexité dans une Uttsertation des plus ingénieuses ^ Il nous y fait assister, non sans éloquence, au curieux combat que la critique et l'idolâtrie se livrent dans son esprit, puis, m moment de conclure, ne pouvant ni croire que Murât ait jamais reçu une missive aussi extraordiaaire, ni admettre que Napoléon ait pu mentir en llfirmant qu'il l'avait écrite, il se tire d'affaire par un lobtil détour qui lui parait tout concilier, en disant |ae la dépêche a été, en effet, écrite, mais qu'elle n'a pas été envoyée. Elle n'est à ses yeux « qu'une inconléqnence pleine de génie > et conçue dans un moment )ù Napoléon • put paraître éclairé par une lumière
1. Thien, Hist, du Consulat et de VEmpire, tome VIII. Ap^texiidk;^
surnaturelle. • Explication qui n'explique rien, car rinvraisemblable, l'impossible, ce n'est pas qu'une telle lettre ait été envoyée, c^est qu'elle ait pu être écrite, c'est qu'un homme, jouissant de ses facultés, ait pu, dans des affaires aussi graves et lorsqu'il s'apssait de son confident le plus intime, non-seulement contredire, mais nier des ordres clairs, positifs, réitérés qu'il venait de dicter ou d'écrire de sa main pendant vingt jours de suite. Voilà le mystère, voili l'énigme. Et même en admettant l'inconséquence et le repentir, ce thème n'est pas plus soutenable, car, dans ce cas, la pièce apocryphe aurait le caractère d'un de ces mille contre-ordres qu'on rencontre dans
la correspondance de Napoléon, tandis qu'elle ne contient pas un mot qui constate un de ces changements de tactique qui lui étaient si familiers. Elle suppose des instructions antérieures dans le même sens, elle se rattache à un système suivi, elle implique tout un ensemble de prévisions et de tempéraments politiques dont il n'y a pas trace dans les autres documents; elle n'a, en un mot, un sens, un but, une raison d'être que si on la considère comme une falsifi* cation destinée à tromper l'histoire. Le falsificateur n'i pu être et n'a été que Napoléon lui-même. Mais, se récrie l'auteur que j'ai mentionné plus haut, « il avait trop d'orgueil pour agir ainsi! » Étrange aveuglement après toutes les falsifications que cet auteur a été contraint d'enregistrer lui-même ! Napoléon avait-il trop d'orgueil lorsque, pendant les quatorze ans de son règne, il falsifiait jour par jour au if oni<eur toutes les pièces diplomatiques, les nouvelles extérieoref, les débats des Chambres et jusqu'aux rapports admi-
LA RÉVOLUTION d'aRANJUEZ. 269
nistratifsT Avait-il trop d'orgueil lorsque plus tard, à Sainte-Hélène, i] rédigeait ces six gros volumes de mémoires dont chaque ligne est un mensonge? Âvailil trop d'orgueil lorsque, recevant des visiteurs qu'il savait avides de recueillir chacune de ses paroles, il faisait d'eux les propagateurs jurés de ses faux témoignages? Quelle vraisemblance qu'une âme si grande, si loyale, si véridique, ait pu s'abaisser jusqu'à fabriquer une fiction de plus? Que Napoléon ait effrontément menti à ses contemporains ctiaque jour et chaque heure de son règne, on est bien forcé d'en convenir; mais, à moins d'être un détracteur systématique de sa gloire, comment supposer qu'il ait pu même concevoir l'idée de mentir à la postérité?
Je ne daigne pas m'excuse r auprès de ceux qui ne verraient qu'une inutile digression dans l'examen minutieux auquel je viens de soumettre un des faux historiques les mieux caractérisés qui aient obtenu crédit depuis l'imposture des fausses décrétales. Puisqu'on a pu écrire tant de volumes sur une seule bataille, je puis bien à mon tour consacrer quelques pages à cette victoire moins glorieuse remportée sur la vérité et la justice. Parmi les actes justement flétris qu'on a imputés à Napoléon, il en est que j'ai démontrés vrais par des preuves certaines, d'autres . que j'ai trouvés douteux, d'autres enfin dont je n'ai pas hésité à décharger sa mémoire. Ici encore je dirai toute ma pensée sans me préoccuper de ce qu'elle peut avoir de choquant pour des esprits si longtemps nourris de complaisantes fictions, car c'est à eux de savoir accepter la vérité, et non à la vérité de s'accommoder à leur faible tempérament. }'a\ &&\^ àfe-
270 HISTOIRE DE HAPOLÉOII I*'.
daré que la letfie da 29 mars est un faux, j'affirme hautement que le faussaire n'est autre que Napoléon. Si, comme il n'y a guère lieu d'en douter, ce jugement est confirmé par Farrët définitif de ravenir, on deTra reconnaître que, dans cette ténébreuse aflaire d'Espagne, il y a quelque chose de plus honteux encore que tous les pièges qui y furent mis en œuvre, c'est ce trait de fourberie à la Scapin par lequel Napoléon a en partie réussi, pendant un demi-siècle, à rejeter sur ce pauTre étourneau de Murât, qui n'était id que son instrument et sa dupe, la responsabilité de rinitiatîTe et de l'éTénement décisif.
Bien éloigné de cette politique de temporisation A d^atermoiements qu'il lui a plu de s'attribuer plus tard. Napoléon avait enfin jugé que le moment d'agir était venu. Deux circonstances l'indiquent clairement: Tune est son départ pour Bordeaux, où il arrive le 4 avril; Tautre est l'envoi à Madrid de Savary, son homme de confiance et d'exécution. Les instructions données par Napoléon à Savary ayant été, selon toute probabilité, purement verbales, il est diflicile d'en connaître ia teneur dans toute son étendue. Les actes de Savary disentassez ce qu'elles ont pu être. Sa misaion consistait à attirer Ferdinand à Bayonne. Quant & ce qu'il en raconte dans ses Mémoires^ ce n'est autre chose qu'un thème très-visiblement calqué sur le document apocryphe que je viens de discuter. Il le développe dans une ampli Scation des plus solennelles qu'il prête à Napoléon et dont Finvraisemblance est poussée jusqu'au grotesque. Et tout ce qu'il dit do reste de son rôle n'est qu'un tissu de fables grossières, débitées aN^c la placidité et là bonhomie de
rame la plus ingénue. Pour donner une idée de la sincérité de ce bon apôtre, il me suffira de dire que Savary n'hésite pas à imputer à Hurat seul le voyage de Ferdinand à Bayonne. Quant à lui, Savary, s'il a accompagné le jeune roi dans ce fatal voyage, c'est uniquement pour « profiter de ses relais; > c'est ce hasard seul qui a fait que < sa voiture s'est trouvée dans le convoi de celles du roi ; > en un mot, il est aussi étranger à toute cette aventure qu'à celle du duc d'Enghien. Il déclare, en outre, avec l'autorité d'un témoin oculaire, que Napoléon n'a conçu ridée de détrôner les Bourbons d*Espagne qu'après avoir jugé par lui-même, à Bayonne, toute l'incapacité de Ferdinand, et après y avoir été en quelque sorte contraint par l'insurrection qui éclata à Madrid à la suite de l'entrée du roi en France.
n y aurait de la puérilité à réfuter sérieusement de pareilles assertions. La Correspondance de Napoléon démontre jusqu'à l'évidence qu'avant comme après la mission de Savary, et particulièrement en ce qui concerne le voyage des deux rois à Bayonne, Murât ne fait que se conformer aux désirs plusieurs fois exprimés de Napoléon : « Je vous ai dit, lui écritil le 5 avril, de faire venir à l'Escurial l'ancien roi et de vous en rendre toutefois parfaitemenl le maître; de faire venir le prince de la Paix à Bayonne.... Quant au nouveau roi, vous me mandez qu'il devait venir à Bayonne. Je pense que cela ne pourrait tire qu'utile. » A partir de la mission de Savary, Murât n'a plus que le second rôle et laisse à Savary la conduite de l'entreprise. Il s^ soumet docilement aux prescriptions d'un homme initié aux plus secrètes volontés de sou
maître : < n est à désirer, lai écrivait N^toléon le
9 avril 1808, que le prince des Astories soit à Madrid, oa vienne à ma rencanire. Dans ce dernier cas. Je l'at* tendrai à Rayonne. Il serait ficheux qu'il prit un troisième parti B (c*estrà-dire : il serait fâcheux qu'il pût s'échapper). < Savary connaît totis mes projets et a dû vous faire part de mes intentions. Quand on connaît le but où l'on doit marcher, avec un peu de réflexion tes moyens viennent facilement. > Le lendemain,
10 aVril, en Ini annonçant le départ de Reille < avec des instructions dans le sens de celles de Savary» > il lyoutait : c Lorsque le but que je me propose, et que vous aura fait connaître Savary^ sera rempli, vous pourrez déclarer verbalement et dans toutes les conversations que mon intention est non-seulement de conserver rintégrité des provinces et l'indépendance du pays, mais aussi les privilèges de toutes les classes, que j*ai le désir de voir TËspagne heureuse, etc. Ceux qui veulent un gouvernement libéral et la régénération de TEspagne les trouveront dans mon système.... Les grands qui voudront de la considéra* tion et des honneurs qu'ils n'avaient pas dans radmànistration passée^ la retrouveront, etc. > Ici c'est déjà le futur souverain qui parle. Il apprend enfin , par des lettres de Murât, l'arrivée de Savary à Madrid, A il lui exprime sa satisfaction en termes qui témoignent de l'accord parfait qui régnait entre ces trois hommes : « J'ai vu avec plaisir l'arrivée de Savary. Mes instructions étaient absolument conformes à ce que vous vouliez entreprendre. » (12 avril.)
Au moment où Napoléon écrivait cette lettre^ily avait déjà deux jours que le roi Ferdinand Vil, décidé
par les promesses que Savary lui apportait au nom de son souverain, s'était mis en route contre Tavis de ses conseillers les plus sages pour aller au-devant de Napoléon. Il avait quitté Madrid le 10 avril, laissant l'administration du royaume à une junte supérieure chargée de gouverner en son absence. Il serait difficile de s'expliquer tant d'aveuglement si l'on ne savait à quelles folles extrémités de longues incertitudes peuvent pousser un esprit combattu à la fois par la crainte, l'espérance et la passion de régner. La situation de Ferdinand était d'ailleurs telle que, même en soupçonnant, comme cela lui arrivait parfois, l'existence des trames dont il était entouré, il lui était trèsdifficile de prendre un parti exempt d'inconvénients et même de périls. En présence de l'accumulation croissante des troupes françaises à Madrid, on ne pouvait y séjourner plus longtemps sans se mettre à la discrétion de Murât. Il était déjà le mattre de la ville, il avait le ton et les allures d'un vainqueur. D'autre part, s'enfuir pour chercher un refuge plus sûr, c'était faire justement ce qu'on avait reproché comme un crime au roi Charles IV et ce qui avait amené sa chute. C'était, en outre, rompre ouvertement avec l'empereur Napoléon. S'il avait des intentions peu amicales, c'était lui offrir le seul prétexte qui lui permit de les réaliser, car ce que ni Ferdinand ni son précepteur Escoiquiz, bel esprit nourri de réminiscences classiques, ne pouvaient admettre, c'est qu'un grand homme, un héros parvenu à un tel degré de gloire et de puissance, consentit à s'avilir au point de voler une couronne en employant des moyens de coupe-jarrets. Non, ce guet-apens iv'*»-
87% HISTOIRE DS HAPOLiOH V,
teii pas, ne poavait pas être entré dans son esprit; tout au plus rêvait-il quelque cesâon territoriale sur la rive gauche de l'Èbre en échange du Portugal, comme Izquierdo venait de l'affirmer tout récemment à la suite d'un nouveau voyage à Paris. On toucherait donc infaQliblement son cœur en lui témoignant une confiance magnanime; cela s'était vu dans une foule d^ tragédies.
A la vérité, l'attitude de Murât n'était nullement rassurante. Non-seulement il refusait de reconnattn le nouveau souverain, mais, tout en le pressant d'accéder aux désirs de N^ipoléon, il lui montrait sonvent une froideur méprisante comme s'il eût dédaigné de jouer plus longtemps le rôle de dissimulation qu'il avait accepté. Mais ne fallait-il pas plutôt sea rapporter au loyal Beauhamais qui avait toiqours parlé le même langage et conseillé à Ferdinand de se jeter dans les bras de Napoléon ? L'ambassadeur ne devait-il pas être mieux informé que le général? Et si son témoignage ne suffisait pas, n'avaitron pas celui de l'honnête Savary qui, symptôme significatif, prodiguait à Ferdinand les titres de roi et de majesté que lui refusait Murât, qui déclarait, avec sa franchise toute militaire, < qu'il arrivait à Madrid pour complimenter le roi au nom de l'Empereur; que Napoléon tenait uniquement à s'assurer si les sentiments de Ferdinand étaient aussi favorables à la France que ceux du roi Charles, auquel cas il s'empresserait de le reconnaître; que le meilleur moyen d'y arriver promptement était une entrevue entre les deux souverains, entrevue d'autant plus facile à réaliser que Aapoléon était déjà en route pour se rendre à Madrid
€t se trouverait tout disposé en faveur du prince s'il le voyait accourir au-devant de lui'^ »
Ainsi se décida ce fatal voyage, malgré les supplications de quelques serviteurs dévoués qui avaient deviné le piège. Bien qu'il n'eût aucune nouvelle de rentrée de Napoléon en Espagne, bien qu'il sût même positivement par son frère, l'infant don Carlos, parti quelques jours avant lui, que cette entrée n'avait pas eu lieu, Ferdinand croyait n'avoir pas à dépasser Burgos. 11 y arriva dans la journée du 12 avril. Cette ville était occupée par Bessières qui avait reçu de Savary Tordre, bientôt conflrmé par Reille, d'employer, s'il le fallait, la force pour contraindre le jeune roi à poursuivre son voyage jusqu'à Bayonne. Ferdinand manifesta quelques hésitations qui furent bientôt surmontées par les assurances de Savary. A Titoria il apprit, à n'en pouvoir douter, que Napoléon n'avait pas dépassé Bordeaux. Cette démonstration péremptoire des artifices et des impostures qu'on avait mis en œuvre pour l'attirer hors de son royaume fut un trait de lumière pour son esprit. Il fit venir Savary, lui déclara qu'on l'avait trompé, mais qu'il était décidé à ne pas aller plus loin. Jusqu'à Burgos, l'attitude des populations avait été surtout celle de l'enthousiasme et de l'exaltation, bien que le voyage fût généralement désapprouvé. Mais depuis qu'on s'était rapproché de la frontière, ce n'était plus qu'un cri pour déplorer cette résolution insensée. Le bon sens
1. Escoiquiz : Des motifs qui ont engagé le roi Ferdinand à te rendre à Bayonne. — Cevallos : Exposé des moyevu employés pour usurper la couronne d'Espagne
f . .; ihf Ae ces «cadroos de OTmlerie gai
^ ^''^^l^ ji tav cdtés sar le passage da cortège
..^ Icfluit tontes les issues sous prèteite Ascoite d'honneur, araît bien TÎte péde tonte cette comUnaison si sayam- ; h foule se pressait autoor des équi- K japp^ùnt le roi de ne pas aller pins loin. A f«0Olion populaire derint si menaçante que bien qne déjà armé de tons les moyens de la résistance dn roi et irrité au derniar son refïis de partir, préféra préfenir une caen allant, avant de se décider à employer \ chercher auprès de Napoléon, soit de nooiostrucUoDs, soit de noo?eaux moyens de tromsa Tîctime.
Brtouré des régiments de la division Verdier et de iva-erie de Bessières, Ferdinand sentit la nécessité ^ ménager Napoléon. Il voulut au moins avoir de j nne explication rassurante. II lui écrivit donc k ^j«r même de son arrivée à Vitoria, en lui rappelant JMS les gises de docilité et de dévouement qu'il loi avait donnés depuis son élévation au trône, le contreardre envoyé aux troupes espagnoles qui revenaient dn Portugal, les soins dispendieux prodigués aox troupes françaises malgré le délabrement des finances^ leur admission dans la capitale à Tezclusioa de l'armée nationale, enGn le voyage de l'infant doa Carlos et le sien propre. A toutes ces marques d*attachement, Napoléon n'avait répondu que par le silence et par un refus persévérant de reconnaître Ferdinand. Maintenant que, sur les instances réitérées de Savary, sur son assurance que Napoléon désirait seulement
< savoir si le nouveau règne amènerait des changements dans la politique des deux États, > il était venu jusqu'à Vitoria, il priait instamment Sa Majesté de faire cesser la situation pénible à laquelle il était réduit par son silence.
Savary arriva à Bayonne presque en même temps que son maître, et rapporta à Ferdinand la réponse de Napoléon : « Mon frère, lui écrivait l'Empereur, j'ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale. Elle doit avoir acquis la preuve dans les papiers qu'elle a eus du roi son père de l'intérêt que je lui ai toujours porté; elle me permettra, dans la circonstance actuelle, de lui parler avec franchise et loyauté. En arrivant à Madrid, j*espérais porter mon illustre ami à quelques réformes nécessaires dans ses États.... Les affaires du Nord ont retardé mon voyage; les événements d'Aranjuez ont eu lieu. Je ne suis point juge de ce qui s'est passé, mais ce que je sais c'est qu'il est dangereux d'accoutumer les peuples à répandre le sang et à se faire justice eux-mêmes. > Après cet étalage de bonne volonté et de maximes édiûantes, Napoléon intercédait en faveur du prince de la Paix dont le procès ne pouvait avoir lieu sans déshonorer la reine; or, disait-il: «Votie Altesse Royale n'a d'autres droits à la couronne que ceux que lui a transmis sa mère^ » paroles non moins outrageantes pour Ferdinand que pour ses vieux parents. 11 expliquait ensuite son désir de causer avec Ferdinand parla nécessité de connaître si l'abdication de Charles avait été volontaire ou forcée: «Je le dis à Votre Altesse Royale, aux Espagnols, au monde entier, si l'abdication du roi Charles est de pur mouvement, s'il n'y a pas été forcé par l'émeute d'Aranjuftx^
IT. Vk
i** E:5T0I*11 de 5APDLÊr3î !•.
^ ^î fils t-n:» dif5ralté de l'admettre et •> reamnaû
«■;-- i ,f T5' .=î:vi> œ^wte roi d'Erz-zj-f. » Irrcs cette
rr*TS-::r irsiire s: perfdc de li part d'an honuM
-rzi zrL: ie-s si r^rcbe la pritestaSin que ses ageats
ax-i^:.: î ::c*r =. r:: Charies, il en Tenait à FaSiin
ix :r.îriirr- H i Levait 1* prince d'avoir formulé s
èezitLL :•* i .'r5- d* sot: père. car. disait-î! arec et»
iccirt rc tz 5:1-*: c* Cette démarche 'îj'îI arait !■•
Hh r»* -.sT'rîi» i~;r-ie prince, fvar Fentremiseét
fciiira.TTtiSw ci;.::!? iémanrhe prè§ d'un scKmni
iC-i-Tif*r iti 11 r*:: l'un prince hérei tiîre fil cr»
ni\lo. » I tnzLLZ r-!*:: tratefois oublier ce crime, Hi
•jnc-ari:!^ t : i»f zr^-Tfau l'illusion du malbeiireft
.tiiLT»; :«:r:r:tf tat 'e? rvir^les suivantes cju'il fils»-
r:•r'J^^- : rf.:: >.:.' Tifr l:rs;u'il ju-iea à prop:$ *
:a.*^ 71- : -r .-^ ior^zif::: ims le Jf?'.i:î"jr.- « Lei»'
r.l^•^f 1 - ••; :rz:-5se înT-rÀiie aTie»: Votre Altw*
R ;2iH ^-i •- '"'j :';'^- .-o-.*':^-.^ i^r s>.,v îis di ^
Dt!i. ■:, -t 5::::l: crnime ur.e cî'corstanre quim'it-
cachrn : iir Je rouveaui liens : •-'vf «nri^n dWj»
r\ zi-t^^ :^'j ".'' L'^er depuis q. ej?suii r:r\:> s..r l- tr^*
«>:tr ie.tre était datée du 16 avri:. Le lendemainll
il écriva:t à Brssières : «Vous trouverez ci-joint U
copie o'îjne Uttre que Savary porte au prince des As-
turirs. Si le prince des Asturies vient à Bayonne, c'ert
fort bien. S'il rttrcgrr.de s:.r Bw^jjs^ vous U ferez ont'
tfr e: conduire à Biyonne^. »
Ferdinand était t:»ujours à Vitoria, gardé i ▼» comme un prisonnier par nos troupe?, sous les van d'un peuple inquiet, frémissant, prêt à tout faire poar
l. Nipolécui^csii^res, 17 avril 1808.
LE GLET-APENS DE BAYONNi:.
sauver son roi. L;i encore les averti>sements m
manquèrent pas. Ln ancien ministre disgracié ,
Mariano Luis L'rquijo, sortit de sa retraite pour v
saluer Ferdinand, il assista au désarroi, à la détr
de ses conseillers. Dans une allocution émouva
I ^ renuplie des plus sages et des plus prophétiques
n^ Yisions, il s'efTorça de les faire revenir de leur i
résolution. Il leur reprocha d'avilir la dignité de la
^ narchie en conduisant le roi comme un vassal et p
; que comme un suppliant vers un souverain étran
, sans invitation, sans prépara tifs, sans aucune des
usiU'^es ; il leur montra l'embâche, leur dé\