IV
temps modernes, la conquête ne s'était encore présentée sous des traits aussi révoltants et aussi hideux. L'invasion de l'Espagne offrait un caractère à part, même parmi les entreprises de Napoléon, où li fourberie avait toujours tenu une si grande place. Il s'y était surpassé lui-même, mais par malheur il y avait aussi dépassé la mesure de ce que pouvaient supporter ses contemporains, car il est certain qu'aucune nation de TEurope n'était alors assez d^pradée pour endurer patiemment les turpitudes qui soulevèrent le peuple espagnol. Voilà ce dont le plus grand des hommes n'avait pas la moindre idée. Loin d'avoir aperçu un seul des signes précurseurs de cette grande convulsion nationale, il était plein de sécurité, de confiance, de contentement de lui-même. 11 avait, par une combinaison ingénieuse, épargné à l'Espagne les horreurs d'une conquête violente, il avait obtenu presque sans effusion de sang le prix de dix années de carnage; tout le monde devait lui être reconnaissant du subtil et salutaire expédient qaH avait choisi, et bientôt les Espagnols allaient bénîrle nom de leur régénérateur ; il ne voyait pas au delà En cela, le manque de sens moral, la grossière igD<h rance des susceptibilités de l'honneur, du patriotisme, de la dignité individuelle ou nationale, qui sont un des traits distinctifs de cette âme perverse, équivalent à une lacune de l'intelligence, car ces perfidies, si laborieusement combinées, vont directement coatre leur but, ces profonds calculs sont une grosse bévue, ce crime est presque de la niaiserie. A ne riea soupçonner, à ne rien prévoir des effets que de telles noirceurs devaient naturellement produire chez ua
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peuple fier et passionné, il y avait une aberration de jugement qui paraît à peine croyable ; et l'on conçoit que, plus tard. Napoléon soit allé jusqu'à écrire un faux pour faire absoudre son génie à défaut de son honneur; mais il lui eût fallu pour se disculper refoire sa correspondance tout entière, qui témoigne, quoi qu'on en ait dit, du plus étrange et du plus inconcevable aveuglement, non-seulement avant l'insurrection, mais longtemps après qu'elle a éclaté sous ses yeux.
La résolution héroïque et désespérée qui s*empara des Espagnols à la nouvelle des événements de Bayonne, eut toute la soudaineté d'une explosion; il fallut toutefois au soulèvement quelques jours pour s'organiser. Ce fut en général du 24 au 30 mai 1808 qu'il éclata, et presque partout avec des circonstances analogues. Le signal ne partit ni de la ville ni des campagnes ; il fut donné sur tous les points à la fois. Dans les hameaux, dans les villages, sur les routes, des hommes, obéissant à la même pensée, se réunissent spontanément ; ils marchent ensemble au cheflieu ou à la capitale de la province; ils en trouvent les habitants déjà soulevés ou prêts à se révolter ; ils déposent les autorités hésitantes ou suspectes, nomment des juntes insurrectionnelles, s'emparent des arsenaux et arment les populations, après avoir fait décréter les levées en masse. Partout les contributions volontaires aflluent dans les caisses du nouveau
gouYemement, et tous les hommes en état de porter les armes s'enrôlent sous sa bannière. Nobles, paysans, bourgeois, moines, prêtres, soldats, toutes les classes luttent de zèle et d'émulation. R.\e^
n*est plus faux et plus insoutenable que l'opinion de ceux qui persistent encore i présenter ce soulèfement comme < l'œuvre des moines. » C'est là ud vieux thème inventé par Napoléon pour déshonorer ceux qu'il ne pouvait vaincre. J'en montrerai bientdt l'origine et le peu de solidité. Ce qu'on doit dire à rhonneur du clergé espagnol, c'est que, loin de montrer la complaisance ordinaire de r%lise catholique à l'égard de ce qu'elle nomme les pouvoirs établis, il se prononça avec énergie en faveur du mouvement national; mais il ne le devança pas, il le suivit; et dans les commencements surtout il se manifesta plus d'une fluctuation dans sa conduite. Il n'est pas permis d'oublier que parmi les plus empressés à saluer à Bayonne la royauté éphémère de Joseph, Gguraient en première ligne les représentants de la sainte inquisition. Les passions religieuses eurent sans doute leur part d'influence dans l'insurrectioa espagnole. Cette influence s'accrut surtout lorsque Napoléon qui les avait d'abord caressées avec un soio extrême, reconnut l'inutilité de ses efforts pour gagner les prêtres après sa déclaration de guerre au pape, et rompit brusquement avec eux dans l'espoir non moins chimérique de s'attacher les opinions philosophiquesr Mais il n'y a pas plus de vérité à attribuer cette révolte au fanatisme religieux qu'à en faire honneur au fanatisme monarchique comme d'autres l'ont essayé; sa force et sa gloire sont d'avoir réuni tous les mobiles et toutes les opinions, depuis la superstition du paysan jusqu'au patriotisme presque républicain de l'étudiant des universités. A côté des bataillons enrôlés som^Iq. bannière des saints deTE^
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pagne, on voit figurer dans l'armée insurgée les compagnies Brutus et de Caton^ la compagnie du Peuple^ qui avait pour devise : La liberté ou la mort. Cette révolte est essentiellement une révolution d'indépendance, et c'est là ce qui Ta rendue invincible. Aussi restera-t-elle Téternelle leçon des peuples menacés dans leur existence nationale, en leur apprenant à préférer les maux les plus effroyables à la domination étrangère, même déguisée sous d'apparentes améliorations.
Au milieu de l'unanimité extraordinaire de ce soulèvement, deux cat^^gories d'hommes seulement se montrèrent disposées, non pas à ratifier ce qui s'était fait, mais à transiger avec un état de choses qu'elles considéraient comme inévitable, ce sont celles que dans tous les temps et dans tous les pays on a vues se plier le plus docilement aux circonstances : les fonctionnaires et les gens de cour. Encore faut-il dire que leur défection fut non-seulement très partielle, mais très-passagère, car l'immense majorité des premiers ou resta fidèle à la cause nationale, ou lui revint après une courte hésitation ; et quant aux seconds, comme c'est à la cour et non au monarque qu'ils sont attachés, il fallait être naïf comme Tétait le roi Joseph pour s'étonner, soit de leur empressement, soit de leur désertion. Au reste on doit convenir que les t>onDes raisons pour se soumettre et accepter les faits accomplis ne leur manquaient ni aux uns ni aux autres, et ils ne se firent pas faute de pré:her à leurs compatriotes une résignation qui semblait la loi même de la nécessité. Que voulait-on, qu'espérait-on en organisant une résistance? Avait-on la foW^ \^&^ ^^ triompher des armées de Napoléon? Non , wT\e ^^.TéJ^ft
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L^-zasif^n. X** icGT'Z^i ectrer cuss aucun Le sisil Ttssir^^ii i«:ssbue âe nnsorrectioD était h diià^^ Z33t ie&:> sui:s nanède. para qu'elle ajouteïezû «!G3 ju Tijci ce Ta: artfaie à tous ceux de la inerre. La îadltè aT«c laqaelîe s'était acoQin|ilie k dist± ûe l'azcl^cne dynastie iiidii(DaJt assez que c*était ta 'm:i ^eme ±ic ^ar la ProTîdeooe. > En acceptant na Kocieau socT^raîn des mains de NapoléoD. ITspipe n*ir«ijq^a^ ::cljemesit scn indépendance, elle la tojuI oQBsacnee plus solidement que jamais et sontenoe par wMte la (orx de Tempire. Déliirée d'une rojantê încapaKie et rieilie, gooToiiée par an prince qneiecxnzrarAiaier.t ses qualités personnelles et son esprit éciairé, TEs^-a^e pourrait enfin participer aux rtfornies et a:ix améliorations dont jouissaient tons kl peuples de TEorop^ : elle pourrait reprendre la place émicente •:iu*elle avait eue parmi les puissances^ Tous ces biens dont on allait entrer en possesaâoa presque sur-le-champ devaient faire oublier des irrêgulihtes regrettables, mais passées désonnais à l'étit de faits accomplis, et les bons citoyens ne pouTaicat plus avo'.r qu'une pensée, ceUe de prévenir des malheurs irréparables par une prompte adhésion au nouveau résime*.
Ces sophismes étaient spécieux ; au début surtout plus d*UQ patriote sincère s*y laissa prendre dans la crainte de voir tant d'eflTorts généreux aboutir à la ruine et àTancantissement de TEspagne. Mais le sea-
I. TrS repr^sen'^tfons ne sont point imiginiinM;; elles sont 1« résumé exicl de ccW» <çi( U \unte extraordinaire de Bajooc« et u junte suprèra* 4e UiArv4v^x^m>ft\i\^t%i leurs cooàtoye&s.
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liment populaire n'hésita pas un instant, et en préférant la mort même au bonheur qu'on lui promettait, il vit plus juste et plus loin que les sages. Là où les calculs des politiques sont en défaut, Tinstinct des simples triomphe, car l'héroïsme comme le génie est chose d'inspiration, non de raisonnement; et dans toutes les situations désespérées une Jeanne Darc sera toujours supérieure à un Machiavel.
La pdncipauté des Asturies fut de toutes les pro- Tinces espagnoles celle qui se prononça la première, si toutefois on peut assigner une initiative à un mou- Tement qui fut essentiellement simultané. Ce petit pays perdu à l'eitréme nord, resserré entre les montagnes et la mer, presque sans communication avec les autres provinces^ avait été le dernier refuge des gaerriers de Pelage à l'époque de l'invasion arabe ; il était digne par son énergie et son patriotisme de ser* vir de berceau à une guerre d'indépendance. Dès le 9 mai la junte des Asturies, réunie à Oviédo, avait décidé aux acclamations de la population entière qu'elle désobéirait aux ordres de Hurat, et son président, le marquis de Santa-Cruz, avait déclaré < qu'en quelque lieu qu'il vit un homme se lever contre Napoléon, il prendrait un fusil et marcherait à ses côtés. * > Le soir du 24 mai, vers minuit, le tocsin retentit dans la ville et dans les villages environnants, on s'empare du commandant envoyé par Hurat, on enlève l'arsenal où se trouvait un dépôt de cent mille ftisils. Le lendemain la junte s'assemble, elle organise la défense, elle décrète une levée de dix-huit mille hommes;