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INurtisan à peu près unique que Talliance française eût encore en Russie. Alexandre avait quitté Pétersbourg au grand déplaisir de ses sujets toujours trèsfaostiles à sa nouvelle politique, et malgré les supplications de sa mère à qui ce voyage inspirait les plus Yives alarmes. Il est certain que le dénoûment de l'entrevue de Bayonne n'était pas fait pour inspirer à Alexandre une confiance sans mélange ; mais sa situation était loin d'être la même que celle du roi d'Espagne. En s'emparant de la personne de Ferdinand» Napoléon avait pu croire avec une certaine vraisemblance qu'il s'emparait du même coup de son royaume; une telle illusion était impossible avec la Russie. Cet essai lui avait d'ailleurs trop mal réussi pour qu'il songeât à le recommencer.
Il est toujours dangereux et souvent puéril de vouloir interpréter les sentiments secrets des personnages liistoriques. Mais si l'expérience des hommes et la force des situations avaient produit sur Alexandre leur effet ordinaire, il est permis de dire qu'il apportait à cette entrevue une très-médiocre sympathie pour son auguste allié. Séduit par les promesses de Tilsit, il avait sacrifié à Napoléon ses généreuses illusions de Jeunesse, sa popularité en Europe, Famour presque tnperstitieux de ses sujets ; il lui avait sacrifié sa propre estime ; et une fois tous ces sacrifices accomplis, les promesses n'avaient pas été tenues. Il n'avait reçu de lui qu'un de ces présents pour lesquels on est toujours ingrat, parce qu'on ne les accepte que la rougeur an front, la Finlande, dépouille d'un parent Et si Napoléon se montrait aujourd'hui plus disposé à remplir ses engagements, Alexandre savait à quel
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accident il était redevable de cetta tomplalMBcein» pérëe ; ses courtisans eux-mémas ne se gênaient pis pour le dire autour de lui : « L'empereur Alexandit fût Mtir beaucoup d'églises ^ disait rambassadnr lolsto! au comte Nicolas son frère; conseillez-hii f a ftire bâtir une à Notre-Dame del soccorro d^Espagm^l *
C'était bien en Espagne, en effet, que se trouvait b seule cause de cette recrudescence d'amitié qofi Ibpoléon montrait pour le Czar. Les afiGûres qu'il mil k régler avec Alexandre pouvaient se traiter usi bien à Paris qu'à Erfurt, et par voie de conrespondm aussi bien que par une entrevue. Les choses qos ki deux souverains avaient à se dire n'avaient rien qa nécessitât un rapprochement personnel ; leurs épuchements ne pouvaient pas être d'une nature Imi vive après tant de mécomptes réciproques. Napdéoi était décidé d'avance à satisfieûre son allié, h lui oèdff ces deux principautés de Moldavie et de Valachie, qi avaient été la cause de leur mutuel refiroidissemeot; il n'était pas homme à modifier ses plans sous Yn/tpression d'une causerie. Il ne pouvait se dissimnlBr en outre que sa situation vis-à-vis d* Alexandre était loin d'être aussi avantageuse qu'à Tilsit. Son pratigi alors intact avait depuis singulièrement diminué. Sa armées jusque-là réputées invincibles avaient sM des échecs aussi humiliants que désastreux. G'étaiert là des raisons bien fortes pour lui d'éviter une A* trevue qui évoquait inévitablement de pareils retours sur le passé.
Mais la nécessité parlait encore plus haut que ro^
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gueil. Après Timmense mouvement rétrograde qu'il venait de faire exécuter à ses troupes en les ramenant de rOder sur le Rhin, et au moment de s'enfoncer en Espagne» il lui fallait à tout prix une manifestation de nature à intimider l'Europe; et pour obtenir cet eflTet il ne lui suffisait pas de divulguer l'alliance franco-russe, il voulait afficher publiquement son intimité avec Alexandre de façon à frapper tous les regards. Il songeait mÂme à loi demander une de ses sœurs en mariage, afin que cette amitié parût plus indissoluble. Cet admirable metteur en scène avait donc bien calculé en surmontant ses répugnances pour donner à l'Europe cette représentation à grand spectacle. Hais les avantages de l'entrevue d'Erfurt se réduisaient uniquement à cette valeur d'opinion, qui du reste ne pouvait être que très-fugitive. Au fond c'était Napoléon qui allait en faire tous les frais; et bien qu'il ne reçût guère qu'un appui moral en échange des plus substantielles concessions, il semblait presque à Erfurt l'obligé du souverain dont il avait paru le protecteur à Tilsit.
Les deux empereurs se rencontrèrent le 27 septembre sur la route de Weimar à Erfurt. Ils s'embrassèrent avec cet air de parfaite cordialité dont les rois possèdent seuls le secret, surtout lorsqu'ils ne s'embrassent que pour s'étouffer. Ils firent ensemble achevai leur entrée dans la ville au milieu d'un immense concours de population. Napoléon avait voulu rendre la réception cligne par sa magnificence des hôtes illustres qui s'étaient donné rendez-vous à Erfurt. II avait fait venir à grands frais du garde-meubV^ ^^ \^ ^a\vroDne les bronzes^ les porcelaines , \es ^Vo% tvôskK^
tentares, les mobiliers les plus somptueux. Il vnà voulu que la Comédie-Française contribuftt à relefer l'éclat de ces fêtes, en donnantdevant cet auditoirede souverains les principaux chefs-d'œuvre de notre scène depuis Cinna jusqu'à la Mort de César. La journée éUi employée à des promenades, à des manœuvres mifitaires, à de grandes chasses dans les forêts saxoniMi Le soir venu les deux empereurs dînaient chez Napoléon ; on se rendait ensuite au Uièâtre pour y eoteodre Corneille, Racine, Voltaire uiterprétés par Tain et Mlle Duchesnois. La soirée s'achevait chez Tempereur de Russie.
Tous les clients naturels de Napoléon s'étaient em* pressés de répondre à son appel en faisant acte de présence à Erfurt, car il ne perdait pas de vue son bol principal, et c'était entouré d'une cour de rois qoll avait voulu se montrer à l'Europe. On voyait dans ea cortège les rois de Bavière, de Wurtemberg, de Saie, de Westphalie, le prince Guillaume de Prusse, et àoMé de ces étoiles de première grandeur, la pléiade obscnit des princes de la Confédération du Rhin. Cette réunkNii presque exclusivement germanique , devait surtoot démontrer aux idéologues allemands la vanité de leon rêves. Tout ce qui comptait en Allemagne par le poo* voir, le rang, la richesse n'était-il pas là ? N'allait-Oi pas jusqu'à donner à entendre que l'empereur d'Autriche avait imploré, sans pouvoir l'obtenir, la fàWt d*etre admis aux conférences d'Erfurt * ? Ce bruit était
1. Ce fait avancé un peu légèrement par Lucchesinf, BignoDil beaucoup d'auVxes \û%\ori^Ti'&^ we s'appuie en définitive que sur b déclaration èquWo^ji^ cotiV^hm^ ^^t» >i\!L'w^\w\^fc>i-<Xft Champjgni (en date du a mais \^Sft^> ^^iv \x^^ V>L^v\»ro:viXv \^^ ^<î(W5î»^i»«.
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^ peu yraisemblable^ car ajnis un pareil afiront Fem- |i pereur d'Autriche n'eût certainement pas envoyé & ^' Erfurt le baron de Vincent avec une lettre pleine des ^ compliments les plus flatteurs pour l'empereur des Français, mais la crédulité avec laquelle on accueillait de semblables rumeurs donne une idée du ton de ^ hauteur et d'omnipotence que prenaient à Erfurt les deux arbitres de l'Europe. A côté de ces puissants de |\ la terre heureux de leur sujétion, et fiers d'être les courtisans du roi des rois, que pouvaient les pauvres ^ conspirateurs du Tugendbund et du Teuuchbund? il n'y avait aucun inconvénient à les laisser en paix dans leurs caves exhaler leur mystique amour pour la grande Teutonia, abstraction de métaphysiciens digne *^ 4'Qn culte aussi chimérique !
^ Bientôt, défection plus cruelle encore, les rois de ^^ rmtelligence vinrent à leur tour s'incliner devant ^ Gésar. Goethe et Wieland furent présentés à Napoléon, Sr fis se montrèrent à sa cour, ils firent servir leur gloire ^ i orner son triomphe. Le patriotisme germanique eut *^ de dures épreuves à subir i Erfurt, mais on peut dire ^ que de toutes ces humiliations celle que les Aile- ^ mands ressentirent le plus profondément fut de voir ^ leur plus grand génie littéraire se parer des faveurs '' de l'oppresseur de leur pays. Les hommes de la génération de Goethe lui ont toujours gardé rancune de sa démarche auprès de Napoléon ; la nôtre s'est montrée plus indulgente, et de nos jours la critique trans-
▼antes : > Certes , si l'Empereur avait voulu admettre à Erfurt l'Empereur mon maître, où seulement s'il m*avait été permis (Vy aller, ainsi que je V avais proposé, . . . • H est fort probable que MettAnivtS^ n'avait demandé Tautorisation que pour lui-même, «\ Vo\i cnX^oaW trop sM elainrojance pour 7a iai aeeorder.
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oendante n'est pas loin de loi en faire un titre de ^oire. Elle y Toit le signe d'une sérénité presque ditine. d'une compréhension impartiale, supérieure aux petits démêlés d'ici-bas. Gœthe lui-même s'est bioi gaidé de donner dans ce pathos; il y aurait injustice i Feo rendre responsable. Il s'est borné dans ses eonoenaiions avtc Eckermann à plaider les circonstances atténuantes. Selon toute probabilité il n'aurait accueilli que par un sourire méphistophélique les réfcries de ses apologistes. Sa justiGcation telle qu*il la présentait était beaucoup plus modeste. Généralisant le reproche qui lui était adressé, il examinait avec nue éTidente émotion, sous laquelle on sent comme un remords mal endormi, s'il avait pu et dû exercer en faveur de son pays opprimé l'action militante et généreuse de Kœmer, d'Arndt, de Riickert, et loifi d'alléçuer une incompatibilité absolue entre le rtk de poète et celui de citoyen, il s'excusait en rappelant qu*il avait alors soixante ans au lieu d'en avoir vingt» qu*il nVtait plus capable de ressentir et d'exprimer les passions guerrières» à quoi l'on peut ajouter qœ Gœthe était resté à beaucoup d'égards un homme de r.ir.clen régime, qu'il remplissait une fonction de cour auprès du grand-duc de Weimar, circonstance embarrassante même pour un Olympien : « Comment, disait-il, aurais-je pu prendre les armes sans haine! Et comment aurais-je pu haïr sans jeunesse? Si cet Mnement était arrivé dans ma vingtième année je nt s€r::is fus rfsté le dfmwr... D'ailleurs nous ne pouvons tous serfir notre pays de la même façon ; chacun fai de son mieux suivant ce que Dieu lui a départi. J^ me suis donné assez de tourments pendant un demi-