‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 287 sur 310 · AU.U · texte numérisé non relu

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d'abord assez puissant pour décider les juntes locales qui avaient fait l'insurrection à abdiquer en faveur d'une junte centrale chargée de l'autorité suprême. Cette junte centrale fut composée des délégués des juntes locales; elle réunit dans son sein des hommes éminents parmi lesquels on distinguait Jovellanos et Honiûo de Floridablanca. Trop nombreuse malheureusement pour un corps exécutif, la junte suprême qui compta jusqu'à trente-quatre membres, était en outre dominée par des esprits politiques et littéraires dans des circonstances où la force des choses réclamait impérieusement des honmies d'action. Elle fit beaucoup de manifestes, se décerna à elle-même des titres magnifiques, s'engagea dans de stériles contestations avec le conseil royal qui avait conservé ses attributions administratives et judiciaires, et ne prit en définitive que fort peu de mesures efGcaces. Quelques-uns même de ses actes étaient de regrettables concessions aux passions populaires : tels furent le rétablissement de l'inquisition et la suspension de la Tente des biens de main morte. Qu'il y eût là de sa part un retour prémédité vers le passé, on ne peut le croire sérieusement lorsqu'on songe que le promoteur de ces mesures était ce même Floridablanca qui aval été l'ambassadeur de Charles III, auprès du pape Ganganelli, à l'époque où d'Aranda avait opéré ses fa*' meuses réformes; mais c'était une protestation xnalentendue contre les prétentions du despotisme français. Napoléon acccsait les moines et l'inquisition, cela suffisait pour qu'on les rétablit. Rendre rinquisition populaire, voilà quel était le premier résultat de cette politique tant célébrée l

4M EISTCIRC DE SAPOLéOH IT.

La !iKs;:r^ militaires qui aoraient dû être h fr^'xrzzA''.:z niWue dans une crise si périlleuse, m'iTa>*c: r - n* siuîrir des hésitations et de Tîncapad:è du toutct central. Les armées du Midi s'étaient r»r-r<'a:i--^s ccs tro^i'-ces do Sord; les troupes de SêTL>, de Gnrcade. de Valence étaient venues sor rÈbr^y sons II conduite de Castaôos. donner la maîD anx insur^-=s ce Cistille et aux Aragonais défensean de Sarar><se : !e5 dix mille compagnons de la Romana eUiecî renus après leur romanesque éTaâoo se joinire aux insursTrs de la Galice et des Asturies que commandait le eénéral Blake; mais malgré l)eaih cocp ce décrets sur le papier. TeBectif de ces armées 9cm\ peu augmenté, leur armement était défectueux, leur discipline dêtestible; on n'était pas même par- Tenu à assurer leurs approvisionnements. A l'exception de quelques vieilles troupes régulières, elles offiraient le spertacle d'un rassemblement tumultueux plutôt que celui de corps disciplinés et capables d*eih treprendre des opérations militaires.

Avec de tels éléments, un seul système offrait quelques chances de succès contre un adversaire aussi redoutable que Napoléon et les forces écrasantes qu'il avait réunies. Éviter toute action générale, se retirer pas à pas devant lui sur des points de ralliemeot désignés à l'avance, le laisser s'engager et éparpiller ses troupes dans les vastes espaces de la Péninsule, ne tenir que dans des positions d'une force reconnu^ se borner enfin le plus souvent à harceler ses corps» à intercepter ses communications, à enlever ses convois, telle était la tactique, indiquée à la fois par It nature du pa^s el ^^\^ ^^\\Afiisse des ressources,

I qu'un militaire des plus distingués, le général Dumou- . rier, Tenait de recommander lui-même aux insurgés i espagnols dans une sorte de manuel composé spécialeg ment pour eux. Cette conduite était la seule possible, et les deux plus habiles généraux que possédât alors l'Espagne, Blake et Castaûos, ne pensaient pas à cet . égard autrement que Dumourier. Hais un plan aussi . sage ne pouvait plaire ni à la présomption des masses peu éclairées qui voulaient attaquer sur-le-champ Napoléon pour le détruire , ni à la défiance ombra- ^ geuse des provinces qui, abandonnées en apparence, considéraient tout mouvement rétrograde comme une trahison; et les deux généraux manquaient de Tautorité nécessaire pour imposer leurs idées. Au moment où Napoléon vint en Espagne pour s'y , mettre à la tête de ses troupes, les forces espagnoles . se répartissaient en quatre groupes principaux for- ^ mant autour de nos positions sur l'Èbre un vaste ^ demi- cercle qui s'étendait des montagnes de la Bis- ^ caye jusqu'aux environs de Caparoso sur la rivière d'Aragon. Blake opérait sur la gauche avec trente- ■* dnq à quarante mille hommes, aux environs de Bal- ^ maseda, couvrant la Biscaye, Santander» les Asturies» ^ et menaçant nos communications par la route de ^ Bayonne. Au centre, l'armée de Gastanos bordait ^ l'Èbre de Cintruenigo à Calahorra, se liant à l'armée V de droite, commandée par les frères Palafox, de Tudela à Caparoso, et formant avec celle-ci un peu plus de quarante mille hommes. En arrière de ces positions s'avançait, en réserve vers Burgos, Tarmée d'Estrémadure, commandée par Galuzzo, auquel venait de succéder le jeune marquis de Belvéder-^ il rk'^.N%5X.

4iS HISTOimS DB ■▲rOLÉOH I*.

p» cKore eomfUié soo efRedif et n'avait pas ph0 fime quî&xaîDe de mille hommes soos ses ordres. D ; aimît bien une cinquième armée en Catalogne; mtis cantocmée dans celte région excentrique comme dus ■ne sorte de cfaamp dos, où elle allait être anx prises aTec Saint-CjT et Dohesme, elle ne pouTaît enrcer ancnne influence sur l'ensemble des opénlkuis. On aUendait aassî dTun jom' i l'antre la coopéiatioB de rarmee aiixUise dn Portugal, qui devait Tenir lenforter Tannée d'Kstrémadure; mais son inteimiioi était encore forcément éloignée. Le général Mooe qui la commandait, obligé d'opértar par terre sa joo^ tioc arec on corps débarqué à la Corogne, eu partait lui-méxe de Lisbonne, avait à exécuter des maitbes longues et difficiles avanl de pouToir prendre aucoiK part aux opérations de la campagne. Aux obsticks rêsulunt ce la saison, du mauvais état des cbemJBSi de la difficulté de se nourrir sans piller, étaient Tenus se joioiire des retards causés par la mauvaise volooU des autorités espagnoles. Sou lieutenant Baird anit été retenu en quarantaine à la Corogne, et il iTÛt fallu négocier à Madrid pour obtenir le libre passip <f un corps d* auxiliaires.

Cetait donc avec quatre-vingt-dix mille homoDCS à peine que les cbeCs espagnols étaient chargés de tenir tête aux cinq corps d'année que Napoléon anit déjà sur TÈbre. Composés de vingt-cinq mille hommei en moyenne, ces corps formaient avec la garde etb cavalerie de Bessières une force totale d*au moiis cent soixante mille hommes. Napoléon n'avait poor ainsi dire qu'à marcher en avant pour briser sur toof les points la ligne espagnole qu'on semblait aroir

voulu étendre démesurément comme pour en augmenter encore la faiblesse. Son plan à la fois trèssimple et très-décisif consista à la couper en deux en se portant directement sur Burgos, qui n'était couvert B que par le faible détachement de Belvéder . Une fois art rivé là , il rabattrait ses corps à droite et à gauche pour -

■ tourner les deux principales armées espagnoles, en

■ les acculant l'une à la mer, l'autre aux Pyrénées, ou

■ tout au moins en les mettant entre deux feux.

m Les combats qui avaient été livrés la veille de son

■ entrée en Espagne, d'une part à Zornoza, entre Blake

■ et Lefebvre, de l'autre à Logrofio et à Lerin, entre Ney

■ et Gastafios, Moncey et Palafox, auraient pu nuire à

■ ce plan en décidant les Espagnols à la retraite ; mais m en réalité ils ne l'avaient nullement compromis, m puisque leurs positions étaient restées les mêmes i • peu de chose près. Napoléon voulait commencer par K détruire l'armée de Blalce. H chai^ea en conséquence

■ Lefebvre et Victor de la contenir, pendant qu'il se r porterait lui-même sur Burgos. Ces maréchaux dep Talent ensuite la refouler soit vers la mer, soit sur 1^ les pentes des montagnes qui séparent la Biscaye de ^ la Gastille vieille, point vers lequel il allait diriger

Soult de Burgos, pour porter le dernier coup aux débris de Blake. Mais le général espagnol prévint ses adversaires en les attaquant lui-même. A la suite du combat de Zornoza, Lefebvre s'était replié sur Bilbao afin de se nourrir plus facilement, ne laissant devant Blake que la division Villatte isolée à Balmaséda. Victor, envoyé àOrdufio pour soutenir Lefebvre, ne fit rien pour réparer la faute de son collègue; il se contenta d'envoyer une brigade h

430 HISTOIU DE STAFOI^OS I*.

OipKDdo. AfauidooDée à eUe-mèiBc et «ttaqoée par des forces sop€riaxrei dans U joamée du 5 noTcmbR, la dirisioD TîUatte fut rgetée sur Klbao aprèsiToir hrillamnient combittn el essoré de grandes potes.

Sévèrement réprimandes par Napoléon*, les dflii marédianx se hâtèrent d'effuer H mpression produite par ce C&cfaeax débat. Lefeb^re marcha imnlédîlt^ ment sur Balmaséda, rencontra à Guenès on détachement de B!ake, le battit, et Tint faire sa jonction atec Tklor sor remplacement même qu'occapaitlatSTi- «m Vîllatte (S nor/ . Victor prit alors la tête de b poorsnite et s'enfonça dans les gorges des Monts de Biscaye, snr les pas de Blake, forcé de rétrograler. ArriTé à Espinosa, le général espagnol qui avait rèai tonte son armée, réduite par les combats précédais; et par k manque de vivres, à mofns de trente miOe hommes, résolut de tenir ferme dans les fortes positions que lui oâTraient les abords de cette ville. Dl résista avec beaucoup de vigueur aux attaques de Victor, dans la j 3umée du 10 novembre. Mais labtaille ayant recommencé le lendemain, Tépreuvese trouTa au-dessus des forces d'une armée qui était si loin d'avoir la cocsistance et la solidité des troupes régulières. Lorsqu'à la suite d'un combat assez fit les Espagnols virent la division du général Maison enlever à la baïonnette les hauteurs qui étaient la def de leurs positions, tous leurs soldats se débandèrent en même temps, comme il arrive toujours aux hem* mes que n'a pas unis une longue habitude sous le même drapeau; les fuyards se dispersèrent dans ton-

l . N^)0wê:4i i Lefe* vre, 6 nov. 1808 ; i Victor, même jour.

tes les directions, et rarmëe se trouva comme dissoute en un instant. On en tua un assez grand nombre, mais on fit peu de prisonniers. Blake opéra sa retraite sur Reinosa avec quelques milliers de soldats destinés i servir de noyau au ralliement d*une armée qui n'existait plus.

C'était le moment où, selon la promesse de Napoléon, Souif aurait dû s'avancer de Burgos sur Reinosa, pour y prendre ou y détruire les débris de Blake. Mais quelque bien concerté qu'eût été le plan, l'exécution ne répondit pas à la pensée, et ce maréchal ne put pas opérer son mouvement assez tôt pour lui fisiire pcodnire tous les résultats que Napoléon en attendait Pendant que Lefebvre et Victor marchaient contre Blake, Napoléon s'était avancé de Yitoria sur Bargos, pour y faire déboucher à droite et à gauche ses corps d'armée sur les derrières de Blake et de Castaîios. Burgos n'avait pour toute défense que le faible détachement du marquis de Belvéder, montant à environ douze mille hommes. Le marquis ne se porta pas moios au-devant de Napoléon jusqu'à Gamonal, afin de lui barrer le passage* Ses troupes soutinrent le premier choc avec beaucoup d'intrépidité; mais la bois qui couvrait leur droite ayant été tourné par la cavalerie de Lasaile, puis enlevé par rinfanterie du général Mouton, tout se débanda et lâcha pied encore plus promptement qu*à Espinosa. Nos cavaliers» qui pouvaient charger à leur aise dans ce pays de plaine, poursuivirent les fugitifs le sabre dans les reins et enr firent un véritable massacre. Ils pénétrèrent pélemêle avec eux dans la ville de Burgos qui fut mise à ;- (10 nov.)

«31 HISTOIRE !>■ VAPOLAoM r'.

HapolêoD M lançt Sonlt sur Reinota que le 13 «h MBsbre eu miUn. Si ce maréchia était parti k il, owBie il le poo^ait, il 7 serait anîTé à temps pov adisffer la destractioii de Uake; maia par suite deci nted, il n'atteignit Reinosa que le 15, qirèi im ncneilli en chemin des canons et des prisonnin Hake s'était ëchaïqpé FaTant-Teille en se dirvenl av la Tille de Lton, par les chemina afifrenz qu Jobgaslent les montsgnes des Astories. Sonlt ayant miaqmb son bnt principal, alla battre la proTince deSutander et la principauté des Astnries pour y étiUir «n semblant de sonmission qui devait durer bat jnste aussi longtemps que le séjour de son oorpi d'ffmfe dans les localités qu'il trarersait.

La présence de l'Empereur i Buiigos n'adoûdtei rien le sort de cette malheureuse cité, qui fut peoM j plusieurs jours lirrée à toutes les horreurs d'une nb i prise d'assaut. Toqjours fidèle à son système de tin des exemples, N&poléon Toulait soumettre l'Espigii par la terreur encore plus que par les armes, eil laissait impunis tous ces excès que commettent si ftcOement des soldats affamés et d^agés de tout fté^ Les riUes et les bourgs situés sur notre passage, pirt^ cnlièrement Miranda et Briviesca» araient été ravMii comme s*ils eussent été traversés par des hordes à ' sauvages. Quant à Burgos, ces abominations y flirat telles, que la ville fut abandonnée par ses habitaotf : « triste q>ectaclel s'écrie Miot, qui y entra le 1% sivembre, avec le roi Joseph dont il était le conseilla et l'ami. Les maisons presque' toutes désertes et pillies, les meubles brisés et épars en morceaux datf la fange; un quartier situé au delà de TArlanzon ei

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NAPOLÉON EN ESPA6NB. 433

feu; une soldatesque effrénée enfonçaut les portes, les fenêtres, brisant tout ce qui lui faisait obstacle, conspmmant peu et détruisant beaucoup; les églises dépouillées, les rues encombrées de morts et de mourants; enfin toutes les horreurs d'un assaut, quoique la ville ne se fût pas défendue! La chartreuse et les principaux couvents avaient été saccagés. Le monastère de Las Huelgas, le plus riche et le plus noble couvent de femmes de la Vieille-Castille, était converti en écurie ; les tombeaux que renfermaient Téglise et le cloitre avaient été ouverts pour découvrir les trésors que Tavidité y supposait cachés, et les cadavres des femmes qu'ils renfermaient traînés dans la pous • sière, étaient abandonnés sur le pavé couvert d'ossements et de lambeaux de linceuls.... J'ai vu sous les fenêtres mêmes de l'archevêché où l'empereur logeait, un feu de bivouac entretenu par des instruments de musique et des meubles enlevés des maisons pendant toute une nuit. Le rci Joseph essaya quelques représeniationSf mais elles furent mal reçues ^ »

Non-seulement l'empereur était décidé à n'écouter aucune représentation , mais il voulait que le pillage administratif vint compléter les bons effets du pillage militaire. Il fit confisquer à Burgos pour trente millions de laines indépendamment des marchandises wiglaises*. Ce n'était là qu'un commencement. Sous prétexte d'indemniser de leurs pertes les Français résidants, il résolut de mettre la main sur les biens immenses que possédaient les grands d'Espagne,

1. Mémoiret de Miot de Mélito, t. III. 3. Moniteur du 21 novembre ISOS.

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