‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 4 sur 310 · UN MOUVEMENT NATIONAL EN 1803. B · texte numérisé non relu

UN MOUVEMENT NATIONAL EN 1803. B

figurer dans ce monotone défilé et apporter son double contingent d'injnres et d'adulations. Mais le ton oniforme de ces productionS| leur invariable obséquiosité, la discipline circonspecte et étudiée qu'elles observaient au milieu de leurs prétendus élans d'enthousiasme, sentaient le mot d'ordre et trahissaient leur origine. Cette explosion de colère officielle et de dévouement imposé laissait froids les esprits clair- Yoyants» mais le contre-coup s'en communiquait peu i peu aux masses populaires, habituées de longue main à recevoir l'impulsion du gouvernement au lieu de la lui imprimer. La mise en scène de cette agitation avait d'ailleurs été conçue et préparée avec l'art incomparablede ce maître en coups de théâtre. Il avait tout combiné de façon que Teflet allât crescendo jusqu'à ce qu'il eût atteint son point culminant. Au moment où le mouvement des adresses commençait à s'épuiser et à se ralenth*, après avoir rempli les colonnes du Moniteur pendant tout le mois de juin 1803, on vit tout i coup la procession de « messieurs les évéques > succéder au défilé des fonctionnaires. Après avoir fuit appel au sentiment patriotique, on s'adressait au sentiment religieux. L'agitation des mandements et des prières publiques vint continuer et soutenir celle des adresses. Les évéques avaient été nettement invités, par une courte circulaire émanée du cabinetdu Premier Gonsul',àordonner des prières pour le succès de la guerre contre le roi d'Angleterre, < qui violait la foi des traités en refusant de rendre Malle à tordre de Saint-Jean de Jérusalem. » Malte était en

l. En date do 7 juin 1S03.

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eflét un bien d'Oise. MaîA étaitrCi bien au premier spoliateur de Tordre de Malte d'oser se faire un argument de ce refus de resiibitioiii ? Ils obéirent à cette invitation arec un zèle inespéré, en employanit leur ministàre de* paix i transformer cette guerre en croisade. La plupart de ces vénérables personnageSi avaient été accueillis en Angleterre pendant Témigra* tion ; ils y avaient trouvé non-seulement aaile et protection, mais les secours et les égards les plus généreux; ils avaient mangé pendiuit dix an» le pain de rbospitalité britannique. Ils en téoioignaieot aujourd'hui leur reconnaissance en appelant tous les fléaux de Dieu sur lé peuple qui les avait nourris. Ua prêchaient la hûne et la fureur ; ils invoquaient Ib ciel, ils soulevaient les populations en faveur d'une guerre dont ils étaient mieux à même que personne de connaître Tieiquité; ils trompaient sciemment les Ames simples qui se confiaient à leur parole. Mais ne fallait-il pas payer au nouveau ConstanUn le prix du concordat? Tels étaient les fruits édifiants de cette réconciliation tant célébrée de TËglise avec TËtat.

Lorsque les appels belliqueux de ces &mes évangéliques eurent cessé de se faire entendre^ l'agitation recommença de plus belle au moyen de Tenregistrement des dons volontaires, offerts phis ou moins spon tanément par les départements, les communes et les particuliers pour aider le gouvernement à subvenir aux frais de l'expédition dirigée contre l'Angleterre Ces offrandes, bruyamment divulguées par le Moniteur ^ consistaient soit en sommes d'argent, soit en constructions navales de toute forme et de toute grandeur ; elles étaient accompagnées de nouvelles invec-

Ulf ■OUTSUiBIIT MATIOHAL M 1803. 15

tives patriotiques dont k violence était d'autant plus accentuée que ebet les tns l'eicitation commençait i devenir mncère, tandis qm'elle se compliquait chea les intres de toute la mauvaise bnmenr de contribuables eiaspérés de ce surcroît de charges imprévues. Ces àemiers^ dans Timpossibilité d'exhaler leur ressenti* inent contre les véritables auteurs de leurs maux, étaient bien aise de pouvoir s'en prendre à la perfide Albion.

Pour se ftdre une idée ^mcte dn retentissement de ces manifestes pleins de haine et de colère contre le peuple qu on appelait notre kernel mnemi, contre son insetence et sa /bî prniiqm, contre cette grande nation unsrmentée du spleen et oeuTanlaveuglémerU à sa perte^, poor bien juger de TeSEft qu'ils devaient produire sur un peuple dbez qui il n'était que trop facile de réveiller iei passions guerrières et les antiques préjugés Bstiooaiu, il importe de se rappeler qu'à la tribune comme dans la presse, on n'entendait plus en France qu'une seule voix, ceUe du gouvernement et de ses créatures. La situation de la prêt se était à cet égard plus humiliante et plus déplorable encore que celle des assemblées publiques. Une simple statistique en dira pins long sur ce triste éta4 de choses que la plus éloquente disseriatton. Des douze journaux auxquels l'arrêté consulaire de l'an viu avait réduit la presse de Paris, il n'en restait plus aujourd'hui que h%Uj grâce aux nouvelles suppressions ordonnées par Bonaparte, et ces huit journaux comptaient un nombre total de diX'hvU mille six cent trenu abonnis! Ge chiffre signifi-

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