‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 30 sur 310 · Bonaparte à Régnier, 3 octobre · texte numérisé non relu

Bonaparte à Régnier, 3 octobre

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Voil& coflunentrhomme qui devait être plus tard le ÊBDsiblt philanthrope de. Soiote^HélèBe, se croyait le droit de traiter use femme de génie dont le nom virra aussi longtemps que notre langue et doat le seul tort était d'aimer la liberté et d'avoir uoe âme fière. £d revanche il pensionnait Mme de Genlis, dont le trèe-médiocre esprit façonné de longue date au habitodeade la haute domesticité, n'avait pour lui que des adulations. Des mesures d*un caractère plus général Tinrent compléter l'effet de ces rigueurs en leur donnant tonte la portée d'un système. Des persécutions individuelles peuvent se ralentir, mais une institution demeore ; la plus marquante de ces mesures fut la réorganisation de l'Institut. On a déjà vu ce que Bonaparte entendait par réorganisation ; c'était avec ce mot remplacé parfois par celui d'épuration, qu'il avait tué tout ce qui avait dans TËtat une ombre d'indépendance et de vitalité. La réorganisation de l'Institut n'avait pas d'autre but que la suppression de la classe des sciences morales et politiques^ dernier asile de ce

qu'il appelait l'idéologie, c'est à-dire de la libre discussion appliquée à un ordre d'idées qui lui était odieux. Morales et politiques? Qu'entendait-on par ces expiassions malsonnantes? que la politique avait quelque chose à démêler avec la morale? Et par ce mot de science? qu'eUe admit des principes^ c'est-à-dire des droits et des devoirs? qu'il y eût des vérités éternelles en dehors des faits et au-dessus des atteintes de la force brutale? Il était urgent de ne plus laisser s'accréditer des erreurs si dangereuses et de disperser cette espèce de tribunal philosophique. Cette classe tactieuse fut en conséquence supprimée; et on ne laissa

subsister à Tlnstitut que les quatre classes comprenant les différentes sciences positives, les beaux-arts, la littérature et enfin l'histoire, science suspecte qu*on avaitbanniede l'enseignement tt qu'on s*abstintde proscrire tout à fait par un respect mal entendu pour les préjugés du siècle. Les membres de l'Institut reçurent un traitement de quinze cents francs, qui avait ce semble, moins pour but d'assurer leur existence que de leur rappeler leur valeur relative dans l'État. La création des sénatoreries venait d'ajouter un supplément de vingt -cinq à trente mille francs aux traitements des sénateurs. 11 y avait dans ce simple rapproche* ment de quoi pénétrer les littérateurs et les savants de la modestie de leurs fonctions.

Quarante membres représentaient l'ancienne Académie française au sein du nouvel Institut. On peut s'élonner de ce que Bonaparte qui a tant emprunté à Tancien régime, n'ait pas songé à rétablir purement et simplement cette académie elle-même. Cette institution ne s'était en effet jamais montrée l'ennemie du des-

polisme. Formée par la monarchie et pour la monarchie, éminemment favorable à l'esprit d'intrigue, de vanité et de courtisanerie, dépourvue de sérieux et de haute ambition, incapable d'une tâche collective et suivie, étrangère à ces grands travaux poursuivis en commun qui légitiment si glorieusement l'existence des corporations scientifiques, occupée exclusivement de minuties et de futilités qu'elle a l'art d'ennoblir, fatale à l'émulation, qu'elle prétend développer, parles compromis et les calculs qu'elle lui impose, dirigée en toute chose par de petites considérations et dépensant toute son activité dans ces tournois puérils où les

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flatteries qo*on a pour autrui ne sont que la rémunéra* tion anticipée des compliments qu'on attend pour soimême, rAcadémie française semble avoir reçu de ses fondateurs la mission spéciale de transformer le génie en bel esprit, et Ton pourrait à peine citer un talent qu'elle n'ait pas diminué. Elle a toujours eu quelque chose de ce sénat que rêvait Siéyès ; lorsque par hasard elle couronne un homme de génie, c'est pour V absorber^ aussitôt qu'elle a pris possession de lui, elle l'énervé, l'endort et l'éteint. Attirée malgré elle vers la politique, elle la recherche et la fuit tour à tour , mais elle en aime surtout les commérages; et lorsqu'elle s'émancipe jusqu'à l'opposition, c'est en gardienne zélée des vieux préjugés. Si Ton examine son influence sur l'esprit national, on reconnaîtra qu'elle lui adonné une souplesse, un brillant et un poli qu'il n'avaitpas, mais aux dépens de ses mâles et fortes qualités, aux dépens de son originalité, de sa vivacité prime-sautière, de sa vigueur, de son allure franche et hardie, de ses grâces naïves. Elle l'a discipliné, mais amolli, appauvri et immobilisé. Elle a pour idéal l'agrément, et ferait volontiers de la littérature une dépendance de Y Art de plaire. Elle voit dans le goût non le sens du beau, mais un certain type de correction qui n'est qu'une forme élégante de la médiocrité. Elle a substitué la pompe à la grandeur, les procédés d'école à l'inspiration personnelle, la recherche à la simplicité, l'élégance étudiée au naturel , la fadeur et la monotonie des orthodoxies littéraires à la variété, cette source du renouvellement intellectuel, et dans les oeuvres nées sous son inspiration on découvre le rhéteur et l'écrivain, jamais l'homme.

ni. T

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Par son esprit, par îes traditions, par tous ses précédents historiques, l'Académie française était faite pour être l'ornement naturel d'une grande société monarchique, le complément indispensable de ses institutions. Richelieu l'avait conçue et cr^ée comme une sorte de centralisation supérienre appliquée aux choses de l'esprit, comme une espèce de haute cour litféraire destinée à maintenir l'unité intellectuelle, k sévir contre les innovations : elle arait justifié sa confiance en condamnant les hérésies du Cid, et elle était restée depuis lors la personnification mémo de la littérature d'État. A tous ces litres l'Académie avait, àplas d'une reprise, attiré l'attention de Bonaparte, qui était fait plus que personne pour aiiprccier les ava.ntages d'un mandarinat suprême dans tout despotisme bien organisé ; il avait ét^ sur le point de la rétablir dans ses anciens privilèges. Mais les Quarante avaient contre eux une chose que le Premier Consul détestait i l'égal de la liberté, c'était l'esprit. L'cspril frondeur, l'esprit aimable et charmant de la nation française avait eu pendant fout le dix-huitième siècle ses représentants les plus brillants à l'Académie, tt l'ancien régime, quelque ombrageux qu'il fût, l'avait noTi-seulement laisîé rivre de bonne gr4co. ma!» pomblé de faveurs cl de bienfaits. Nos rois par la grflce de Dieu savaient du moins supporter un bon mot, et n'avaient pas l'inquiëte susceptibilité des parvenus. Bonaparte qui ne pouvait soulTrir Tesprit, cet Éternel sceptique, ennemi né de la fausse grandeur, mortel au charlatanisme, et qui le persécutait jusque dans les réunions inofTensives des salons de Pari», n'avait garde de lui rendre l'espèce de cour où il avait

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régné avec tant d'éclat L'Académie rédaita au rôle niodeste d'one clane de l'Institut, mais ne possédant ni l'utilité de sa nouvelle condition ni le prestige, Faotorité et les agréments de sa situation première, put vivre dans un demi-jour mystérieux en regrettant ses anciens honneurs^ mais sans oser recourir i la consolation qui d'ordinaire lui fait supporter ses diagràces avec une parfaite philosophie, la consolation de l'épigramme.

La réorganisation de llnstitut précéda de peu de temps une autre réorganisation , qu'on pouvait croire coQsommée après tous les changements qui avaient été déjà introduits dans les prérogatives des assemblées publiques ; mais il semble que sous ce rapport, rien ne pût satisfaire Bonaparte jusqu'à ce que, de réorganisation en réorganisation, il les eût complètement anéanties. L'épuration du tribunat semblait avoir épuisé la mesure des améliorations destinées à annuler le Corps législatif. Il n'en était rien pourtant. Le 7 janvier, à Fouvertope de la session de 1804, le gouvernement vint notifier à cette assemblée un sénatus« consulte organique, ayant pour but, disait-on, de lui rendre enfin l'éclat et l'importance qui étaient dus à sa haute mission. Le Premier Consul voulait se mettre désormais en communication directe avec les représentants de la nation; le sènatus-consulte statuait qu'il ferait en personne et avec le plus grand appareil Touverture des sessions législatives ; il s'y présenterait entouré de douze sénateurs, et mettrait, pour ce jourlà, son gouverneur du palais et sa garde consulaire à la disposition de l'assemblée. Ces immenses concessions, que le gouvernement annonçait comme des-

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tinées à ouvrir une ère nouvelle, étaient accompagnées de quelques dispositions de détail qui en précisaient nettement le sens et la portée. Le Premier Consul voulait faire au Corps législatif l'honneur d'élire lui-même son président sur une liste de cinq candidats ; il poussait la bonne volonté jusqu'à vouloir aussi nommer les questeurs, et enfin il mettait le comble à ses faveurs en décidant < que, lorsque le gouvernement ferait une communication au Corps législatif, celui-ci pourrait délibérer sa réponse en comité secret. > Afin qu'il n'y eût pas d'équivoque au sujet de cette disposition , Treilhard prit soin de la préciser : « Vous pourrez, dit-il, offrir au gouvernement, qui vous aura interrogés (c'est-à-dire lorsqu'il vous aura interrogés!}, le tribut entier de vos sentiments et de vos lumières. • Il s'attacha ensuite à démontrer tous les avantages de la nomination du président parle Premier Consul. < Cette nomination serait plus solennelle, les fonctions de président plus durables, sa dignité plus imposante. > Boissy d'Anglas re-

mercia le gouvernement de tant de bienfaits, quoique ses collègues fussent en réalité fort peu charmés; mais le résultat le plus clair de ces belles paroles fut la nomination de Fontanes, qui n'était nullement agréable à la majorité du Corps législatif, et n'avait eu que 88 voix sur 239 votants. Le nouveau président se bâta de témoigner sa reconnaissance en saluant i'avénement d'un temps meilleur pour nos assemblées publiques : « La liberté , s'écria-t-il dans une sorte de transport, revient dans les assemblées nationales sous les auspices de la raison et de l'expérience ' ! »

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