‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 41 sur 310 · Booaparte à Talleyrand, 16 février · texte numérisé non relu

Booaparte à Talleyrand, 16 février

sainteté a quelques renseignements et fils en Irlande, et de quelle manière elle y influe sur les catholiques. » L'évéque d'Orléans rivalisa de zèle avec Fouché. Celui-ci venait en amateur s'informer du résultat des rediercties et donner son avis sur la direction à suivre; et comme ses renseignements se trouvaient presque toujours plus justes que ceux du grand juge :

« Vous vous occupez donc toujours de police ? lui disait Bonaparte avec une sorte d'admiration.

— Oh! répondait modestement Fouché , j'ai consenré quelques amis qui me tiennent au courant. »

Cependant les prisons se remplissaient d'hommes arrêtés; il était impossible que, parmi tant de cerveaux faibles ou exaltés, il ne se trouvât pas quelqu'un pour livrer, en les dénaturant, les projets réels ou imaginaires de la conspiration, et surtout pour constater le fait auquel on tenait le plus, à savoir la réalité de rapports récents, quels qu'ils fussent, entre Pich^gm et Moreau. Cet incident inévitable et prévu se produisit dans la nuit du 13 au 14 février. Un des lieutenants de Georges, Bouvet de Lozier, homme à l'imagination impressionnable, essaya de se soustraire par on suicide à l'horreur de sa situation. Rendu malgré lui à la vie, grâce à l'intervention de ses gardiens, il fit le lendemain, en présence de Real, la déclaration fameuse qui devait perdre Moreau. Sa déposition, évidemment arrangée par Real*, était un exposé assez fidèle du

1. n «uffit, pour le démontrer, de citer les premières lignes de U déposition de BouTet : « C'est un homme qui sort des portes du tombeau, encore couvert des ombres de la mort, qui demande vengeance de ceux qui par leur perfidie l'ont jeté lui et son parti dans Tabime où il se trouve . »

HISTOIRE DB NAPOLJfOlf r*.

piau délierai de la conspiration, tel que pouvait le couiujùti^ et le concevoir un acteur gubalteme. Il racontait les allées et venues de L^jolah de Paris à Londres» le débarquement de Georges et de Pichegru, 1« projet de Monsieur de passer en France pour se mettre à la tête du parti royaliste; il attestait, en outre, un événement capital pour ceux qui voulaient exploiter le complot contre Moreau, l'entrevue de ce général avec Pichegru et Georges sur le boulevard de la Madeleine. Hais indépendamment de la réalité du fait, qui par lui-même ne prouvait rien, quelles charges positives contenait contre Moreau cette déposition accusatrice? Chose étrange, presque impossible à croire, quand on considère l'usage qu'on allait en faire contre lui, elle l'accusait précisément dCcnoir fait éclioner le complot par son opposition 1 < Horeao, disait Bouvet de Lozier, avait promis de se réunir à la cause des Bourbons. Les royalistes rendus en France, Moreau se rétracte. Il leur propose de travailler pour lui et de le faire nommer dictateur K » Et quelle preuve donne-t-il de ces prétendues promesas do Moreau? Aucune, si ce n'est les assurances que Lajolais a portées à Londres sans mandat. Avant peu d'ailleurs, Bouvet devait reconnaître lui-même qu'il y avait cru sans preuve et qu'il n'y croyait plus. QueUe preuve do cette autre affirmation, encore plus inviaîsoniblable, que Moreau a proposé aux royalistes de le nonnnor dictateur? Aucune, si ce n*est ses propres coiyectures fondées sur le refus de Moreau d'entrer dans le complot. Au reste cette déposition même, qui!

t. Déclaratloa do DouTct.

devait rétracter plua tard| contenait ces propres paroles : < L'accusation que je porte contre Moreau n'est appuyée peut-être que sur des demi-préuves. > Des demi-preuYesI il n'en fallait pas tant pour perdre celui qn*il accusait

Le seul point de fait clairement établi qui résultât de la déclaration de Bouvet de Lozier^ c'est que les coiyurés avaient compté sur Moreau et que Horeau rafiisait obstinément de les servir, ce qui avait jeté parmi eux le trouble et le découragement. Était- ce là me action dont on pût lui faire un crime ? Y avait-il là un motif suffisant pour déshonorer le premier générai de la république? Dans tout ce que Bouvet lui imputait, ses promesses seules eussent constitué un tort moins envers le Premier Consul qu'envers les royalistes qu'elles auraient attiré dans le piège; mais avant d'admettre un fait aussi contraire au caractère connu du général Horeau, ne convenait-il pas d'en établir la réalité, au moins par quelques apparences? POuvait-on croire que Moreau, aspirant à la diclature, allait la demander aux Bourbons après les avoir trompés? Pouvait-on supposer un instant qu'un homme, qui n'était pas un aliéné, pût se servir d'un pareil subter* fiige? et celui qui était censé l'employer ici, était le vainqueur de llobenlinden ; c'était le seul général qui n'eût jamais trempé dans aucune intrigue politique; c'était l'homme qui avait repoussé les offres de Siéyès avant le 18 brumaire! Bonaparte a senti lui-même l'invraisemblance du prétexte dont se ser\'it sa liaine. ei. ii s'est efforcé, selon sa coutume, d'accréditer à cette occasion une fable qui a été jusqu'ici admise sans examen. U s'est représenté lui-même comme ne pouvant croire à

-— -lit TE IfAPOLÉON 1".

.,.. ^ j^j^r^aOi et résistant aux sollicitations

* ***! . If irps*'**** ^® ^® '^^^® arrêter. Il s'y refusa,

. * toïipÎB*^^'"^ jours, et répondit en fin de

' *' ■ ' j^-ç instances : t Eh bien I prouvez-moi que

"!*^*^ «?i ^^9 ^^i^ ^^S^^ l'arrestation de Moreau! » 7* '/", j^ jtait dû, pour prendre ce parti extrême,

* vkxviï* * ^^ propres sentiments I Et il ajoutait .^ ^ j'y tétait décidé qu'après avoir obtenu d'un frère

ir IV>Ï^ ^^ certitude de la présence de ce général

* ^rris ce qui l'avait forcé de se rendre à l'évidence. ^ïn r^Q^ demander d'abord qui pouvait avoir un si

gjgtii intérêt à perdre Moreau, parmi les familiers du l^'jnier Consul, pour solliciter avec tant d'ardeur son j^ri^station ; il était disgracié, vivait dans la retraite ft ne portait ombrage à personne. Bonaparte seul le baissait, parce qu'il voyait en lui son successeur désjgné et son rival de gloire. On cherche vainement ensuite ce que la présence de Pichegru ajoutait aux charges qui pesaient sur Moreau. Qu'il y eût eu entre eux un raccommodement, on le savait depuis la saisie des papiers de l'abbé David; ce n'était point là un fait nouveau ; mais que, malgré la présence de Pichegru à Paris et malgré les souvenirs de leur ancienne amitié, Moreau eût refusé de servir la conspiration, comme Bouvet le lui reprochait si amèrement, ce n'était certes pas là une circonstance de nature i aggraver sa situation, puisqu'elle le justifiait de tous les soupçons qu'on avait pu concevoir contre lui. Ceci n'est rien encore. Bonaparte affirme avoir hésité plusieurs jours avant de se décider à faire arrêter Moreau , après la déposition de Bouvet de Lozier; or, cette déposition fut faite dans la journée du 14 fé-

Trier, et Tarrestation fut décidée dans un conseil tenu le soir même^ Il affirme n'avoir pas voulu le signer avant de s'assurer de la présence de Pichegru à Paris; or il y a mille preuves qu'il connaissait depuis plusieurs jours non-seulement la présence de ce général, mais même les maisons dans lesquelles il avait séjourné. Dès le 13 février, il écrivait à Soult f qu'il était depuis huU jours à la poursuite de Georges et de sa bande, que Pichegru était avec Georges, et qu'il savait où ils avaient couché le dimanche précédent. > Le même fait est constaté un peu plus tard par le Moniteur lui même, qui ne pouvait prévoir de si loin le singulier alibi que Bonaparte devait invoquer un jour : * Ce n*est que depuis le 8 février, dit ce journal, que la police a su que Pichegru est dans la capitale, et s'est mise à sa poursuite '. > Il est fort probable qu'elle l'avait sa avant, mais sans avoir à cet égard des données assez positives pour pouvoir suivre ses traces.

Ainsi tombent les inventions imaginées par Bonaparte pour justlGer une mesure qui ne peut s'expliquer que par l'impatience de sa haine. Régnier, qui fut chargé d'interroger Horeau après son arrestation, avait ordre de lui proposer de le conduire sur le-champ auprès du Premier Consul, s'il voulait consentir à racheter par un aveu spontané les torts qu'on lui attribuait, et l'on n'a pas manqué de faire ressortir, d'après les Mémoires de Sainte-Hélène^ tout ce qu'il y avait de clément dans cette offre et d'endur-

1. La date de la déclaration de Bouvet est établie par l'acte d'accusation et les pièces du procès. Quant à Tordre il fut décidé le soir du 14 et signé le lendemain matin: Bonaparte à Régnier, 15 féirier 1804.

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