‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 60 sur 310 · Pelel de U Lozère · texte numérisé non relu

Pelel de U Lozère

148 HISTOIRE DB NAPOLÂON T'.

toujours fait le malheur de la France!... Quant & l'opinion publique, il fallait respecter ses jugements, mais mépriser ses caprices.... Au reste, il avait cinquante mille hommes pour faire respecter la volonté de la nation! • Il entra ensuite dans des explications sans fin que personne ne lui demandait; puis comme irrité du mutisme obstiné qu*il trouvait autour de lui, il leva brusquement la séance. Les journaux eurent l'ordre de se taire. Le Moniteur eut ce jour-là et le lendemain, 22 mars, une physionomie à part, pleine de mystère, de douceur et de componction. Le 21 mars, il débutait par une lettre du pape Pie YII ^ à son trèsxher fils en Jés^is-Christ Napoléon Bonaparte » au sujet des églises d* Allemagne, témoignage d'affection précieux à faire valoir auprès des âmes pieuses dans ces circonstances difficiles. Il ne contenait pas un mot au sujet du tragique événement qui était dans toutes les bouches. Une courte note apprenait toutefois au public l'existence de rassemblements d'émigrés sur la rive droite du Rhin, « encombrée de ces nouveaux légionnaires. » Sans nommer le duc d*Enghien, elle disait « qu'un prince BouVbon, avfc^on état-major et quelquet bureaux, était fixé sur ce point d'où il dirigeait le mouvement. » Honteux mensonge, calculé pour prépara l'opinion, car on avait depuis plusieurs jours la liste nominative des huit personnes parfaitement inoffensives qui se trouvaient auprès du prince *, et il fallait une singulière audace pour les transformer en un état-major et en bureaux d'enrôlement. Le lendemain

l. Celaient avec Thumery, le colonel Gninstein, deux abbés, un lecrétairc^ trois domestiques. — Rapport de Chariot.

MORT DE PICHBGRa. 149

SS mars, c'est encore par une pièce de la piété la plos édîGanteqne débute le journal odiciel; il est de plus en plos confit en dévotion. Cette fois, c'est l'évéque de Cootances qui vient se porter garant des sentiments religieux du Premier Consul. Au milieu d'une messe solennelle demandée par les vétérans pour remercier Dieu de la découverte de la conspiration, l'évéque a proposé en exemple à ces militaires la foi exaltée du nouveau Constantin : « Soldats, leur a-t-il dit, ne l'oubliez jamais ce Dieu que le vainqueur de Uarengo adore, ce Dieu devant qui on l'a vu dans la cathédrale de Milan courber son front couronné par la victoire ! etc. > Après ce prélude plein d'édification et ù la suite des nouvelles du jour, à la place la moins apparente de la feuille officielle, on trouve un document qui semble rejeté là comme quelque pièce historique insignifiante, sans préparation ni réflexion^ ni rien qui attire les yeux, c'est le jugement de la commission militaire contre le nommé Louis-Antoine-Henri de Bourbon, duc d'Enghien. Et pour achever de caractériser tout ce qu'il y avait eu de perfidie et de préméditation dans cet arrangement, ce jugement même était un faux. L'arrêt original porté à la Malmaison par Real avait paru trop brutal dans son éloquente brièveté, et l'on y avait rétabli quelques formules et quelques semblants de formes judiciaires.

L'émotion produite par la mort du duc d'Enghien commençait à peine à se calmer, lorsque le 6 avril on apprit que le général Pichegru avait été trouvé étranglé dans sa prison. « Le 5 avril, vers onze heures du soir, raconta le Moniteur^ Pichegru ayant pris un fort bon repas, se couclia vers minuit. Le garçon de cham-

150 HISTOIRB DB NAPOLÉON I*'.

bre qai le servait s*étant retiré, Pichegru tire de dessous son chevet, où il Tavait plaeée, une cravate de soie noire dont il s'enlace le cou. Une branetae de fagot qu'il avait mise en réserve tui aide alor» à eiécuter son projet de suicide. Il introduit ce bâtoa dans les deux bouta de sa cravate assujettis par an nieud. Il tourne ce petit b&ton près des parties glandulaires du cou autant de fois qu'il est nécessaire de le faire pour clore les vaisseaux aériens; près de perdre la respiration, il arrête le bâton derrière son oreiUe et se couche sur cette même oreille pour empêcher le bâton dé se relâcher. PichegrUi naturellement replet, sanguin, suffoqué parles alimyents qu*il vient de peea*dre et par la forte i»*ession qu'il éprouve, expire pea^ dant la nuit. »

Ce récit, précisât circonstancié ccMinie a'il avait été écrit par un témoin oculaire^ n'était nullement propie à prévenir ou ài dissiper les soupçons qu'un tel événement devait faire naître* Il a le tort trè»-ttdieux en pareille circonstance de vouloir trop prouver. Pour quiconque sait^ par example, ce que l'agonie produîie par la strangulation a d'angoisses et de convulsioai^ il est difficile d'admettre que Pichegru, dans ce moment suprême où le mouvemeuit survit à la conscience ei à la volonté, ne se soit pas involontairement débatte ei soit resté jusqu'au bout immobile, couché sur Vomik^ pour empécïter le bdton ds sù relâcher, selon l'intention qjae lui assigne, avec une si imperturbable assurance^ l'auteur de cet étrange procès-verbal. D'autres particularités suspectes pouvaient être relevées soit dans le rapport des chirurgiens nommés pour visiter le corps, soit dans la déposition des gardiens. Les chirur-

VORT I>B PtCHKCRU. 151

giftBf eoBMènBk que Pichegra avait sur la joae gauche < une égratigoiire' transversale d'environ six centimèlreft*, • etîls rattribuaient au mouvement notoire du bâton, chose aases peu vraisemblable si ce mou* Temart avaH éM produit par le général lui-même. Cette bratalité attestait l'interventibn d'une main étnagère. Écoutons maintenant le gardien de service anprès de Fichegm. n déclare « être entré le matin dans la diembee de Pichegro pour y allumer du feu, et ^Mf na FenUmdant Hwl9 i^oyanl remuer^ et craignant fu'il ne fui œrrwé qmtlqui amdmt^ il est allé sur-tecfainip préfeiwr k dloyen Fauconnier, le concierge du Tem|deS » sans autrement vérifier si sa supposition est foadée ou non, sans voir ni mentionner aucun des détails d'une soène qui était si bien faite pour frapper ses yeux. Et chose non moins extraordinaire, ce vagae rapport < qu'on n'a pas entendu Pichegru remuer » suffit au geôlier Fanconnier, il n'a pas besoin d'un pins ajBple iaformé; sur ce simple renseignement il court tout dreîtchea te colonel Ponsard et chez le juge d'instruction Thorîet*..

Le ifontiaur revint encore sur la mort de Pichegru ; il iBCOOta « que le soir Pichegru avait demandé un Simèqmej et <|B'aiifr»Bt ce Kvre à la page où le philosophe dispvte sur les iralheurs de la vie et le passage iadle h rét?rratéy Pichegro avait essayé le suicide. > Real et ses amis raeontèremt de leur côté que Pichegru avait emprunté ce Sénèque à Real plusieurs jours auparavant, et qu'il le laissa outert à la page où le

Page 1