‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 7 sur 310 · Bonaparte à Régnier, 3 juin · texte numérisé non relu

Bonaparte à Régnier, 3 juin

18 HISTOIEK DE SAPOLiOV I*'.

qtt'i la chute de l'empire. Ge n'était plus là du despotisiiie même 4 la fliçon de rantâeo régime. Pour trou* ver quelque chose d'analogue il IdSaitreculer josquli la barbarie asiatique.

La France ne lisait donc en réalité qu'un seul jour«> naly le Monkewr, et ce journal, è l'époque de la rup« ture avec l'Angleterre, ne fut rempli durant des mois entiers qœ d'actaktlons abjectes à la louange d'un seul homme, et d'insultes sanglantes à Fadresse de la nation qu^l voulait perdre. Quand on songe à tx>ut ce que Bonapaote avait fait jusque-là pour préiMirerle terrain, on est porté à croire qu'il dépassait la mesure et s'exagérait fos difficuhés. H n'en Allait pas tant en effet pour mener à bonne Su le double objet qu'il araît eii vue, je veux dire son ététation à f Empire, et k prédominance définitive de l'esprit militaire et du système de la conquête. Pour réaliser le premier de oes faits, il n'y avait qu'un mot à changer en tète de la constitution; quant au second il y travaillait depuis rétablissement du Consulat, et il pouvaitle considérer comme aussi facileàconsommer, témoin Tardeur guerrière qui allait grandissant chaque jour, grâce à ses excitations et au souvenir de ses merveilleux succès. Il résolut d'accélérer encore ce nH)uvement en se mettant en communication directe avec les provinces qiie leur situation géographique appelait à prendre la principale part à la lutte contre l'Angleterre. Indépendamment de l'utilité d'inspecter le littoral de l'océan, de Boulogne i Anvers, et d'imprimer une activité nouvelle aux pré* paratifs maritimes, ce voyage lui offrait l'avantage de faire converger sur Paris trop froid les échos de

UN MOUTsasirr vatioral im 1803. (9

renthoasiasme provincial si facile à surprendre, si prompt à se donner à tout ce qui a les apparences de la force, du pouvoir et de la grandeur. Les popula* tions belges, animées d'un sourd mécontentement, seraient gagnées à leur tour par la conUgion de Tivresse aniverselle, éblouies par le prestige de tant de gloire et de puissance.

II était parti le tk juin pour eiéeuter ce voyage d'enviroo deux mèis, qui ne devait être qu^une longue OTition. Pwtout les populations accouraient sor son passage pour voir rhcnune eitraordincûre dont les exploits, la fortune inouie avaient déjà si vivement frappé leur imagination. Les villes envoyaient aunievant de hii leurs magistrats qui lui apportaient les clefs, selon l'antique cérémonial usité avec les rois, il traversait la cité sous d^s arcs de triompiie, entouré des escortes d'honneur qui étaient venues à sa rencontre ; il se rendait d'ordinaire à rh&tel de ville, b travers les rues jonchées de fleurs, s*informait avec ane habile ostentation des besoins à satisfaire, des améliorations à réaliser; il en faisait dresser devant lui le devis, puis repartait après un court séjour, en laissant comme souvenir de son passage le plan de quelques travaux d*utilité publique ou d'embellissement, destinés le plus souvent à rester à l'état de projet Le thème obligé de toutes les harangues prononcées dans ces solennelles réceptions était plus que jamais la guerre à l'Angleterre, et les têtes se laissaient d'autant mieux gagner parle vertige qu'on roulait leur coomiuniquer^ que ce mot de guerre sans cesse prononcé au milieu des iétes et des banquets aoffrait à Tes^ffit que des idées de gloire, de grandeur

et de prospérité au lieu des images funèbres qu'il évoque d^ordinaire. La conquête semblait ne devoir être qu'une sorte de promenade triomphale. Personne ne pouvait mettre en doute le succès d'une entreprise inaugurée avec tant d'allégresse, et la ville d'Amiens, anticipant sur les victoires futures, n'hésita pas à placer au-dessus de la porte par laquelle sortit le Premier Consul un arc de triomphe au front duquel on lisait cette inscription : Chemin de r Angleterre! C'était bien là en effet le chemin que venait de prendre Bonaparte en déclarant cette guerre funeste ! ce chemin qu'il ne devait plus quitter^ ce chemin qu'il continuait à suivre à son insu lorsqu'il entrait en conquérant à Vienne, à Berlin, à Moscou, allait être à la fois plus long qu'il ne le supposait, et illustré par des miracles sans nombre ; mais à l'extrémité de cette avenue triomphale, si son œil eût pu percer les ténèbres de l'avenir, il eût aperçu avec épouvante, non la victoire qu'il rêvait, mais le Dellérophon immobile et attendant son hôtel

Lui cependant ne partageait en rien l'ivresse qu'il encourageait chez les autres. Laissant ces âmes légères exhaler l'enthousiasme et les confiantes illusions qu'il se proposait d'exploiter en les dédaignant, il était tout entier à ses combinaisons politiques et militaires, et n'attendait son succès que d'elles seules. Il surveillait surtout d'un œil attentif le développement des préparatifs de l'expédition. La France s'étdit comme transformée soudainement en un vaste chantier maritime. En présence de Timpossibilité d'entasser dans nos ports de l'ouest toutes les constructions navales dont on avait besoin, on les avait

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