LE CAMP DB BOULOGNE
distribuées dans tontes les villes de l'intérieur comma- Diquant avec les affluents de TOcéan, soit par un cours d*eaUy soit par un canal ; ce qui avait le double ivantage d'éviter l'encombrement et d'alléger la tâche m la divisant. Le Premier Consul avait conçu l'ambîcieuz et démesuré dessein de créer une flottille issez nombreuse pour jeter d'un seul coup cent cinquante mille hommes sur les cétes de la Grande- Bretagne. Jusque-là les divers projets d'invasion mis en avant, soit par le Directoire^ soit par Bonaparte lui-même, n'avaient été que des épouvantails que personne n'avait pris au sérieux. Cette fois il ivait résolu de réaliser la menace qu*ii avait faite à lord Whitworth ; il s'y était déterminé contre Taris de tous les hommes compétents, et il portait dans la poursuite de celte chimère, qui n'était guère moins folle que colle qui lui fit entreprendre plus tard l'expédition de Russie, la précision, le froid :alcul, l'acharnement méthodique qui rachetaient si souvent dans la prati {ue ce que ses plans avaient i'insensé comme conception. Quelque insurmontables que fussent les difTicultés inhérentes à ce projet, il suflieait qu'il se fût empiré d'un esprit tel que le sien pour prendre des proportions sinistres et effrayantes. Nos marins les plus expérimentés, Decrès, le ministre de la marine, l'amiral Ganteaume, Villeneuve, Bruix lui-même, ne croyaient pas ou croyaient peu i la possibilité du succès ; ils s'efforcèrent tour à tour de le détourner de son entreprise. Ils estimaient que, possédant aujourd'hui, grâce à nos conquêtes, une immense étendue de côtes, disposant des ports de la Hollande, de ceux de la Lîgurie, de la Toscane, et au
Desûfîn de l'ItaKe entière^ ayant dans nos mains les ressources d'un si vaste empire, il était plus sûr et phis sage d'en profiter pour rétablir peu à pen notre marine déjà renaissante, et d'attendre ainsi le jour où ses forces lui permettraient d'affronter de nouveau U mariie anglaise selon la méthode ordinaire des guerres maritimes. Mais un pareil plan promettait des résultats trop incomplets et surtout trop lents pour plaire à cet impétueux génie. Tout ou rien, telle était déjà sa devise. Ce qn'il voulait ce n'était pas une lutte [dus on moins avantageuse, c'était anéantir la puissance anglaise dans un duel à mort, au risque d'y compromettre pour toujours la nôtre. Il avait écouté ces représentations avec l'impatience d'un homme qui a un parti pris, et que des succès extraordinaires avaient dès lors habitué à ne plus croire à l'impossible. Leurs objections, inspirées par des connaissances professionnelles dont l'acquisition exige une longue expérience, loi paraissaient dictées par l'esprit de routine; il n'y voyait que la timidité d'inteliâgences incapables de s'élevw à la hauteur de ses vues, ou le dénigrement naturel aux hommes spéciaux pour tous les plans qui n'émanent pas d'un initié. U ne savait pas cacher Tirritation que lui cassaient leurs critiques : or comme ces amiraux avaient appris ce qu'il en coûtait pour s'opposer à ses desseins, comme ils savaient être à l'occasion aussi bons courtisans qu'habiles marins, ils s'étaient mis à l'csuvre avec ardeur afin de diminuer autant qu'il étut en eux les mauvaises chances de l'entreprise qu'ils n'avaient pu empêcher, et que pour la plupart ils déploraient au fond du cœur.
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II restait un nombn considérable dtsbfttimeirt» de la flottUie que Nelson avait tenté d'incendier en J801; ils formèrent le premier fonds de la flottille de 1803. On y joignit une innombrable quantité d'embarca* tions construitea sur de noureaux modèles^ dont lea dimensions variaient selon la nature du chargement auquel elles étaient destinées. La flottille était prind* paiement formée de bateaux plats ayant le grave ineonvénient de ne pouvoir supporter une grosse mer» mais avec l'avantage de pouvoir s'échouer à volonté» ce qui devait rendre le débarquement pl^s ladle. Ces bateaux divisés en chaloupes canonnières» en bateaux canonniers, en grandes et petites péniches, en pra* mes, enfin en simples bateaux pécheurs destinés au transport des munitions, étaient pour la plupart ar** mes d'artillerie; ils marchaient à la rame et à la voile; ils avaient un tirant d'eau qui variait de huit à deux pieds; ils pouvaient porter chacun de cinquante à cent hommes avec leurs armes et leurs munitions ; et les plus profonds de ces bâtiments devaient servir an transport des chevaux et de rartillerie. Leur nombre total devait s'élever à un peu plus de deux mille. Bonaparte calculait qu'à l'aide de cet immense arme^ ment, et à la faveur d'une journée de calme ou de brume qui tromperait la flotte ennemie ou la réduirait à l'immobilité, il pourrait en quelques heures franchir les dix lieues qui séparent les côtes de Boulogne de celles d'Angleterre et jeter d'un seul coup ses cent cinquante mille hommes sur un point du littoral anglais. Ce n'est que plus tard, et sur les conseils réitérés de ses marins, qu'il songea à faire concourir ses flottes à l'opération de la descente, en leur
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donnant rendez- ?ous dans le canal, où elles auraient pour mission de neutraliser les croisières britanniques. S*il parvenait à débarquer son armée, il ne doutait pas du succès définitif; c'en était fait selon lui de la puissance anglais?. En attendant que Tachèvement de ses préparatifs lui permit de. frapper ce grand coup, son projet lui offrait de grands avantages môme dans la supposition qu'il resterait inexécuté. Il allait faire vivre l'Angleterre dans de continuelles alarmes, l'obliger à des mesures de défense ruineuses; il allait exercer les forces de notre armée tenue sans cesse en éveil et employée comme l'armée romaine à élever des fortifications, à creuser les nouveaux' bassins des ports de Boulogne, de Vimereux, d'Ambleteuse ; et puisque nos conquêtes nous obligeaient à garder sur pied une armée considérable pour tenir le continent en respect, il valait mieux l'avoir à Boulogne et dans les camps qui bordaient les cdtes d'Anvers à Bayonne, toute concentrée, rompue aux fatigues, prête à entrer en campagne, que de la laisser dispersée dans ses garnisons ; enfin la présence du plus gros de cette armée, animée d'un dévouement enthousiaste pour son chef, à une si courte distance de Paris, devait inévitablement réagir sur l'esprit des multitudes et faciliter le changement décisif que Bonaparte méditait dans nos institutions.
Ces considérations accessoires, qui avaient à ses yeux une importance capitale, contribuaient sans doute à l'aveugler sur les difficultés à peu près insurmontables que la nature des choses opposait à son entreprise. Envisagé d'ensemble, en escomptant un