PROCÈS ET PROSCRIPTION DE MOREAU
an sein de 1» vie privée. Qa'avait'on à lai reprocher depuis sa retraite? Aucun autre crime que la liberté de ses discours. < Ses discoors? ils avaient été souvent favorables aux opérations du gouvernement, et si quelquefois ils ne l'avaient pas été, pouvait il croire que cette liberté fut un crimô chez un peuple qui Mvait tant de fais décrété ceUe de la presse^ et qui en avait joui sous les rois même!
• Si j'avais voulu, ajoutait-il, concevoir et suivredes plans de conspiration, j'aurais dissimulé mes seotiments et sollicité tous les emplois qui auraient pu me replacer au milieu des forces de la notimii Pour me tracer cette marche, à défaut d'un génie politique qne je n'eus jamais, j'avais des exemples con* nos de tout le monde et rendus ijnposants par le succès. Je savais peut-être bien que Monck ne s* était pas Hoigné des armées lorsqu'il avait voulu conspirer; et que Cassius et Brulus s'étaient rapprochés du coeur de César pour le percer. »
Cette harangue avait un accent d'honneur et de probité qui ne s'imite pas ; elle excita dans Tauditoire une émotion inexprimable. Â plusieurs reprises l'assistance éclata en applaudissements; une lumière soudaine se fit dans les esprits : le vainqueur de Hohenlinden assis sur la sellette des accusés paraissait plus grand que le nouvel empereur sur son trftne. Les juges voyaient avec consternation ce triomphe inattendu qui semblait proclamer d'avance, au nom de ropinion publique, l'innocence et Tacquittement d'un homme qu'ils avaient reçu mission de condamner. Plusieurs d'entre eux, contraints par l'évidence de la vérité et parle cri de leur conscience, étaient devenus
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favorables à l'accusé à la suite des débats du procès; quelques-uns ne figuraient dans ce tribunal qu'à titre d'instruments et ils étaient décidés à rem|ilir ce rôle infâme jusqu'au bout; mais tous savaient qu'acquitter Moreau c'était condamner un maître implacable; dilemmi terrilile pour le juge le plus intègre dans la situation dépendante où était tombée la magistrature. L'attitude de Georges pendant le procès fut telle qu'on pouvait l'attendre d'un vaincu qui ne voulait pas survivre à sa défaite, et d'un bomme dont la force d'âme n'avait jamais été méconnue, mémeparsesennemis. Ayant fait le sacrifice de sa vie, il dédaigna de la défendre et ne répondit A l'interrogatoire du président que dans la mesure où il pouvait soit relever l'honneur de son parti, soit servir l'intérêt de ses coaccusés. Georges ne se défendit que sur un point, sur sa prétendue participation uu complot de la machine infernale; il le fit avec la plus grande énergie et démontra par les raisons les plus concluantes que lu billet signé : Gédéon, la seule pièce qu'on produisit contre lui, n'était pas de son écriture, et ne pouvait avoir été envoyé par lui. Quant i la conspiration actuelle, le thème de l'assassinat était devenu insoutenable en présence de l'unanimité des témoignages. Ce hardi partisan avait complolté un 18 brumaire au profit de la royauté, il n'avait |ias préparé un assassinat. A ceux mêmes qui s'obstinaient à l'appeler un brigand il sut faire admirer le superbe sang-froid de ses réponses, l'habileté de ses explications, et le hautain persiflage avec lequel il traitait les hommes qui tenaient sa vie dans leur main. Il semblait les presser d'en finir, les délier de l'amener à prendre au sérieui
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le simulacre de procédure qui s'instruisait deyant eux, il le considérait comme une pure formalité et une hypocrisie inutile. Très-sensible au malheur de sescompagnons, il montrait sur son propre sort la plus profonde insouciance; il les soutenait sans CQ3se de ses encouragements et de ses exhortations, les nourrissait en quelque sorte de son âme et de sa vie et leur montrait par son propre exemple, par son stoique mépris de la mort, que leur plus grande force consistait à ne plus rien espérer. Il semblait jouer par avance avec l'instrument du supplice comme pour les familiariser avec ridée de la mort. II est impossible de lire ces débats qui furent le testament de Georges sans se dire que ce n'était pas là l'âme d'un assassin.
Le 9 juin à huit heures du matin, les juges entrèrent en délibération pour formuler leur sentence. L'un d'entre eux,rintègreLecourbe, le frère du général, a conservé pour l'histoire le récit des péripéties de cette journée néfaste, digne du temps de Tibère. Ils avaient été pressés, circonvenus de mille manières par les familiers du palais , surtout par Real , l'intermédiaire naturel entre la justice et le pouvoir. On avait mis en jeu tous les mobiles capables de les influencer, Tambition, la servilité, la crainte; on s'était adressé même à leurs scrupules d'humanité. L'empereur, disait-on, voulait pour Moreau une condamnation à mort, c'était une satisfaction qu'on lui devait sous peine de lui infliger un démenti personnel ; mais s'il désirait voir condamner Moreau , c'était uniquement pour avoir le plaisir de lui faire grâce. Il fallait s'en remettre à la générosité impériale. Acquitter l'accusé c'était au contraire le perdre sûrement , car l'empe-
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!-ui3:ste Clavier sécria: Et qui nous la fera
^* :ri de l'honneur et de la probité indignée
.^^„âra :out d'abord : sur les douze juges, sept se
.^«.•ictrrent pour Facquittementdu général Moreau
.-:>[ Seulement pour sa condamnation. Mais le pré-
^jtiic Hémart refusa de fermer la discussion et ces
iiaeutables débats se prolongèrent encore pendant de
ougues heures.
Pendant ce temps, Bonaparte tenu au courant des péripéties de la délibération par des communications fréquentes, et irrité de la résistance imprévue qu'il rencontrait chez des magistrats dont la docilité avait paru assurée, s'emportait à l'idée de voir sa proie lui échapper; il s'eflbrçait par tous les moyens en son pouvoir de faire revenir le s juges de leur premier mouvement. On alla, par son ordre, soumettre des accusés désormais hors de cause par la clôture desdébatsà une sorte (le ((ucstion extraordinaire pour leur arracher do nouveaux aveux, il n'hésita pas à afûrmer qu'ils AVAu^nl fourni de nouvelles charges contre Moreau, et Il se hAta d'écrire lui-même à Cambacérès* « qu'il pa-