‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 90 sur 310 · PLAN DE LA CAMPAGNE MARITIME · texte numérisé non relu

PLAN DE LA CAMPAGNE MARITIME

qu'il les révut, étaient d'abord trèsHlifficiles i opérer dans les conditions de la marine à voile qui existait de son temps, et ensuite peu efGcaces par suite de la presque impossibilité d'une action d'ensemble. Ces diverses objections n'ayant guère provoqué chez lui que des accès de fureur ou des plaintes amères sur Tincapacitë de ses marins, Decrès et ses collègues avaient peu à peu renoncé à les lui faire entendre; ils s'étaient résignés à le seconder de tout leur pouvoir, mais avec peu d'espoir dans le succès de Tentreprise.

Decrès lui avait présenté, conune succe5seur de Latoucbe-Tréville, l'amiral Villeneuve, marin dont on ne pouvait contester ni l'habileté ni le courage, mais esprit froid, clairvoyant et modeste, aussi peu propre à se payer d'illusions qu'à en inspirer aux autres. Villeneuve accepta le commandement de la flotte de Toulon avec une répugnance qu'il ne chercha point à déguiser, et sans dissimuler les diflicultés de la tâche qu'on lui demandait. Napoléon était loin encore du plan auquel il s'arrêta plus tard, il n'y arriva qu'à la suite de longs tâtonnements. Les instructions qu'il envoya à Villeneuve pour la flotte de Toulon , à Missiessy pour l'iscadre de Rochefort, à la date du 12 et du 23 décembre 1804, montrent qu'il ne songeait pas encore à lier leurs opérations à celles de la flottille. < Ayant jugé à propos, disait-il en style oriental, de soumettre à sa domination les colonies de Surinam, Berbice, Dcmerari, etc., » il ordonnait à Villeneuve de faire voile pour Gayenne, d'y prendre un renfort, de s'emparer sur-le-champ de Surinam et des autres points désignés et, cela fait, de se diriger

^4 XlârCXRE DS NiPOLÊON V

SOT la Vartiniqaa pour y faire sa jonction arec Xîs* siessy. Il se porterait alors avec toutes ses forcer sor Saato-Domingo»y débarquerait des hommes et des irmes, et reviendrait enfin sur le Ferrol y rallier :nu escadre espagnole pour entrer à Rochefort^ L'k:nneor de coopérer à la descente en Angleterre avait né réservé à l'escadre de Brest, commandée par Ginteaome. Cet amiral devait profiter du désarroi que le départ des expéditions de Toulon et de Rochefort allai' jeter dans la marine anglaise, pour sortir [de Brest, débarquer vingt mille hommes en Irlande et revenir sur Boulogne afin de seconder la grande opération de la flottille^ Mais rien n'était plus incertain et plus changeant que les idées de Napoléon sur le rôle de la flotte de Brest; il conçut un instant Tidée de renvoyer aux Indes avec trente mille hommes pour arracher cette conquête à rAn^lcterre, tant le désastre de Saint-Domingue l'avait peu corrigé ' ! Et pendant que ses espérances prenaient cet immense essor, la flotte de Ganteaumc restait captive dans le port de Brest sans pouvoir faire un mouvement. Celle de Villeneuve sortie de Toulon à la faveur d'un gros temps, qui avait éloigné Nelson, était dispersée dès le premier coup de vent. Les avaries que lui fit éprouver la tempête et plus encore rinexpéricnce de ses équipages et la détestable qualité de ses matériaux suffirent pour la mettre hors d'état de tenir la mer *• Elle

1. Napoléon à Villeneuve, 12 décembre; à Missicssy, 23 décembre

Page 1