Annual Register : ann. Ibuu
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tien d'un tel pouvoir : les Français ne pouvaient préférer longtemps les formes dures et repoussantes du régime militaire aux formes aimables etdoucesde leur ancienne monarchie; il ne pouvaient accepter longtemps la tyrannie de « ce nouvel usurpateur qui, pareil au spectre^ porte sur sa tête quelque chose qui ressemble à une couronne. » Son élévation même prouvait une tendance au rétablissement de l'ancienne monarchie. Erskine reprit avec une admirable éloquence le thème développé par Whitbread :c Au nom de Dieu, dit-il en s'emparant d'un mot célèbre queBurke avait appliqué au gouvernement américain, au nom de Dieu, ne faisons pas attention au caractère et aux promesses du gouvernement français, mais occupons-nous de ce que nous pouvons faire avec lui. » A quoi donc avaient servi huit années d'injures et d'invectives? avaientelles diminué les maux produits par la révolution? Non, elles les avaient empires. Après avoir annoncé l'humiliation inévitable à laquelle devait conduire cette aveugle obstination, il fit ressortir vivement le service qu'on avait rendu à Bonaparte en allumant l'indignation du peuple français par cette maladroite apologie de la cause des Bourbons ; argumentation que Tierney appuya en s'écriant : « Que diriez-vous si le général Bonaparte, victorieux, déclarait qu'il ne veut traiter qu'avec les Stuarts? » Ces objections, justes et politiques pour la plupart, firent impression sur rassemblée, mais elles furent emportées par l'inapétueux appel que Pitt adressa aux passions nationales.
Ce discours de Pitt fut comme le {«'ogramme du long duel qui allait s'ouvrir entre l'Angleterre et Napoléon. S'élevant par une étonnante puissance d'intuition au-
dessus des considérations purement politiques, et devinant avec la perspicacité de la haine, au moyen des données que lui fournissait le passé, le rôle que Bonaparte devait bientôt remplir, il peignit TAngleterre comme le seul refuge contre les calamités qui allaient inonder l'Europe, et comme l'écueil contre lequel se briserait un jour cette fortune menaçante. L'Angleterre seule était restée inaccessible aux envahissements de la révolution française* Il fallait lui conserver ce privilège, il fallait sauver l'instrument qui devait servir plus tard à la libération du monde. Il valait mieux continuer la guerre que de traiter avec un homme sans foi. Pacem nolo quia infida, disait-il en empruntant un mot de Gicéron. Il avait, à la vérité, consenti à négocier avec la République lors des conférences de Lille; mais qui avait fait échouer ces négociations? le succès du 18 fructidor; et qui avait fait fructidor? le général Bonaparte. C'était grâce à lui qu'avait été réalisé ce premier essai de despotisme, qui ne le cédait qu'à celui de brumaire. Arrivant alors aureproche qu'on lui adressait d'avoir encouragé les prétentions de l'ancienne dynastie, il montra combien l'Angleterre et l'Europe avaient intérêt à la voir rétablie, et quelle sécurité il en résulterait pour les relations internationales. Dans Tétat de misère et d'épuisement où se trouvait la France, le pouvoir n'y pouvait vivre et durer que par le système du vol, des confiscations et de la conquête. Mais combien les choses seraient différentes si l'héritier des Bourbons était remis sur le trône! Loin de songer à troubler ses voisins il aurait assez d'occupation à tâcher de guérir les blessures et de réparer les pertes causées par dix années de con-
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vulsîons civiles, de relever le commerce et Tindustrie, de faire revivre les manufactures. Quelles que fussent les vues du monarque restauré, il s'écoulerait probablement un long espace de temps avant qu'il possédât un pouvoir de nature à le rendre redoutable pour l'Europe.
Le sens général des luttes qui allaient suivre et de l'époque qui leur succéda était ainsi pressenti avec une remarquable justesse, mais aussi avec d'inévitables méprises de détail par l'homme dont la vie devait s'y consumer jusqu'à la dernière heure. Il ne se trompait pas en identifiant à Bonaparte le caractère envahissant qu'avait pris la révolution française dans sa politique extérieure des dernières années, mais il avait le tort d'oublier qu'elle avait eu aussi d'autres passions et d'autres principes, et, en négligeant cette distinction, il la mettait en quelque sorte dans la nécessité de faire cause commune avec son chef; en dénonçant la solidarité, il contribuait à la créer ; de même qu'en affirmant avec tant de violence l'antagonisme de son pays avec Bonaparte, il fortifiait cet antagonisme, lui donnait de nouvelles raisons d'être. Enfin, erreur plus grave que toutes les autres, il supposait la France épuisée, hors d'état de soutenir une longue lutte, mal disposée en faveur du nouveau despotisme. Or, c'était là la plus fausse des hypothèses, et par cela seul que sa politique prenait le caractère d'une intimation signifiée à la France au nom d'une rivale détestée, il décuplait les forces de l'ennemi dont il considérait la ruine comme imminente. Il n'en reste pas moins vrai que le principal obstacle au succès de cette négociation fut la défiance qu'ins-
piraîent le caractère et le passé de Bonaparte : si ce ne fut pas là le motif déterminant de Pitt, ce fut incontestablement celui qui lui servit à entraîner Fopinion publique. Toutes les discussions du Parlement portèrent sur ce point unique ; circonstance que le Moniteur dissimula de son mieux par une cynique altération des discours ministériels. En revanche on y lut une prétendue lettre du cardinal d'York à Georges III pour lui redemander son royaume, et des félicitations ironiques adressées par Louis XYIII au même souverain *.
Mieux conseillée par sa propre expérience et plus exposée aux coups de son adversaire, malgré ses récents succès en Italie, FAutriche répondit avec plus de modération aux ouvertures du Premier Consul, mais elle n'en repoussa pas moins avec une invincible obstination une pacification offerte sur les bases du traité de Campo-Formio. Elle occupait maintenant non-seulement la Lombardie, mais encore le Piémont et les États du pape ; elle ne se montrait nullement pressée de rendre ces Etats à leurs anciens souverains ; elle s'était vite habituée à en disposer comme de sa propriété, et ne pouvait se résoudre à les abandonner sans combat. Bonaparte ayant insisté sur sa proposition et lui ayant offert de grands avantages en Italie, le cabinet autrichien répondit qu'il ne pouvait traiter sans ses alliés ; il révélait par là les subsides qu'il recevait de l'Angleterre.
Tout espoir de paix se trouva donc également perdu de ce côté. Il ne restait d'autre ressource que de ga-