Id. , Notice historiques sAr les finaneet
et de Ja régularité; et pour atteindre ce but il ne craignît pas de revenir aux méthodes déjà éprouvées, sous Tancien régime dont il avait été lui-même un des principaux commis. Aux municipalités cantonales qui étaient chargées de la confection des rôles nécessaires à la perception des contributions directes, et qui s'acquittaient fort mal de ce devoir peu conforme à leurs attributions naturelles, il substitua une agence qui fut chargée sous la surveillance du gouvernement lui-môme, de répartir l'impôt sur les personnes et les propriétés, et de constater les mutations à mesure qu'elles s'opéraient. Il y eut un directeur, un inspecteur et un certain nombre de contrôleurs par département. C'était à peu de chose près l'ancienne administration des vingtièmes.
Quant à la perception, qui était abandonnée à des adjudicataires au rabais, toujours en retard pour leur payement par suite de la facilité avec laquelle le contribuable leur échappait, Gaudin l'assura au moyen des obligations des receveurs généraux. Ceux-ci furent à la fois rendus responsables du montant de l'impôt par des engagements à échéance fixe, et intéressés à sa rentrée par le délai qui leur était accordé pour leurs versements. Ces obligations furent garanties par des cautionnements au moyen desquels on créa la caisse d'amortissement, qui apporta au Trésor des ressources précieuses et immédiates. Ces diverses mesures contribuèrent puissamment à relever le crédit public ; les payements en numéraire commencèrent à se substituer partout aux payements en papier qui ne représentaient plus que des valeurs mortes. Les octrois furent rétablis sous le nom d'oc-
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trois de bienfaisance. Leur ancienne impopularité fut cause qu'on voulut leur donner le caractère d'un impôt municipal à Fusage des communes dont les revenus étaient insuffisants; mais une disposition de la loi réservait au gouvernement seul le droit de fixer la quotité de cet impôt, ce qui permettait de reprendre d'une main ce qu'on semblait céder de Tautre. Bientôt la création de la Banque de France (janvier 1800) vint donner une nouvelle impulsion au commerce et à l'industrie en facilitant l'escompte »t la circulation des valeurs.
En matière de finances du moins, le système d'unité et de centralisation qu'on portait alors en toute chose n'eut pas les mêmes inconvénients que dans les autres branches de l'administration , il produisit d'heureux effets; il en aurait produit de plus grands encore si, à côté de cette concentration devenue nécessaire, on avait laissé subsister dans son intégrité le contrôle législatif, seul moyen d'en prévenir l'abus. Mais cette amélioration était, comme beaucoup d'autres, destinée à devenir un simple instrument de règne et à perdre ainsi tout ce qu'elle avait eu d'abord de salutaire. De bonnes finances, exploitées par un gouvernement dans l'intérêt exclusif de sa propre domination, ne sont en définitive qu'une arme de plus dans les mains du despotisme.
Un autre mal plus grave encore corrompit dès l'origine le système financier du Consulat et de l'Empire, et compromit aussi dès lors l'avenir de nos relations extérieures, car il n'était compatible qu'avec une politique de conquêtes : ce fut l'habitude contractée déjà sous le Directoire grâce à Bonaparte et à
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la campagne d'Italie, de compter pour compléter nos propres ressources sur Targeni extorqué aux États faibles. Ce n'était pas en vain que nous avions si longtemps cherché des palliatifs passagers à nos débits dans la spoliation des peuples vaincus ou alliés ; ces expédients criminels d'un gouvernement aux abois allaient devenir une méthode constante et normale. On n'avait plus Texcuse de l'ancienne détresse, mais on voulait ménager aux dépens de l'étranger, des contribuables en possession de donner ou de retirer l'empire. On s'habitua donc à considérer comme nos tributaires naturels tous les peuples hors d'état de se défendre contre nous, et cette exploitation, qui n'avait été d'abord qu'une des conséquences de la guerre, commença à en devenir un des principaux buts. Dans tous les temps et dans tous les pays, les intérêts sont par nature partisans de la paix qui seule leur assure la sécurité dont ils ont besoin; Bonaparte nourrissait dès lors ce rêve chimérique, impossible, de les contenter par la guerre, en leur donnant l'Europe à dévorer.
Une des premières pensées de Bonaparte, lorsqu'il songea à relever ses finances épuisées, fut en conséquence de faire le compte des sommes qu'il pouvait, sous diflférents prétextes, arracher aux peuples placés sous notre dépendance, afin de soulager d'autant les populations chez lesquelles il avait intérêt à affermir de plus en plus sa popularité. De tous ces peuples le plus faible était celui de Gênes. On commença par lui. Encore indépendant de nom, il venait d'élire un gouvernement provisoire. Bonaparte était trèsdécidé à incorporer Gênes à la France; mais désireux
à la fois de ne pas entraver les négociations pour la paix et de ménager le crédit du nouveau gouvernement gu'il voulait mettre à contribution, il prescrivit à Talleyrand « de faire connaître notre adhésion, » en même temps qu'il lui annonçait son intention d'annexer Gênes à quelques mois de là. Ce léger sursis fut taxé à 2 millions. « Les seigneurs de Gênes, disait-il à ce sujet, ont déjà beaucoup donné-, mais les négociants n'ont pas été surchargés. Faites comprendre au ministre des finances que si cette convention n'avait pas lieu, le général Masséna serait autorisé à lever une contribution sur les principaux négociants, comme il a fait en Suisse. » (18 décembre 1799.)
La Hollande vint ensuite. Tant que nos troupes avaient occupé la Hollande sous prétexte de la protéger, et en réalité pour y combattre l'Angleterre, car la Hollande ne demandait nullement à être protégée, le gouvernement de ce pays avait pourvu à leur entretien, quelque ruineuses que fussent pour lui les dépenses d'une armée si considérable. La plus grande partie de cette armée avait été retirée de là pour aller combattre en Vendée,' il n'y restait plus qu'un faible corps d'occupation. Bonaparte voulut néanmoins que la République batave continuât à payer la solde, l'entretien et la nourriture de toutes les troupes qui avaient quitté la Hollande, par la raison, disait-il, c qu'en se battant sur le Rhin (ce qui était faux, elles se battaient en Vendée) ces troupes ne cessaient pas d'être employées pour les Bataves. Gela ne devait pas faire l'objet d'une question (à Talleyrand 13 janvier 1800).» Ce n'est pas tout; à l'épcaue de la guerre entre la
République française et la Hollande, nos armées avaient pris Flessingue ; depuis, une longue alliance avait effacé ce souvenir, et la paix conclue entre les deux peuples avait pu faire croire aux Hollandais qu'ils étaient rentrés en possession d'une ville enclavée de toutes parts dans leur territoire et que nous ne pouvions songer à conserver. Bonaparte imagina de la leur rétrocéder au prix de 40 millions comme étant devenue notre propriété (à Talleyrand, 13 janvier). Et comme il prévoyait une opposition du Corps législatif à un pareil marché, il rendit un arrêté par lequel il décidait « qu'il ne serait point donné communication de cet arrangement au Corps législatif, attendu que cette cession était une conséquence du droit delà conquête et en cette qualité appartenait exclusivement à l'autorité militaire (arrêté du 24 janvier). »
Espérant, malgré l'épuisement où se trouvait la Hollande, en obtenir encore d'autres ressources, il s'adressa par une lettre aux notables et aux officiers municipaux de la ville d'Amsterdam, pour les décider par flatterie ou par intimidation à un prêt de 10 à 12 millions (le 8 mars 1800). Il eut la singulière inspiration de faire porter cette lettre par son aide de camp Marmont, militaire brillant, mais comme de raison absolument étranger à ce genre de négociation, et fort embarrassé de son rôle, ce qui le rendait peu propre à fasciner les capitaux hollandais. Marmont avait en outre la mission non moins étrange de leur offrir pour gage de la créance un diamant, le Régent *