XonUeur du 9 j nvier
SESSION DE l'an VIU. 107
sèrent *. Le Premier Consul gronda publiquement son frère aine, Joseph, sur ce qu'il allait dans cette maison. Mais il ne se contenta pas de ce témoignage de mauvaise humeur. Le vainqueur de Tltalie ne rougit pas de s'en prendre à une femme du discours si modéré de l'homme qu'il n'osait pas encore proscrire. Il était d'ailleurs plus sûr de faire hésiter un cœur délicat en le frappant d'abord dans l'objet de ses affections. Fouché fit vedir Mme de Staël pour lui dire que le Premier Consul la soupçonnait 4'a.voir excité Benjamin Constant. Elle lui répondit que son ami était un homme d'un esprit trop supérieur pour qu'on pût imputer ses opinions à une femme, que d'ailleurs son discours ne contenait pas une parole dont pût s'offenser le Premier Consul. Fouché en convint, mais il n'en conclut pas moins en conseillant k Mme de Staël d'aller à la campagne ^ euphémisme hypocrite sous lequel cet homme de police devait déguiser désormais ses ordres d'exil. Tel fut le commencement de ces viles persécutions contre des femmes, qui atteignirent successivement Mmes de Staël, Récamier, d'Avaux, de Chevreuse, de Balbi, de Champcenetz, de Damas, et tant d'autres personnes remarquables par leur esprit, leur beauté ou leurs vertus. Le monde a vu bien des despotismes, mais il n'en a pas vu souvent d'assez ombrageux pour craindre jusqu'au pouvoir que peut exercer une femme. Il ne suffisait déjà plus à Bonaparte d'avoir anéanti la liberté dans les institutions, il la poursuivait jusqu'au sein de la vie privée, et la critique inoffensive d'une