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Lafayette : lies rapports avec le Premier Consul

d'abord les mots, pour parvenir plus sûrement à changer les choses. Les mots de patrie et de liberté, naguère si prodigués, disparaissaient pen à peu des manifestes officiels pour faire place à ceux de fidélité, de gloire et d'honneur. L'honneur, ce ressort des monarchies, a dit Montesquieu; parole profondément vraie, 81 Ton entend l'honneur, non pas à la façon des moralistes, c'est-à-dire comme ce sens susceptible et délicat qui est le premier gardien du caractère et de la probité, mais comme un certain désir de paraître et de se distinguer qui est conciliable avec beaucoup de faiblesses et de vanités.

C'est à ce point de vue que les monarchies com* prennent et encouragent le sentiment de l'honneur, et c'est par là aussi qu'elles en profitent. Bonaparte obéissait au même instinct en s'efiforçant de le faire renaître sous cette forme, la moins élevée assurément que puisse revêtir ce noble principe. Il n'avait garde de négliger un mobile aussi puissant et malheureusement aussi facile à égarer et à exploiter. Le mot revenait presque à chaque ligne de ses proclamations C'était à la fois pour préciser le sens qu'il y attachait, et pour adresser à l'émulation un appel plus direct et plus pressant, qu'il développait chaque jour son institution des arrnes d'honneur ^ première ébauche de la Légion d'honneur, qui allait bientôt étendre aux services de toute nature, les récompenses accordées d'abord exclusivement aux services militaires. Un arrêté du 15 août, décrétait qu'il serait distribué non-seulement des sabres d'honneur, maïs des fusils, des mousquetons, des trompettes et même des haguetteê (Thonneur! Le nom de ceux qui les obtiendraient devait

être inscrit sur des tables de marbre, dans le temple de Mars.

Ainsi, l'honneur devait désormais consister avant tout à bien servir. Le Premier Consul n'était plus seulement la source de tout avancement, il devenait le seul rémunérateur, le mattre des renommées, le grand dispensateur de la gloire, pouvoir effrayant chez une nation si incurablement vaniteuse, que sa passion même pour l'égalité, n'a été le plus souvent qu'une forme et un détour de la vanité. Et tous ces grands mobiles qui avaient inspiré tant d'actions héroïques, le patriotisme, l'amour de la liberté, la foi en la Révolution, allaient être peu à peu absorbés par une préoccupation unique, le désir d'attirer les yeux de l'homme qui était en possession du singulier privilège d'assigner à chacun sa part d'honneur et de considération. Cette prérogative si étrange chez un magistrat républicain, Bonaparte montra qu'il n'entendait nullement la limiter au droit de décerner certaines récompenses, ou de patenter le mérite au profit d'un intérêt gouvernemental ; il voulait l'exercer dans toute sa plénitude, et s'attribuait le pouvoir de dispenser l'opprobre aussi bien que la gloire. 11 nota d'infamie par une déclaration publique le général Latour Foissac, qui pouvait avoir eu tort ou raison de capituler à Mantoue, mais qui dans tous les cas était justiciable des tribunaux et non de cette juridiction de despote oriental*.

Le but de tous ces actes et de toutes ces tendances n'avait rien d'équivoque même pour les étrangers; c'était le rétablissement de la royauté. Bonaparte tra-

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