‹ Histoire de Napoléon IerChapitre 64 sur 112 · Mme de Staël : Dix ans d'exH · texte numérisé non relu

Mme de Staël : Dix ans d'exH

2. Thibaudeau, Mémoires d'un conseiller <VÉtat, « Nous voyioni aifec peine, dit Sajary, um beaa et gcand jeune homme destiné 4 commander à des hommes, qui tremblait à la vue d'un cheval^ passait son temps à Jouer ^ la cachette ou à tous sauter sur lea épaules. > Mémoires 4u eue de A»€«fo.

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parce que cette dégradation de la vieille hiérarchie monarchique le désignait lui-même pour une dignité plus haute. Un seul rang pouvait convenir à ce faiseur de rois, c'était Tempire.

Mais bien que tout concourût à ce dénouement, personne ne prononçait encore le mot de l'avenir, et le Premier Consul moins que personne. Il voulait que la chose se fit d'elle-même. Ce qui la rendait sinon difficile, du moins d'une réalisation assez lente, c'est qu'on était réduit à le deviner et qu'il n'avait pas un seul réel confident ; il n'en eut jamais. S'il y a en effet un trait caractéristique et frappant dans les innombrables conversations qui nous ont été conservées par les hommes qui l'approchaient le plus familièrement, c'est l'absence de tout épanchement intime. On l'y voit toujours préoccupé, soit de pénétrer les idées de son interlocuteur, soit d'agir sur son esprit pour l'amener vers un but déterminé ; on y chercherait en vain un instant d'abandon, d'entratnement, de sincère ouverture sur soi et sur les autres. Même lorsqu'il se laisse aller à ces coquetteries de grâce féline dont les contemporains ont tant de fois décrit la séduction, il ne perd pas de vue l'effet à produire; il calcule jusqu'à ses imprudences de langage. Il est fermé pour les siens comme pour les étrangers. Enfin on ne trouverait pas dans sa vie entière une seule de ces philosophiques ironies sur soi-même, qui nous ravissent dans un César ou dans un Frédéric, parce qu'elles nous montrent que l'homme est supérieur au rôle, qu'il se juge lui-même, qu'il n'est pas dupe de sa' propre fortune. Écoutez Frédéric exposant les moti/s qui le poussèrent à s'emparer de la Silésie : « Fambi-

ticD, dit-il, l'intérêt, le désir de foire parler de moi décidèrent de la guerre. » Cela est grand. Napoléon, au contraire, est toujours sur la scène, il est toujours occupé de son personnage ; môme lorsqu'il a vendu Venise, ou fait fusiller le duc d'Enghien, il prétend avoir agi en bienfaiteur de l'humanité; il n'a pas cette suprême grandeur de l'homme qui consiste à s'apprécier soi-même à sa juste valeur ; il reste, par son incurable infatuation, au niveau des petits esprits; il n'a pas même ce sublime quart d'heure d'Auguste mourant, qui demande en souriant à ses amis : < S'il leur semble avoir bien joué le drame de la vie. » Jusqu'à son dernier jour il porte sur son visage le masque du héros de convention, comme s'il craignait de trop perdre à nous laisser voir l'homme.

A sa réconciliation provisoire avec les puissances européennes, le Premier Consul avait voulu ajouter une réconciliation définitive avec Rome. Lç Concordat était signé depuis le 15 juillet 1801. Ici ce n'était pas un traité de paix plus ou moins révocable et précaire, mais un véritable traité d'alliance qu'il avait entendu conclure. La pensée d'un tel pacte entre les influences sacerdotales et sa propre ambition n'était pas nouvelle chez lui ; elle le hantait depuis la campagne d'Italie, bien qu'il ne pût prévoir alors tout le développement qu'elle devait prendre par la suite. C'était là qu'il avait commencé à comprendre et à pratiquer l'art « de cajoler les prêtres » pour employer l'expression dont il se servait avec Joubert en lui traçant sa ligne de conduite ^ Tel était le secret des égards exagérés

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