Mémorial de Las Cases
34Î HISTOIRB DE NAPOLÉON I".
encore à l'auteur de ces chimères gigantesques, ra?enir, on peut raffirmer, ne verra pas une preuve de discernement de sa part à les avoir conçues et caressées si peu d'années après la mort de Voltaire et de Uirabeau.
Lorsque Napoléon discutait ainsi les différents expédients qui s'offraient à lui à l'époque du Goncordaty en Itô envisageant au point de vue de son propre intérêt, il en était un qu'il passait sous silence, c'était celui qui eût consisté à lakser les choses dans l'état où elles se trouvaient. Il est vrai d'ajouter que cet état étant purement et simplement la liberté religieuse, et ne lui promettant aucun autre avantage personnel ({ue l'honneur et la satisfaction de consacrer un grand principe, une telle pensée ne pouvait se présenter àson esprit. Avoir sous la main un élément assuré de piûssance, et le faire servir uniquement au bien général quand U ne tenait qu'à lui de l'exptoiter au profit de sa domination, lui eût paru la plus folle des duperies s'il avait pu en concevoir l'idée. L'état légal de la France à l'époque où commencèrent les négociations da Concordat était la pkine et entière liberté des cultes, tetle que la possèdent les ^ts-Unis d'Amérique. Aux proscriptions du r^ime conventionneUà la tolérance encore ombrageuse et défiante du Directoire, a^ suceé(}é une entière sécurité pour tous les cultes grâce à l'abolition du serment qui avait été la cause premi^ de nos divisions religieuses.
Ob n'exigeait plus des j^étres qu'une promesse dV béisaance aux lois^ et la fameuse distinction entre les assermentés ou constitutionnels etles non assermentés ou orthodoxes n'était plus qu'une question doctrinale
dans laquelle TÉtat n'avait rien à voir. Lesconstituti(m^ nelsparmi lesquels se trouvaientdes hommes quiavaient montré un grand caractère pendant les tourmentes de la Révolution^ réunisssdent le plus grand nombre de fidèles; ils comptiûent cinquante évêques, dix mille prêtres mariés ; ils occupaient la grande majorité des églises alors ouvertes dans trente quatre mille communes ^ Le clergé non assermenté ne comptait que quinze é véques résidant en France» mais si ses adhérents étaient moins nombreux, ils étaient plus zélés et plus remuants. A côté de ces deux cat^ories de catholiques, dont les dissensions même étaient une sécurité au lieu d'être un danger pour TÉtat, vivaient en paix les églises protestantes, le culte Israélite, enfin la secte incffensive des théophilantropes, débris des divers essais de propagande religieuse tentés sous la Révolution.
Tous ces cultes, animés les uns contre les autres de rhostilité inséparable de Tesprit de prosélytisme, mais contenus par leur rivalité même, et plus encore par cette indifférence générale qu'avait créée Tesprit philosophique du dix-liuitième siècle, jouissaient de leur situation présente comme d*uri bienfait inespéré* A peine échappés au naufrage, ils n'aspiraient qu'à la tranquillité sousdes lois impartiales. Ils ne recevaiei^ aucun secours de l'État et vivaient uniquement des contributions des fidèles. Quelle que fût encore Tinsuffisance de ces doos volontaires, loin de se considérer comme opprimés par un tel régime ils s'en déclaraient heureux et satisfaits. Les constitutionnels particulièrement, allaient jusqu'à repousser les res-