Mémoires dr Grégoire
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sources du casuel, les rétributions pour les bénédictions, les prières et les messes ^
Cette église était pourtant celle dont les fidèles devaient montrer le plus de tiédeur parce qu'ils n'avaient pas été persécutés. Ses dispositions au sujet d'un état de choses dont le clergé n'a plus depuis lors parié qu'avec une sorte d'horreur bien peu évangélique, sont consignées dans un document d'une irrécusable autorité; c'est la lettre de convocation du concile de 1801, écrite par Févêque Lecoz qui avait été le président du premier concile des constitutionnels en 1797. «Quelques-uns d'entre vous, disait-il dans cette lettre, sont alarmés de ce que dos églises sont dépouillées de tous leurs biens. En ceci encore adorez la providence divine. Vous le savez depuis longtemps, les impies osaient dire que la religion de Jésus-Christ n'était soutenue que par les grands biens dont jouissaient ses ministres. Depuis longtemps aussi, l'église elle-même gémissait de voir entrer dans son sanctuaire des Jiommes qui n'y paraissaient conduits que par la vue de ses richesses. Le Seigneur a voulu du même coup confondre les blasphèmes des incrédules et faire cesser la cupidité scandaleuse de ses ministres. La religion qu'il fonda sans le secours des richesses^ il veut aussi la maintenir sans ce secours indigne de lui. Quand Jésus-Christ appela ses douze apêtres, à quoi les appela-t-il? à la jouissance des biens, des honneurs? non, mais au travail, à la peine, à la souffrance. Si donc, nous ministres de Jésus-Christ nous nous trouvons rapprochés de cet
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état apostolique, devons-nous en 'murmurer? Ahf plutôt réjouissbns-ndus de ce précieux dépouillement, et bénissons le seigneur qui par un coup admirable de sa sagesse a ressuscité cet ancien état de choses que les plus pieux de ses enfants ne cessaient de regretter! »
Ce mémorable témoignage, et la noblesse des sentiments dont il est l'expression, prouvent non-seulement que la séparation de l'Église et de l'État était dès lors possible et praticable, mais qu'elle est éminemment favorable à la moralité des églises par la surveillance sévère qu'elles sont ainsi forcées d'exercer sur ellesméme. Les effets qu'on a depuis attribués à ce régime, l'exaspération des haines religieuses, les prêtres prêts à secouer les torches de la guerre civile ou assiégeant le lit des mourants, sont un tableau dépure fantaisie. Les actes du concile de 1797, ceux du concile de 1801 attestent chez les constitutionnels les dispositions les plus généreuses et les plus conciliantes. Ils n'ont pour leurs adversaires que des sentiments de mansuétude et de paix. Les orthodoxes sont plus intolérants, mais rien n'était plus facile que de les contenir : loin de fomenter des troubles, ils avaient puissamment contribué à l'apaisement de la Vendée depuis que Bonaparte leur avait accordé la libre pratique des cultes. La substitution de la promesse au serment, l'amnistie accordée à ceux d'entre eux qui avaient émigré, leur réintrégration dans les temples avaient fait d'eux les serviteurs dévoués de la politique consulaire, leur reconnaissance s'était manifestée par d'innombrables adresses.
A défaut de ces sentiments, la crainte de tout perdre
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par trop d'exigence, la ccmeurFence d'un clergé rival qui avait élevé autel contre autel, la reâoutabk influence du dix*huitième siècle encore deboutsuiSsaieDt amplement pour les maintenir dans le devoir. Bien qu'on vit alors en ^ïiet apparaître les premiers sym^ tomes d'un réveil assez marqué de l'esprit religieux, toute la partie ^plairée de la nation était restée voltairienne. Et si l'on examine la ualure de ce réveil chez les hommes qui en donnèrent les premiers le signal, OB voit qu'il était tout superficiel et n'avait rien qui pât motiver»mêmeaupointde vue delà valeur relative des opinions et des intérêts, l'importance exagérée qu'en allait rendre si gratuitement à l'église catholique. Ce retour des esprits au sentiment religieux s'était annoncé d'abord sous le Directoire, mais il n'était alors qu'une réaction d'humanité suffîsanunent justifiée par le» persécutions iniques dont le catholicisme avait été l'objet Les généreuses réclamations de ftojer Cdlard e^ de Camille Jordan à la tribune des Cinq cents nV valent pas eu d'autre sens : ces deux orateurs n'avaient demandé . pour l'égl^ que le droit conmiun, la liberté d'exister, le droit de reprendre ses cérémcmies» rien de plus. Us avai^t parlé en poétiques plutôt q\x*exx croyants, et leur doctrix^ sur les relations de l'Église avec l'État avaiten sommeassez peu de rapport avec les idées religieuses propremestdites. L^ir sentiment s'était généralisé, il avait contribué puissamment à l'abrogation des dernîèf es mesures de rigueur, mais il n'avait rien fait au delà. C^tte réactiou d'humanité avait été en quelque sorte reprisai c»t continuée par une réaction de l'imagination contre les doctrines matérialistes. Des gens de lettres comme Labarpe» Saint-
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Martin, M« de Bonakl, des poètes comme foutait^ GhènedoUéy Esménard, et ie plus brillant de tous, Ghateaubriaxid furent les interjetés de cemouvemeiil; d'esprit. Us avaient pour principal ifl^trciment de pu- Uicité le Mercure, nom qui indique à loi seul qu'il y avait là beaucoup plus de littérature que de relig^km. Soutenus par le Jownal des DHxOs et son critique Geoffroy, ils livraient des batailles littéraires aux écrivains de la Pléiade Ghéuier, Andrieux, Gingueoë, Ganat. Rentré depuis peu en France, M. de Chateaubriand avait d^'à écrit, mais non pas publié, son Géttk du Christianisme, en sorte que le succte extraordinaire de ce livre ne peut pas être invoqué, ainsi qu'on le fait souvent, comme une preu?« de l'opportunité du Concordat. Le Génie du Christianisme ne parut qu'en 1802, 4 i'^oque du Concordat l'épisode à'Àlaiia était seul connu du public; on ne peut donc pas dire que la faveur avec laquelle cette œuvre éclatante fut accueillie ait éclairé ou abusé Bonaparte sur les dispositifs de la France à l'égard du catholicisme. Que ce prétexte soit en lui-même bon ou mauvais, il faut l'écarter, car il fut étranger à sa déterminaticm.
Mais si l'on va au fond des choses, on est forcé de reconnaître que la base même sur laquelle il s*appuyait n'existait pas. L'état réel des sentiments et des opinions ne réclamait rien de pareil. Le livre de Chateaubriand restera surtout comme un témoignage du peu de profondeur de la renaissance religieuse dont il fut le principal représei^ant lia raconté lui-même *comment l'idée d^écrire son ouvrage lui est venue.