Mémoires du cardinal Consalvi publiés par Crôtmeau Joly
solennelle réception où sont réunis tous les corps de l'État, le Sénat, le Corps législatif; le Tribunal, les généraux et leur élat-major. Dans la cour on apercerait de nombreux régiments disposés pour la revue. C'était, selon sa propre expression, le passage subit « d'une chaumière à un palais. » Toutes les splendeurs et tous les prestiges de la puissance consulaire avaient été concentrés en un seul tableau pour mieux frapper son imagination. Il trayerse des salons encombrés de grands dignitaires, il arrive enfin jusqu'aux trois coDrsols entourés d*un cortège éditant Bonaparte s'avance alors vers lui et d'un ton bref et péremptoire : « Je sais, lui dit il, le motif qui vous amène ici. Vous avez cinq jours pour les négociations. Si dld là k traité n'est pas signé, tout est rompu. »
Tout avait été admirablement calculé dans ce coup de théâtre pour éblouir et troubler ie timide prélat, mais on avait compté sans la finesse de l'italien et saifô la ténacité du prêtre. Gonsalvi reprit les négociations an point où elles en étaient restées ; il protesta contre la précipitation qu'on voulait lui imposer pour l'empêcher de communiquer avec sa cour; il disputa pied à pied le terrain à Bemier et à Crétet, les deux champions de la politique ccmsulaire, car loseph ne figurait là qu'à titre de préte-nom. On se mit assez promptement d^accord pour substituer le mot « religion de la majorité des Français » à celui de religion d'État. On déclara également que les consuls taisaient jin?/i»sion partieuUère du culte catholique, ce qui ne les engageait à rien, et que le nombre des sièges épiscopaux était désormais fixé à soixante ; mais, quant à la destitution à décréter contre les titulaires actuels qui refu-
seraient leur démission, Gonsalvi la refusa longtemps. Il fit ressortir avec force tout ce qu'elle avait de contraire aux maximes de l'Eglise gallicane, toujours si jalouse des prérogatives du pouvoir épiscopal. Bonaparte affichait en effet un grand zèle pour le gallicanisme ; mais^ lorsqpe le gallicanisme contrariait ses plans il n'hésitait pas à le mettre sous ses pieds comme tout ce qui le gênait.
Dans cette espèce de guerre diplomatique où il déployait toutes les ressources de son astucieux génie, Boni4)arte avait sur Gonsalvi un immense avantage, c'est que ce qui n'était pour lui qu'une affaire d'amlûtion, d'une utilité jusqu'à un certain point contestable, était pour la Cour de Rome une question de vie ou de mort. Si elle ne s'accordait pas avec lui tout était perdu pour elle et perdu à jamais selon toute apparence. Â cette supériorité de situation il ajoutait les stratagèmes qu'il croyait propres à agir sur l'esprit du négociateur. Il lui laissait espérer la restitution des Légations au Saint-Siège, sans jamais les lui promettre formellement, profitant ainsi des scrupules du prélat, qui ne pouvait aborder directement la question sans ^'exposer à commettre le crime de simonie. Il lui faisait adresser remontrances sur remontrances par M» de Gobentzel, alors à Paria : cet ambassadeur représentait à tout propos à Gonsalvi quelle responsabilité il allait assumer vis-à-vis des puissances ca- 'j tiK)lîques en faisant échouer cet essai de réconciliation. A l^emploi de cette influence le Premier Gonsul ajoutait un stimulant plus puissant encore. Il avait provoqué vers la fin de juin 1801 la réunion d'un concile de IVgUse constitutionnelle. Ge concile tenait ses
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séances en ce moment même avec un appai*eil dont il avait encouragé la solennité et Téclat. Bonaparte avait des entrevues avec l'abbé Grégoire; il affectait de lui demander ses plans sur l'organisation définitive de Téglise de France*. Aussi le clergé constitutionnel lu témoignait-il bruyamment sa reconnaissance pour une protection dont il ne pénétrait ni le but ni les motifs. L'église assermentée n'était en effet que le pisaller du Premier Consul ; et la liberté qu'il lui accordait n'était qu'une menace à l'adresse du Saint-Siège; il se hâta de disperser le concile aussitôt qu'il n'eut plus besoin de ses démonstrations. Mais la menace faisait impression à Rome où l'on voyait déjà le schisme triomphant sans retour en France et peut-être même en Italie, car les opinions de Scipion de Ricci avaient fait de nombreux prosélytes en Lombardie et en Piémont'. Ces appréhensions d'une part et, de l'autre, l'impatience d'en finir amenèrent enfin les concessions réciproques qui sont indispensables à toute transaction. « Il parait que les affaires vont et que nous nous arrangeons avec le cardinal, écrivait Bonaparte à Talleyrand, le 7 juillet. On m'a remis un second vésicatoire au bras; Pétat de malade est vn moment opportun pour s'arranger avec les prêtres. »
Tout n'était pas terminé pourtant. Une dernière surprise, beaucoup plus extraordinaire que tout ce qu'il avait vu jusque-là, attendait encore le cardinal Consalvi. Le traité rédigé et les copies faites, il se rend chez Joseph pour y apposer sa signature. Après les