‹ Histoire de Napoléon IerChapitre 72 sur 112 · CoDsalTÎ : Mémoires · texte numérisé non relu

CoDsalTÎ : Mémoires

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disposition, par la latitude qu'elle laissait aux interprétations, équivalait à Tesclavage de TËgiise ; et de fait quand on avait rêvé le rétablissement d'une religion d'Ëtat av€€ toutes ses conséqaenœs, la ehute était un peu rude« L'esclavage de l'Église ne se trouvait pas dans telle ou telle formule particulière mais dans l'ensemble de Tacte. Il crut avoir remporté une grande victoire en faisant ajouter à cette clause les mots suivants : « que le gouvernement jugera nécessairie pour la tranquUlUé publique ; > restriction plus apparente que réelle et dont ses perplexités lui grandirent démesurément rimportance. Moyennant cette insignifiante concession, Gonsalvi ce résigna enfin, et signa le 15 juillet 1801 l'acte qui consacrait la dépendance de l'église en lui rendant, il est vrai, de grands avantages matériels. Bonaparte le signa de son côté avec la conviction qu'il avait fortifié son propre pouvoir en rendant une si grande part d'influence politique i une puissance qui possédait i un bien plus haut degré que lui l'esprit de domination ; car loi n'était qu'un tyran de circonstance et elle était rincarnatkm même du principe théocratique. Ce pemvoir qu'il loi rendait, alors qu'il lui eût été si facile de la maintenir sous la règle du droit commun, il se flattait follement qu'elle ne s'en servirait que pour lui-même. Déjà tout entier à son rêve d'Epiménide politique, il citatt à tout propos Charlemagne ; et il tomba de son haut lorsqu'il s'aperçut que la cour de Rome comoiençait à citer Grégoire VII, comme si l'anachronisme avait été plus insensé d'un côté que de l'autre.

Ainsi s'accomplit cette restauration artificielle qui rendit à des idées mortes un empire d'abord peu re-

LE CONCaRDAT. 3&9

doutable et bientôt envahissant. A Tépoque où fut conclu le Concordat, le catholicisme n'existait plus comme influence politique ; grâce à la position qu*il reconquit alors, il put s'emparer de nouveau des jeunes générations et nous préparer ces longs et stériles déchirements durant lesquels on a tu l'absolutisme ultramontain mettare en péril toutes les conquêtes de Tesprit moderne. L'abbé de Pradt assure avoir souvent entendu répéter k Bonaparte < que le concordat avait été la plus grande faute de son règne* » Dans ses dictées de Ste-Hélène où il s'étudie principalement à démontrer qu'il n'a jamais commis de fautes '« Napoléon se défend d'avoir tenu ce propos avec une vivacité c{ui donne une grande vraisemblance à l'assertion de Tabbé. Mais que le propos soit exact ou non, on est forcé de convenir que Bonaparte en signant le Concordat avait bien mal atteint son but, quel qu'il fût. Il avait en effet également échoué, soit qu'il n'eût cherché qu'à régulariser les rapports entre l'Église et l'État, soit qu'il eût avant tout désiré avoir dans l'Eglise un auxiliaire et un instrument. En dépit des protestations d'amitié, en dépit de ce serment d'obéissance qui selon la naïve expression d'un panégyriste du Concordat* « faisaic du clergé une sorte de gen^ darmerie sacrée, » ce traité de paix, dans lequel les deux parties n'avaient cherché qu'à se tromper l'une l'autre, c'était la guerre qui commençait. A Rome, le moment le la ratification venu, le Pape éprouva des troubles mortels, presque des remords. On avait mis sous ses

U De Pradt : Les quatre concordats» .

2. Notes et mélanges : Dictée à Jffontholon» 'S. Bignon : Histoire diplomatique.

yeux le numéro du Moniteur qui contenait les trop fkmeuses proclamations d'Egypte. Cette lecture avait rempli son àme timide de crainte et de défiance. On lui assura que c'était là un Moniteur &lsifié, et il accepta Vexplication avec l'empressement de ceux qui ne demandent qu'à se laisser abuser. Â Paris on manifesta promptement l'intention de dominer l'Église comme on dominait l'État. \ihs le lendemain de la signature du Concordat, Bonaparte fit venir Consalvi, et lui dit négligemment, comme s'il se fût agi d'une chose convenue : « Je suis vraiment bien embarrassé d'avoir i tenir la balance entre les constitutionnels et les nonconstitutionnels dans la nomination aux évéchés. » Le Premier Consul avait cent fois assuré le Cardinal qu'il abandonnait entièrement les constitutionnels et qu'il ne serait jamais question d'eux pour les évéchés.

Ce n'était là que l'ouverture des hostilités, et ce premier déboire n'était rien auprès des mécomptes qui attendaient la cour de Rome. Consalvi voulait du moins que les constitutionnels ne fussent admis aux honneurs épiscopaux qu'après une rétractation formelle; il n'eut pas même cette satisfaction. Caprara, le successeur de Spina, donna l'institution canonique à plusieurs d'entre eux dont Bernier avait faussement garanti l'abjuration, et qui protestèrent ensuite contre l'action déshonorante qu'on leur attribuait. Le Moniteur ne tarda pas à faire sentir au clergé que si la protection de l'État avait ses avantages elle avait aussi %es inconvénients. Un curé de Paris ayant refusé la sépulture religieuse à une danseuse, fut censuré et apprit par le journal officiel « qu'il avait trois mois de retraite afin de se souvenir (lue J. €•

avait prié même pom* ses ennemis^ »

Vers la même époque, le cardinal Maury qui habitait les États pontificaux, ayant eu le malheur de porter ombrage au gouvernement consulaire, le Saint-Siège dut bon gré ou malgré lui interdire le séjour de Rome. La politique impérieuse du Premier Consul allait avant peu ajouter des griefs plus cuisants encore à ces motifs de mécontentement. Le Saint-Siège ne témoignait toutefois son déplaisir que par la lenteur avec laquelle il exécutait ses engagements relatifs à la destitution des évêques récalcitrants. Il espérait encore, il demandait même expressément la restitution de ses anciennes provinces. Le Pape écrivait à Bonaparte : < Nous implorons de votre cœur magnanime, sage, et juste, la restitution des trois légations et une compensation pour la perte d'Avignon et de Carpentras. » (24 octobre 1801.) A les réclamer comme le prix du Concordat, il y aurait eu simonie; mais à les demander comme une récompense de la bonne volonté qu'il avait montrée, il n'y avait plus simonie. Telles ont été de tout temps les distinctions de la morale ecclésiastique. Le Premier Consul^ dont l'esprit n'était pas moins subtil, ne rendit pas les provinces, mais il restitua libéralement à la cour romaine la dépouille mortelle de Pie YI, don pieux qui fut reçu avec de grandes protestations de reconnaissance, mais qui ne contribua pas beaucoup à rétablir l'entente cordiale entre les deux pouvoirs.

Le sentiment qui domina dans le public à l'annonce de la conclusion du Concordat fut celui de l'étonné-

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