Bonaparte à Aloys Reding, 6 février
qu'il va mettre à exécution des projets depuis longtemps formés pour leur indépendance. Des rumeurs du même genre se propagent à Gènes, où Ton avait également empêché qu'il s'établit rien de définitif. Bonaparte avait en effet appelé à Paris quatre ou cinq des hommes les plus considérables de la Cisalpine» entre autres Melzi, Serbelloni et Marescalchi. Il leur avait soumis pour la forme la nouvelle constitution qu'il destinait à leur république. Cette constitution rédigée par Talleyrand sous la dictée de Bonaparte, dans le cours du mois de septembre 1801, fut envoyée le 30 septembre par un courrier extracwrdinaire à la consulte de Milan, qui devait la discuter secrètement^^ et qui s'empressa de l'enregistrer. Quelques Jours après la Cisalpine apprit qu'elle avait enfin des institutions.
La nouvelle constitution, pâle reflet du régime consulaire, instituait comme base de tout le système un corps électoral composé de trois collèges, les possidentiy les dotti et les commercîarUif et comptant en tout sept cents électeurs. L'état nominatif du corps électoral de la Cisalpine tenait tout entier dans une page et demie du Moniteur *. Sur cette ombre de suffrage, on avait échafaudé des pouvoirs publics non moins débiles et exténués. Une commission de censure, chargée de veiller au maintien de la Constitution et de nommer à certains emplois, rappelait vaguement le Sénat français; une consulte répondait à peu près au conseil d'État; un Conseil législatif au Tri-
t. Bonaparte à Talleyrand, 29 septembre 1801. % Moniteur du 31 janvier 1802.
bunat; enfin le Corps législatif cisalpin était muet comme son homonyme français. Hais les attributions de ces diverses assemblées étaient encore beaucoup plus restreintes au profit du pouvoir exécutif. Celui-ci était concentré tout entier entre les mains d'un président aux côtés duquel on avait créé un vice-président, personnage encore plus effacé qu*un second consul ^ dette simplification, qui effaçait jusqu'aux derniers vestiges de tout élément libéral, représentait exactement celle que le Premier Consul se proposait de réaliser dans les institutions françaises. En parlant à l'Italie, le Selon de la Cisalpine voulait surtout être entendu de la France.
La Constitution acceptée, il fallait procéder à la nomination des autorités, et c'est là l'instant que Bonaparte avait choisi pour apparaître comme le deus ex machina. Supplié par le gouvernement cisalpin défaire lui-même les nominations*, il lui écrit pour lui exprimer son embarras : « Comment veut-on qu'il puisse de mémoire nommer les hommes les plus dignes à plus de seize cents emplois ? Il ne le peut qu'autant qu'il sera à même de connaître le vœu de tous les ordres et de toutes les classes de la République. Qu'ils avisent donc aux moyens d'opérer un rapprochement*. »
Le moyen le plus naturel était un voyage du Consul à Milan; mais faire venir les représentants de toutes les classes de la Cisalpine en France, au cœur de l'ni-
1. Procès-verbal 4€s opérations de la Consulte, dans le Moniteur du 31 janvier 1802.