Séance du 6 décembre
ainsi de ne pas comprendre que l'article avait en vue ces milliers deproscrits polonais qui combattaient dans nos rangs en attendant unexhance qui leur permît de reconquérir leur patrie, mais cet abandon, pour être consenti sous forme de sous-entendu, n'en était ni moins lâche, ni moins ingrat. En conséquence, la commission du Tribunat proposait à Vunanimité l'approbation du traité*.
Le lendemain, Jard Panvilliers proposa, vu « la nécessité d'apporter les plus grands ménagements dans une affaire de cette importance, » unfi conférence particulière entre les Tribuns. « Je demande, dit-il, que nous nous expliquions familièrement sur la matière qui nous occupe, ensuite nous délibérerons publiquement. » On adopta sa proposition. C'est cette sorte de conversation particulière, connue seulement par des an dit, et dépourvue de tout caractère de publicité, qui a servi le plus souvent de texte aux accusations dirigées contre le Tribunat. Cette résolution de délibérer en comité secret, pour ménager la susceptibilité du gouvernement que le Tribunat avait pour mission de contrôler, était un excès de prudence peu digne d'une assemblée libre, car la publicité était le premier de ses devoirs envers la nation ; mais cet acte de faiblessesinspiré par un esprit de conciliation excessif, prouve assez combien les Tribuns étaient éloignés du parti pris de dénigrement et d'hostilité qu'on a si longtemps
1. M. Thiers qui parle sans cesse des violences du Tribunal, vio- Jences dont on ne trouve aucune trace dans les procès-verbaux de cette assemblée, dit ici que « le traité fut l'objet des plus violentes discussions dans la commission du Tribunat. » Cependant elle vota à l'unanimité le rapport si bénin de Costaz.
persisté à leur attribuer sur la foi des déclamations de celui qui les calomniait pour les perdre.
Une fois le huis clos prononcé, les opinions purent se manifester plus librement, mais avec toute l'incohérence et la confusion d'une conversation privée. Ce qui fut dit dans ces deux séances secrètes, ne fut connu du public que par des rapports vagues, incomplets, contradictoires, n'ayant pour la plupart aucun caractère d'authenticité ; c'est donc une affirmation toute gratuite que de dire « qu'elles produisirent dans Paris un effet pénible*, » car elles n'y produisirent d'effet d'aucun genre. Tout ce qu'on en sait encore aujourd'hui*, c'est que la discussion porta moins sur le fond même de l'article que sur la malencontreuse expression qu'on y avait relevée. Ce n'était qu'un mot, a-t-on dit, et c'est vrai ; mais ce sont les choses qui donnent leur valeur aux mots, et tout ce qui s'était fait depuis le 18 brumaire donnait à celui-ci un sens accablant pour des âmes républicaines. Ce mot était le trait de lumière qui éclairait une situation déjà faite, mais sur laquelle on avait encore des illusions; il lui apportait son vrai nom, son nom consacré par l'ancienne servitude, et tous ces hommes généreux qui s'étaient résignés à une dictature temporaire, mais qui avaient gardé au cœur toutes les grandes ambitions de 1789, reculaient saisis d'horreur et de dégoût devant cette évocation imprévue des vieilles superstitions monar-