Lord Hawkesbury à Otto, 28 juillet 18te
%. Elle ouvre la série du très-petit nombre de ducuuients en partie «Itérés que Bonaparte jugea à propos de communiquer au Corps législatif au sujet de la rupture avec TAngleferre (séance du 20 mai
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requête que celui d'un ultimatum : «Les lois et la constitution particulière de l'Angleterre toléraient la censure des actes de son administration intérieure^ soit, mais aU'-dessus de cette constitution il y avait les principes généraux du droit des gens demnt qui se taisent les lois des États. S'il était de droit en Angleterre de laisser à la presse la liberté la plus étendue, il était du droit public des nations policées et d'une obligation rigoureuse pour les gouvernements de prévenir, de réprimer, de punir toutes les atteintes qui pouvaient être portées par cette voie aux droits, aux intérêts, à l'honneur des puissances étrangères. Cette maxime du droit des gens n'avait jamais été violée sans préparer les plus grands déchirements.... » Otto reprenait ensuite rénumération de ses griefs contre les libellistes et contre les réfugiés de tout ordre, sans relever toutefois contre ces derniers d'autres faits que « leurs réunions, leurs complots, leurs trames odieuses, » vagues imputations qui n'ont jamais été admises par un gouvernement ayant le souci de sa dignité; il rappelait un article du traité d'Amiens stipulant que les deux nations n'accorderaient aucwne protection k ceux qui voudraient leur porter préjudice ; » il invoquait les dispositions tombées en désuétude de Valien-bill; puis il concluait en résumant les réclamations du Premier Consul dans les six points suivants : l"" emploi de moyens efficaces pour réprimer les publications séditieuses, les journaux et autres écrils publiés en Angleterre; 2* éloîgnement des réfugiés de Jersey; â^éloignement des ci-devant évéques d'Arras, de Saint- Pol-de-Léon et de tous ceux qui les imitaient; k* déportation au Canada de Georges et de ses adhérents;
5* éloignement de tous les princes de la maison de Bourbon; 6» expulsion de tous ceux des émigrés français qui se permettaient de porter des ordres et des décorations de l'ancien gouvernement de France.
En lisant le détail de cette étrange sommation adressée à un peuple orgueilleux qui venait à peine de déposer répée après dix ans de guerre, on se demande ce que Bonaparte aurait pu y ajouter, si au lieu d'être le ministre de la libre Angleterre, Addington n'avait été qu'un simple délégué de la haute police consulaire. Cette insistance menaçante du gouvernement français l'avait jeté dans le plus cruel embarras, et il n'est pas douteux qu'il n'eût été personnellement très-heureux de lui donner satisfaction, mais son pouvoir n'allait pas jusque-là. Le ministère Addington, ébranlé sans relâche par les attaques combinées de la fraction la plus ardente du parti Tory, et de la portion la plus influente et la plus considérable du parti Whig, n'était plus couvert que par la préférence partiale du roi et par la dédaigneuse abstention de Pitt. Dès la première démonstration dans le sens des concessions qu'on lui demandait, il eût été renversé. Il persista donc à faire entendre raison au Premier Consul. Les attaques dont Bonaparte se plaignait étaient inséparables de la liberté de la presse, et il n'était pas au pouvoir du gouvernement de les réprimer. Mais les crimes et délits commis par cette voie étaient, comme tous les autres, justiciables des tribunaux, et il pouvait porter sa cause devant eux comme le faisaient les particuliers. Au reste, la violence des journaux anglais était au moins égalée par celle des journaux français et du Moniteur; or. tout le monde savait que le Moniteur était un jour--
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9ial officiel; « cependant S. M. avait toujours regardé comme au-dessous de sa dignité de faire aucune plainte à ce sujet*. » Le seul journal qui eût un carac-, tère officiel en Angleterre, était la London-GazeMô, et l'on n'avait rien de semblable à lui reprocher. Quant aux autres prétentions du gouvernement français, on promettait d'y avoir égard en ce qui concernait les réfugiés de Jersey, qu'on éloigna en effet, mais on les repoussait nettement en ce qui regardait les princes de la maison de Bourbon et les émigrés coupables de porter leurs décorations.
L'assertion de lord Hawkesbury relativement au Moniteur était de tous points exacte. Ce journal contenait presque chaque matin, à l'adresse de l'Angleterre des articles qui parleur violence et leur acrimonie auraient pu figurer sans désavantage à côté de ceux de Peltier, mais ce que le ministre britannique ignorait, c'est que ces articles étaient presque toujours inspirés par le Premier Consul, et quelquefois son œuvre personnelle. Ils étaient pleins de défis, dlmputations outrageantes contre le gouvernement, d'insultes contre la nation : «Quel résultat, disait-il un jour, peut attendre le gouvernement anglais en fomentant les troubles de l'Église, en accueillant et revomissant sur notre territoire les brigands des Côtes-du-Nord et du Morbihan, couverts du sang des principaux et des plus riches propriétaires de ces malheureux départements? Ne sait 'il pas que le gouvernement français est plus solide^ ment établi aujourd'hui que le gouvernement anglais ? Croit-on que la réciprocité serait difficile pour legou-
\ . Dépèrhe de lord Hawkesbury à Merry, 28 août.
vernement français î Quel serait l'effet de cet échange d'injures, de cette protection et de cet encouragement accordé aux assassins^ ?» Un autre jour il disait à propos des élections : « Jean-Jacques a écrit que les Anglais n'étaient libres qu'une fois en sept ans, lorsqu'ils choisissaient leurs représentants au Parlement. Il n'avait considéré cette liberté comme beaucoup d'autres choses qu'à travers le prisme de son imagination. S*U avait pu être témoin de ce grand acte de liberté, il n'y aurait vu que des scènes de corruption^ de licence et Si' vrognerie*. »
Pour donner plus de vraisemblance à ces allégations, le Moniteur se faisait écrire de Londres par de prétendus Anglais des lettres pleines de calomnies grossières contre la nation britannique : « Rien n'égale les excès de nos élections. Plus de quarante per* sonnes ont été tuées à cette occasion dans les différentes parties du royaume. Nos élections ressemblent à des saturnales, mais à des saturnales sanglantes...» Celui qui a le plus d'argent est assuré d'avoir le plus de votes, etc*. » Le même journal publiait des études sur le gouvernement anglais pour démontrer qu'il n'avait d'autre base que la corruption*. Il examinait son budget pour prouver qu'il touchait à une ruine et à une banqueroute : « Quelle différence, s'écriait-il sous forme de conclusion, entre un peuple gui fait des conquêtes par amour pour la gloire et un peuple de worchands qui devient conquérant! »