‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 1)Chapitre 12 sur 48 · OCCUPATION DE VENISE. LE 18 FRUCTIDOR · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE VENISE. LE 18 FRUCTIDOR

Cependant la crise qui travaillait depuis si longtemps les États vénitiens, gTâce aux aliments de tout genre que notre politique avait jetés sur l’incendie sous prétexte de l’éteindre, marchait à grands joas vers son dénoûment. Contenues pendant près d’une année entière, malgré l’état d’exaspération auquel les avait amenées tant d’humiliations et de mesures spoliatrices ou vexatoires, les passions populaires devaient forcément éclater aussitôt que la crainte serait moins forte que les ressentiments. Elles tirent explosion par des événements à jamais déplorables. Le 15 avril 1797, Junot avait présenté au sénat de Venise le message foudroyant de Bonaparte. L’aide de camp le lut en personne avec une affectation de rudesse militaire au milieu de cette assemblée frappée de stupeur et de consternation. La réponse du doge fut humble, soumise et résignée, plus qu’il ne convenait au repré-

sentant d’une République autrefois si fière. Quelque déchue que Venise fût aujourd’hui, il était tenu en cette occasion de se souvenir de sa dignité passée. Le sénat s’associa par un vo te aux paroles du doge et décida en outre que deux députés iraient vers le général. Le gouvernement vénitien savait à n’en pas douter que les négociations engagées entre la France et l’Autriche étaient sur le point d’aboutir; il n’ignorait pas non plus qu’on y devait discuter le partage de ses provinces; il avait donc tout intérêt à ne plus mécontenter personne, et il attendait avec une anxiété voisine de la terreur le résultat des démarches de son ambassadeur à Paris et celui de la députation envoyée au générai Bonaparte, lorsque la nouvelle de l’insurrection de Vérone vint renverser ses dernières espérances.

Le général Kilmaine, au reçu de la dépêche de Bonaparte, avait ordonné le désarmement immédiat, non plus des insurgés, mais de tout ce qui restait de garnisons vénitiennes dans les provinces de terre ferme. Cette opération s’exécuta sans coup férir à Peschiera, à Casteinovo et dans plusieurs autres places. Mais à Vérone, où les Vénitiens étaient plus nombreux que les Français et se sentaient forts de l’appui de la population, on fut contraint d’ajourner le désarmement. Les deux garnisons restèrent en présence, déliantes, irritées et pour ainsi dire l’arme au bras au milieu d’une population qui, se trouvant placée sur le point statégique le plus disputé depuis le commencement de la guerre, était aussi plus qu’aucune autre surexcitée par le souvenir de tous les maux que nous lui avions apportés.

OCCUPATION DE VENISE

Dans un tel état de choses, il suffisait d’une étincelle xoour produire l’exjilosion. Le 17 avril, un lenfort français étant entré dans la ville, on le considéra naturellement comme destiné à appuyer des mesures de comiiression semblables à celles qui avaient été prises dans les places environnantes; il fut au<^sitôt entouré par le peuple et j)ut à grand’ peine rejoindre notre garnison. La lutte s’étant alors engagée entre deux patrouilles, le peui^le se souleva tout entier en criant vengeance contre les Français. Tout ce qui ne parvint pas à se réfugier dans les forts fut massacré ce jour-là et les jours suivants par une multitude en délire. Vérone fut souillée de toutes les horreurs qui accompagnent les emportements ]iopulaires. Pendant tout ce temps, nos soldats, enfermés dans la ciladelle, bombardèrent la ville. Ils ne tardèrent pas à être dégagés par des forces supérieures qui cernèrent la ville et écrasèrent l’insurrection. Il y eut de notre côté environ trois cents victimes. Telles furent les Pâques véronaises, manifestation spontanée et furieuse de ressentiments longtemps dévorés en silence. Les vengeances, mal assouvies le premier jour, atteignirent à leur paroxysme dans la journée du 18 avril, comme si la haine populaire, plus clairvoyante que la politique des hommes d’État, avait deviné que, dans ce moment môme, Bonaparte signait les préliminaires de Léoben et abandonnait à l’Autriche les dépouilles de Venise.

Deux jours après, la France eut un nouveau grief à faire valoir. Un bâtiment français, commandé par le capitaine Laugier, était venu mouiller à côté de la poudrière située près du Lido. Une loi antique, à

laquelle la marine anglaise elle-même se conforrnaiî scrupuleusement interdisant l’entrée du port à tout bâtiment armé, Laugier reçut d’un officier vénitien l’ordre d’appareiller. Le caiDitaine s’y étant refusé d’un ton plus i>ropre à faire croire à une bravade qu’à une méprise, les forts le canonnèrent. Quelques hommes furent tués, les autres furent pris; malheur qui excluait jusqu’à l’idée d’un calcul, tant il aggravait, sans aucune compensation, les dangers de la République. Il était dû en j)artie à la jactance du capitaine français, en partie à l’aveugle et brutale précipitation de l’ofücier vénitien.

Les députés du sénat rejoignirent le général en chef à Gratz. Il connaissait déjà les événements de Vérone. Les deux envoyés ne tardèi*ent pas à s’apercevoir que son jparti au sujet de Venise était irrévocablement ï)ris et qu’il était décidé à ne rien écouter; mais ils ne purent pénétrer au juste le motif de l’inflexibilité qu’il leur opposait, la substance des préliminaires de Léoben étant tenue secrète. Aucune des satisfactions qu’ils lui offraient ne pouvait lui suffire, ce qu’il voulait, c’était leur faire la loi; il i^arla en maître : <i J’ai quatre-vingt mille hommes, j’ai des barques canonnières. Je ne veux idIus d’inquisition, plus de sénat, je serai un Attila pour Venise... Je ne veux xolus d’alliance avec vous, je ne veux plus de vos projets, je veux vous donner la loi... Il ne s’agit plus de me tromi)er pour gagner du temps. Les nobles de vos lorovinces, qui n’étaient que vos esclaves, doivent, comme les autres, avoir xiart au gouvernement;

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