Rotta, St. via d'Ilalia
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mais déjà ce gouvernement est vieux, il faut qu’il .s’écroule ! »
Dans ces je veux, formulés d’un ton si despotique, il y avait bien autre chose encore que la ruine de la République de Venise! Et pourtant, malgré cette ^ volonté si impérieuse , que de dissimulation dans ses paroles ! Qu’eussent-ils dit, ces nobles de province dont il semblait épouser si chaleureusement la cause, s’ils avaient su que celui qui s’indignait ainsi de voir en eux les esclaves de Venise avait déjà fait d’eux les sujets de l’Autriche ?
En terminant le rapport dans lequel ils avaient consigné cet entretien, les députés ajoutaient : « Nous avons le regret de ne pouvoir encore vous donner des détails positifs sur le traité de paix, le secret des conditions est impénétrable. Dieu veuille que ce mystère ne cache pas le partage des États de la République * I »
Malgré l’irritation dont témoignaient ses paroles, le général avait, après tout, reçu et écouté les envoyés du sénat; il n’avait pas rompu avec eux, il n’avait pas déclaré la guerre ; tout espoir de l’apaiser ne leur paraissait donc i^as perdu. Mais le surlendemain de cette entrevue arriva la nouvelle de la mort du capitaine Laugier, événement qui tombait si bien à point pour fournir des prétextes à notre agression, qu’on a été jusqu’à le croire calculé. Bonaparte ne voulut plus rien entendre ; il écrivit aux députés « qu’il ne pouvait les recevoir tout dégouttants du sang français. »
1. Ea plupart de ces rapports sont reproduits dans V Histoire de Venise, d’ailleurs partiale et peu exacte, de Daru.
Puis il publia, à Palma-Nova, le manifeste qui contenait notre déclaration de guerre à la République de Venise.
Le manifeste de Palma-Nova était rédigé à l’adresse de r Enrôlée et surtout des Conseils législatifs de Paris. Il contenait l’exposé de tous les torts que le général imputait à la République. Ils étaient développés, groupés avec beaucoup d’art et présentés sous le jour qui convenait à sa politique. Les petits combats partiels des insurgés vénitiens avec nos troupes étaient démesurément grossis ; des faits tout fortuits, ou évidemment contraires à la volonté du gouvernement vénitien qui avait intérêt à les empêcher, étaient transformés en une conspiration longuement méditée; ils étaient isolés de toutes les circonstances qui les avaient préparés ou provoqués.
La publication de cette déclaration de guerre fut aussitôt suivie d’une révolution complète dans les États vénitiens de terre ferme. Le lion de Saint-Marc fut abattu dans toutes les villes et remplacé i^ar l’arbre de liberté. Ce changement s’opéra avec d’autant plus de facilité que ces provinces se sentaient sous la menace du retour d’une armée triomphante et irritée. Elles renfermaient d’ailleurs un parti que notre iirésence encourageait et qui tendait chaque jour à s’accroître, grâce à une active et incessante propagande.
Le général Bonaparte se porta directement sur les lagunes. Retranchée dans ce dernier asile qui avait été le berceau de sa puissance, la Réimblique pouvait encore lui opposer une longue et sérieuse résistance. Quoi qu’il en eût dit, en effet, aux envoyés
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vénitiens pour les frapper d’épouvante, nos troupes manquaient non-seulement de clialoupes canonnières, mais de presque tout moyen de transport. Venise possédait au contraire une quantité de vaisseaux de tout bord, et tous les passages étaient fermés par d'innombrables batteries. La garnison, qui montait à près de treize mille hommes, était composée en partie d’Italiens, en partie d’Esclavons; mais ces derniers n’avaient i>our la République que ce genre d’attachement que les mercenaires ont pour ceux qui les payent.
Cependant, quelque mauvais que fussent ces éléments, sous l’impulsion d’un commandement énergique et décidé, ils eussent pu devenir redoutables. Mais la démoralisation était dans toutes les âmes et presque personne n’osa envisager l’idée d’une défense contre l’armée qui venait de vaincre l’empire. Ceux que le découragement n’avait pas entièrement abattus se livraient à des sentiments qui n’étaient pas moins dangereux. Dans les grands périls publics, l’espérance est parfois plus funeste encore que la crainte. L’espoir de désarmer le général par un abandon de toutes les concessions qu’il réclamait s’était emparé de beaucoup d’esprits crédules, car le grand nombre, toujours avide d’embrasser les illusions qui le flattent, était loin de soupçonner les desseins que couvrait une colère d’autant plus difficile à apaiser qu’elle était calculée. Leur aveugle confiance contribua puissamment à paralyser la minorité qui se montrait disposée aux résolutions énergiques. Les membres du gouvernement se réunirent chez le doge et convoquèrent le grand conseil. Cette assemblée, composée
en grande partie de vieillards gagnés j)ar la consternation générale, et ne trouvant en elle-même que les inspirations de la faiblesse et de la sénilité, décida que deux commissaires seraient envoyés au général et s’entendraient avec lui pour tous les changements qu’il lui conviendrait d’introduire dans la constitution de Venise ; abdication à peine voilée par la réserve que le grand conseil faisait de son droit de ratifier les propositions de Bonaiiarte.
Les commissaires trouvèrent Bonaparte à Marghera. Il prit connaissance de la délibération du grand conseil et aussitôt il s’écria « qu’il n’y avait pas de traité possible tant qu’on n’aurait jias remis entre ses mains les trois inquisiteurs d’État et le commandant du Lido. Les lagunes ne pouvaient l’arrêter : avant quinze jours il serait à Venise et chasserait les nobles vénitiens comme on avait chassé les émigrés français. » Sur leurs supplications, il consentit à leur accorder un armistice de six jours.
Le 4 mai, les commissaires furent introduits dans le grand conseil, qui, cédant sur tous les points, accorda toutes les arrestations demandées, confirma à ses mandataires le droit de consentir les modifications constitutionnelles, et, allant môme au delà de ce qu’on exigeait de lui, autorisa, malgré les protestations désespérées de plusieurs sénateurs, le commandant des lagunes à traiter de la capitulation. Bonaparte était retourné à Milan. C’est là que les commissaires devaient se rendre pour le rejoindre, ce qui retarda et ralentit les négociations. Pendant ce temps, la fermentation allait croissant dans Venise. On y avait appris les résolutions du grand conseil; le
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gouvernement y était annihilé par Tarrestation des inquisiteurs, et ces événements y avaient porté au comble le trouble, la stupeur et ragitation. Un parti démocratique, jusque-là presque inaperçu, mais qui s’était recruté rapidement de tous ceux que l’incertitude, l’intérêt ou la peur poussaient au-devant de la France, prenait son mot d’ordre chez Villetard, notre chargé d’affaires, qui venait de succéder à Lallement à la suite de la déclaration de guerre. Il espérait, qu’en devançant tous les désirs du général et en satisfaisant à toutes ses demandes, on l’intéresserait infailliblement en faveur de la nouvelle organisation, qui allait succéder à la vieille aristocratie vénitienne. Villetard, qui avait reçu ses instructions en prévision de ce fait, stimula leur impatience par des promesses d’autant plus persuasives que, pour sa part, il était de bonne foi. Il devint en peu de jours le centre, le chef réel du mouvement, il lui traça de point en point son programme, qui fut populaire aussitôt qu’on le connut, i^arce qu’on le savait dicté par le général Bonaparte. L’abolition du gouvernement aristocratique, l’adoption d’un gouvernement municipal, le renvoi des Esclavons , l’institution d’une garde nationale, l’introduction dans Venise de quatre mille Français, telles étaient les mesures que Villetard conseilla aux démocrates vénitiens. Le peuple les adopta avidement comme l’unique moyen de salut. Ce parti se trouvait en ce moment le seul qui eût une direction, une volonté, un programme nettement défini; il rassurait les uns comme une sauvegarde, il faisait trembler les autres comme une comj^licité assurée d’avance à l’ennemi. Les alarmes de ceux-ci croissant en même