‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 1)Chapitre 15 sur 48 · TG HISTOIRE DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

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des lettrés, des artistes, qu’il savait captiver par de gracieuses avances dont sa renommée devait profiter un jour. A côté des négociateurs de l’empereur d’Autriche étaient accourus des ministres des princes secondaires de l’Allemagne, qui prévoyaient que sa volonté serait d’un grand poids dans le règlement de la paix avec la confédération germanique. M“® Bonaparte, venue de Paris avec d’autres personnes de sa famille, tempérait par sa douceur et sa bonté ce que l’accueil du général avait de brusque ou d’impérieux; elle faisait les honneurs de ses salons où de splendides fêtes réunissaient les femmes les plus distinguées de l’Italie. 11 prenait ses repas en public comme un souverain de l’ancien régime, et pendant qu’il dînait on faisait entrer dans la salle des habitants du pays avides de contempler les traits du conquérant, naïfs hommages qu’il recevait avec la gravité d’un homme qu’on y eût habitué dès l’enfance h Son pouvoir était à la fois plus réel et plus étendu que celui d’aucun autre souverain de l’Europe. Lui seul dans le monde en ce moment était investi du privilège de faire ou de défaire à son gré des souverainetés, de distribuer des peuj;>ies, de modifier des territoires, de créer des États nouveaux, — créer! cet attribut des dieux , cette forme la plus flatteuse et la plus séduisante du pouvoir! Et cette autorité il l’exerçait en chef militaire, c’est-à-dire en maître absolu. # *

Tout aboutissait à lui comme au seul vrai centre des affaires.

\. 'Mémoires do Miot de Mclito, de Marmont, de Lavaîette, bouri’ienue, etc.

OCCUPATION DE VENISE

' En meme temps qu’il négociait la paix avec les

plénipotentiaires de l’empereur, il achevait l’organisation des deux républiques, qu’il considérait comme son ouvrage et qu’il projetait déjà de réunir en une seule, malgré l’opj)osition qu’il rencontrait dans les “ traditions locales. La CisaliDine, comjDosée de la Lombardie, du Bergamasque et du Modénais, ne lui semj blait pas pouvoir se maintenir x>ar ses seules forces.

Par l’adjonction de la Gispadane, c’est-à-dire du Boloi nais, du Ferrarais, de la Romagne et du Trévisan,

elle eût formé un noyau de près de quatre millions d’habitants, ce qui pouvait constituer un centre de résistance et d’attraction pour le reste de Eltalie. Il poussait donc insensiblement les deux républiques à s’unir, préparait ce résultat en leur donnant des in- ^ stitutions identiques, calquées sur la constitution de

i l’an III, et en stimulant à sa manière le patriotisme

' de ces peuples. 11 se flattait ainsi de créer au centre

; de l’Italie une république puissante et vivace qui irait

en se développant à mesure que les anciens États ; achèveraient de tomber en dissolution. Cette illusion

révélait en lui une singulière inintelligence de tout ce qui fait la force et la vitalité des nations libres; car i en même temps qu’il conviait les Italiens à une oeuvre

[ dont la réalisation impliquait les vertus les plus rares

[ et les plus viriles, il les traitait avec un mépris qui en

[ excluait jusqu’à l’idée, et qu’ils n’eussent pas sup-

l porté un instant s’ils avaient eu même I*a notion des

qualités qu’il leur supposait. Les hommes qu’il appelait à la rude tâche de fonder la liberté, c’étaient les I mêmes qui, depuis tant d’années, subissaient sans

t une plainte le joug des invasions étrangères, c’étaient

les mêmes que nous avions foulés aux pieds , spoliés, avilis par nos exigences tyranniques, et dans le moment même où il proclamait leur indépendance, il entendait que le moindre de ses désirs fût pour eux un ordre, il exigeait d’eux l’obéissance la plus servile; et il eût volontiers imité Charles XII menaçant le X)arlement suédois de lui envoyer une de ses bottes pour lui tenir lieu de président. Tels étaient les futurs citoyens de cette république , à la création de laquelle ‘ il avait subordonné tous ses plans depuis un an.

Ce qui contribuait à cette illusion, d’ailleurs plus souvent feinte que réelle, c’était, il faut le dire, la faiblesse croissante de tout ce qui restait des anciens États en Italie. Le roi de Sardaigne, désarmé, annihilé ç)ar le traité de paix avec la France, chancelait sur un trône désormais à la merci d’une émeute; et les forces du parti d’abord imperceptible que notre propagande avait créé dans ses États tendaient sans cesse à s’accroître à mesure que la monarchie s’y affaiblissait. A Rome, le pape Pie VI était presque mourant, et le général Bonai)arte consultait déjà le Directoire sur la question de savoir s’il fallait lui laisser élire un successeur. A Florence , le grand-duc de Toscane n’était qu’une ombre inoffensive. A Gênes, enfin, le terrain était tout préparé pour une révolution, grâce surtout à nos fréquents rapports avec cette république et au nombre considérable de Français qui y résidaient. Le général Bonaparte prévoyait avec d’autant plus de persi)icacité la venue de cette révolution, qu’il y travaillait lui-même depuis longtemps, malgré le traité récent qu’il avait conclu avec la République' de Gênes. Il voulut que Gênes reçût une constitu-

tion analogue à celle de la Cisalpine, aün qu’elle devînt intéressée à défendre son ouvrage. « Gênes demande à grands cris la démocratie, écrivait-il le 19 mai au Directoire ; il est très-possible qu’avant dix ou douze jours l’aristocratie de Gênées subisse le même sort que celle de Venise. » Gênes demande à grands cris la démocratie, cela voulait dire que le général avait résolu de la lui imposer, et jugeait à propos de préparer le Directoire à ce qui allait suivre.

C’était là une prédiction faite à coup sûr, car l’événement était arrêté dans son esprit, et rien maintenant ne pouvait protéger Gênes contre une telle décision. Il fallait qu’elle fût récompensée à son tour de la neutralité qu’elle avait observée envers nous. Au reste, ce n’était pas sans raison que la chute de cette république (car elle périt réellement le jour où elle perdit son indépendance) était comparée par Bonaparte à celle de Venise ; les procédés qu’il employa envers l’une et envers l’autre furent exactement les mêmes, et le surcroît de rigueurs qu’il déiDloya envers Venise ne fut déterminé que par la circonstance particulière qui le poussa à disposer du territoire de cette république.

Faypoult, notre ministre à Gênes, fut le meneur de cette révolution, comme Lallement et Villetard avaient été les instigateurs de celle de Venise. Gomme ces vieux ministres, Faypoult avait sous la main une petite minorité de mécontents, incapables de rien faire de sérieux par eux-mêmes, mais assez forts néanmoins pour provoquer des troubles et offrir un prétexte à l’intervention de Bonaparte. Vers le milieu

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