Mémoires de Lavalette
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Directoire dans cette ornière démagogique où il lui convenait de le voir se souiller et perdre toute considération ; mais, en même temps, il écrivait à Lavalette : « Ne vous livrez pas à Augereau, c’est un factieux î » Il recommandait à son aide de camp de ménager toutes les opinions, de tâter tous les partis, de caresser surtout Carnot qui, jusque-là son protecteur constant, maintenant commençait à devenir défiant; il cessait d’écrire à Barras, il ne parlait plus au Directoire du lirojet de coup d’État, et n’avait avec lui que des communications rares et d’un caractère tout général, qui bientôt même cessèrent tout à fait.
Le général Bonaparte avait donc à Paris deux représentants à la fois; l’un, Augereau, qui disait tout haut et publiquement : « Je suis envoyé iDour tuer Les royalistes. » (Lettre de Lavalette à Bonaparte, du 8 août 1797); l’autre, Lavalette, d’opinions modérées, de manières aimables, qui était lui-même un ancien royaliste, et qui était lié ostensiblement avec tous les chefs de l’opposition des Conseils. Tous deux lui adressaient de fréquents rat>ports sur la marche des affaires. Augereau avait reçu le commandement de la 17® division militaire, dans le ressort de laquelle se trouvait Paris. Nul n’était mieux fait pour le rôle qu’on lui avait réservé. « Il a bien l’air d’un factieux, disait de lui Rewbell le jour de sa présentation au Directoire; quel fier brigand! » Il se montrait dans les réunions i)opulaires et dans les fêtes publiques, vêtu d’un uniforme éclatant, couvert d’or et de diamants, portant des bagues à tous les doigts^, alliant le langage
1» Carnot, Mémoire sur le IS fructidor,
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a'un démagogue aux allures de la soldatesque, s’attribuant tout le mérite de nos victoires en Italie, parlant de son général d’un ton de suffisance et de protection, recevant les ovations avec cette jactance de bravache dont l’elTet est infaillible sur le vulgaire. Il préparait ses mesures sans prendre la peine d’ en déguiser le but, mais il était arrêté faute d’argent, et il écrivait lettre sur lettre à Bonaparte pour le presser d’envoyer les fonds qu’il avait promis. Le général ne répondait pas. Il voulait éviter de se compromettre avec un parti à l’avenir duquel il ne croyait plus, et surtout il savait que l’incertitude où il tenait tout le monde était ce qu’il y avait de plus propre à le grandir lui-même ; il laissait tout espérer et tout craindre. Il eut bientôt à Paris un troisième observateur en la personne du circonspect Bernadette, qui confirma le témoignage de Laval ette. En conséquence, il se décida de plus en plu? à s’abstenir et à attendre l’événement. Le mystère dont il s’entourait donnait lieu aux bruits les plus étranges. On disait à Paris qu’il voulait se faire roi d’Italie. de Staël raconte^ qu’ayant posé la question à Augereau, celui-ci lui répondit ; « Non assurément, c’est un jeune homme trop bien élevé pour cela! »
Pendant qu’on tramait leur perte sous leurs yeux, les Conseils s’agitaient, en proie à ce vertige et à cette irrésolution dont les assemblées ont donné tant d’exemples dans des situations analogues. Ils dénonçaient incessamment les plans de leurs ennemis sans prendre aucune mesure efficace pour les déjouer. Ils